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Intervention armée de la Turquie en Syrie : démonstration de force ou véritable volonté d’engagement ?

La question était sur toutes les lèvres depuis quelques mois : la Turquie va-t-elle intervenir militairement contre le groupe État islamique en Syrie ? Un bombardement aérien lancé par l’armée de l’air sur des positions djihadistes, très tôt ce matin, nous a donné un début de réponse. Reste à savoir désormais si cette intervention militaire s’engagera sur le long terme ou si elle n’est qu’une démonstration de force suite à l’attaque perpétrée par le groupe djihadiste à sa frontière, le jeudi 23 juillet, tuant un sous-officier et blessant deux soldats.

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Entre 03h40 et 03h53, trois chasseurs F-16 de l’armée de l’air ont bombardé des bases appartenant au groupe État islamique (EI). Les frappes aériennes ont touché deux quartiers généraux et un point de ralliement des combattants djihadistes, aux alentours du village syrien de Havar, avant que les avions ne regagnent leur base à Diyarbakır, au sud-est du pays, explique le communiqué publié par les services du Premier ministre Ahmet Davutoğlu. Des doutes demeurent encore sur l’entrée des forces turques dans l’espace aérien syrien. Selon la CNN turque, les missiles auraient été lancés via la Turquie, sans pénétrer dans le territoire adverse.

Cette attaque répond à une violente accroche qui avait opposé l’armée turque et les forces djihadistes la veille à la frontière turco-syrienne. Jeudi dernier, les combattants de l’EI ont ouvert le feu depuis la Syrie sur un poste frontalier de l’armée turque, à Kilis, dans la région de Gaziantep. Un mort et deux blessés sont à déplorer selon les indications de l’Etat-major. Une attaque à laquelle les forces turques ont immédiatement riposté, tuant un combattant et endommageant trois véhicules du groupe terroriste. L’opération aérienne a été baptisée Yalçın Nane en hommage au militaire tué.

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Ayant resserré son dispositif de sécurité à ses frontières depuis l’attentat de Suruç lundi dernier, le gouvernement turc semble pour le moment plus enclin à protéger son propre territoire qu’à s’engager à l’extérieur de ses frontières. « La République de Turquie est déterminée à prendre toutes les précautions pour défendre la sécurité nationale » a assuré le Premier ministre dans un communiqué, informant que les frappes aériennes avaient été décidées hier soir, lors d’une réunion de sécurité avec le chef du gouvernement. Ankara aurait informé ses alliés avant l’assaut, selon une annonce d’un officier turc au journal Hürriyet.

Cette opération militaire s’est également soldée par une vague d’arrestations lancée dans treize provinces du pays, et plus spécialement à Istanbul, contre le groupe État islamique ainsi que contre des membres du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) qui a revendiqué l’assassinat de deux policiers, mercredi dernier, accusés selon eux d’être des partisans du groupe terroriste. A ce jour, quelque 297 personnes ont été interpellées et placées en garde à vue, dont 37 étrangers, dans le cadre de cette opération antiterroriste. « Ce n’est pas une opération unique mais un processus. Il n’est pas limité à une journée ou une région. Tout mouvement menaçant la Turquie sera suivi de représailles, de la manière la plus forte qu’il soit » a déclaré le Premier ministre Davutoğlu au cours d’une conférence de presse.

Un accord militaire confirmé avec les États-Unis

Un pas de plus a été franchi dans la lutte contre le terrorisme. En effet, plut tôt dans la journée, le président Recep Tayyip Erdoğan a annoncé un accord militaire avec les États-Unis permettant l’utilisation de la base militaire turque de Incirlik par les forces américaines, « Dans un certain cadre » a-t-il toutefois nuancé. Un accord dont le président a donné peu de détails mais qui aurait été discuté avec le président Barack Obama plus tôt dans la semaine, par téléphone. « Dans cette conversation, nous avons confirmé notre engagement dans la lutte contre les organisations terroristes telles que Daesh » a confirmé le chef d’État. Des négociations attendues depuis longtemps de la part des États-Unis et qui ne seraient pas liées aux récents événements intervenus à la frontière selon le Premier ministre : « Même si l’attaque d’hier n’avait pas eu lieu, nous serions toujours en négociations avec les États-Unis à propos des équipements militaires, de la zone de sécurité et de Daesh. Les étapes nécessaires à prendre auraient été prises de toute façon. ». Ahmet Davutoğlu a également ajouté que des « mesures concrètes seraient prises dans les prochains jours ».

Si l’engagement de la Turquie contre l’organisation terroriste État islamique semble plus prononcé que durant ces quelques mois, l’entrée en guerre n’est toutefois pas à l’ordre du jour. « La Turquie n’a pas l’intention d’entrer en guerre, la crise syrienne en est à sa quatrième année. La Turquie n’en a pas fait partie et ne le sera pas » a en effet déclaré Ahmet Davutoğlu.

Florie Cotenceau

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