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Interview de Dilma Roussef

L’ancienne Présidente du Brésil, Dilma Roussef, en attente de son jugement pour “maquillage présumé de comptes publics”, a accordé une interview exclusive à RFI.

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En plein coeur d’un Brésil empli de tensions politiques et économiques, à l’orée des Jeux olympiques de Rio, Dilma Roussef s’est exprimée au micro de RFI sur la place de la femme dans la politique au Brésil, mais aussi sur les JO de 2016 qui auront lieu à Rio ainsi que sur la menace terroriste.

“Les femmes sont arrivées sur la scène politique brésilienne pour y rester”, a affirmé la Présidente, destituée de son poste selon elle :  “sans avoir commis de crime”.

La misogynie est un problème grandissant au Brésil et Dilma Roussef associe sa destitution à du sexisme : “Nous assistons à une grande explosion de la misogynie au Brésil. Cette misogynie et ce processus de destitution engagé sans qu’aucun crime n’ait été commis révèlent une dimension sexiste”.

Ce coup d’État sans crime, explique-t-elle, a pour but “d’éviter les enquêtes pour corruption” ou encore “d’adopter un programme de gouvernement qui n’a pas été approuvé par la rue”.

“Toutes les conditions sont réunies pour que les Jeux olympiques se passent dans un climat de tranquillité »

Entre le virus Zika, le risque terroriste et les multiples tensions internes au Brésil, les JO de Rio seront sous très haute sécurité, mais Dilma Roussef l’a affirmé: “toutes les conditions sont réunies pour que les Jeux olympiques se passent dans un climat de tranquillité ».

Zika, ce virus transmis aux femmes enceintes par un moustique et pouvant affecter la santé de leur enfant (notamment en engendrant de très importantes malformations), est l’une des principales préoccupations des spectateurs des JO ainsi que des athlètes cette année. Et pour cause: le Brésil est l’une des plus importantes zones de présence du moustique vecteur de ce virus. Mais l’OMS a affirmé qu’avec des températures plus basses que la moyenne, la période des Jeux olympiques n’était pas propice à la prolifération des moustiques. “Je pense que la question du virus Zika ne doit pas empêcher les gens de se rendre aux Jeux”, a déclaré Dilma Roussef.

En ce qui concerne la sécurité, l’ancienne Présidente a affirmé qu’ « il n’y aura aucun problème si les procédures sont suivies au pied de la lettre”. Avec la Coupe du Monde de Football organisée au Brésil il y a deux ans, la venue du Pape, les Journées mondiales de la Jeunesse ou encore le célèbre Carnaval de Rio, le Brésil a acquis un “savoir-faire de ces grands événements”, a-t-elle stipulé. “Les centres où vont se dérouler les compétitions auront une structure adéquate et [qui est] déjà prête”.

“Nous avons le meilleur dispositif de sécurité possible”

Interrogée sur le risque terroriste planant sur les Jeux olympiques de Rio, Dilma Roussef a déclaré le Brésil prêt. “Le Brésil est en contact avec les services de renseignements des principaux pays du monde qui ont une expertise dans ce domaine [le terrorisme]”, a-t-elle annoncé avant d’ajouter “le Brésil est traditionnellement très éloigné de la question du terrorisme”.

L’ancienne présidente est sereine quant à cette question, car l’absence de “conflit ethnique ou religieux” rend le climat “serein”, mais sait que ce n’est pas une raison suffisante pour ne pas se préparer : “nous avons pris toutes les précautions nécessaires”.

“On ne peut pas m’accuser d’un crime auquel je n’ai pas participé”

Quant à la question de sa présidence et de sa condamnation pour “maquillage présumé de comptes publics”, Dilma Roussef est claire: il n’y a aucun élément pour l’accuser : “Je suis en train d’être accusée et jugée pour quelque chose qui n’est pas un crime”.

Dans quelques semaines, la Présidente recevra le verdict final, mais elle reste confiante : “Je suis certaine que les sénateurs conscients, corrects, attachés à la démocratie et à l’État de droit sauront prendre la bonne décision”.

Dans le cas d’une décision contraire à ses attentes, Dilma Roussef aura recours à la Cour Suprême, mais pour le moment, elle veut “croire qu’elle n’aura pas recours à la Cour Suprême”.

Un plan de santé de “moindre qualité pour les pauvres”

C’est ce que le gouvernement par intérim brésilien prévoit de faire, a annoncé Dilma Roussef. “C’est une des menaces en cours […] nous vivons une situation atypique”.

Entre l’éducation menacée par des privatisations (et donc moins d’égalité, d’après Dilma Roussef) et le système de santé, “le système politique brésilien est en train de s’effondrer”. La politique brésilienne est en train d’être “disqualifiée, vidée de substance”.

Si Dilma Roussef apparaît confiante quant aux Jeux olympiques de Rio et le verdict de son jugement, elle l’est moins pour l’avenir du Brésil, craignant des “solutions dictatoriales” à toutes ces crises.

C. T. 

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