Politique

Intrigues byzantines dans la course à l’Élysée

Ce n’est pas si facile, en France, d’être candidat aux élections présidentielles. C’est une course électorale où, pour être éligible, le candidat doit recueillir 500 signatures d’élus. Pour lui, cette course a certainement de bons côtés. Vous devez aller chez les boulangers et y manger des croissants chauds, boire un expresso dans les cafés et y regarder un match le soir en dégustant votre bière, faire vos courses au marché auprès des maraîchers, goûter les fromages dans les crémeries, et enfin visiter des usines, petites et grandes.

Vous devez vous promener dans la rue et, à chaque coin, être prêt à discuter avec tout le monde. Ce n’est pas si facile, en France, d’être Président de la République. D’autant plus que la tâche ne s’arrête pas là, vous devez vous y connaître en bonne chère et en bon vin. Pour cela, une destination incontournable : le Salon International de l’Agriculture, organisé chaque année, de fin février à début mars. Car en France, l’agriculture et l’élevage viennent en tête des principales branches de production et de revenus.

Par ailleurs, il est nécessaire de disposer d’une équipe efficace qui sache jongler avec l’argent, le budget et le financement pour mener la campagne électorale.

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Aussi moderne et organisé que paraisse de l’extérieur le Palais de l’Élysée, les voies en sont épineuses et rocailleuses. Les plus étranges intrigues byzantines de ces deux cents dernières années s’y déroulent. Cet incomparable édifice, qui a accueilli comme premier chef d’État étranger le Shah d’Iran Nasseredin Shah, a environ 300 ans.

Il a connu cinq Républiques ; il a vécu des jours d’empire, il a été utilisé comme café, comme salle de concert. La construction de ce bâtiment, initialement appelé Hôtel d’Évreux, a débuté en 1718. La décoration en a été terminée en 1722. Le Comte d’Évreux, Henri-Louis de la Tour d’Auvergne, qui aimait vivre dans le luxe – quel qu’en soit le prix – en était le premier propriétaire.

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Présentons donc, selon leurs opinions politiques et du plus à droite vers du plus à gauche, les principaux acteurs qui s’illustrent dans ce jeu afin de devenir, pour le prochain quinquennat, le nouveau locataire de ce merveilleux bâtiment historique.

Marine Le Pen est née le 5 août 1968 à Paris, dans la banlieue chic de Neuilly-sur-Seine. Son père, Jean-Marie Le Pen, qui a combattu en Indochine et en Algérie, a fondé en 1972 le Parti du Front National – à ne pas confondre avec le Front national des années 1930, même s’il porte le même nom.

À la suite du Congrès de Tours, en 2011, Marine Le Pen a succédé à son père à la présidence du Parti. Aux élections présidentielles de 2012, bien qu’ayant obtenu 17,90 % des voix, elle se classa en troisième position et ne put donc participer au second tour. Actuellement, si l’on en juge l’enquête la concernant, on affirme qu’elle a utilisé les 300.000 euros reçus pour rémunérer des assistants au Parlement européen en faveur d’employés du Parti.

François Fillon fait l’objet d’un scandale sans précédent. Né en 1954 au Mans, il s’est positionné à tous les échelons de la politique. L’homme à l’apparence d’un politicien sérieux a été le Premier ministre de Nicolas Sarkozy durant cinq ans. Ils sont ensuite devenus frères ennemis. Au second tour de la primaire des élections présidentielles du Parti de centre-droit Les Républicains, François Fillon l’a emporté devant le célèbre maire de la ville de Bordeaux, l’ancien Premier ministre, l’homme de raison, Alain Juppé.

Fillon était connu comme un chef de famille droit et résolu. En politique étrangère, soucieux de l’équilibre du monde, il avait promis de suivre une politique gaulliste. Jusqu’à ce que, fin janvier, l’on découvre que sa femme et ses enfants ont touché des salaires de près d’un million d’euros en tant qu’assistants parlementaires.

Sa femme ignorait qu’elle était l’assistante de son mari ! Pourtant, elle a touché un salaire de la part de celui-ci pendant des années. Elle n’apparaissait jamais dans la presse, et l’on a même retrouvé dans ses déclarations ces propos : « je n’ai aucun rapport avec la politique ! » Il s’est avéré que ses enfants, quand ils étaient salariés, étaient étudiants en première année en faculté de droit.

Au Salon de l’Agriculture, les visiteurs l’ont accueilli en scandant « voleur ».

Qui sait, l’argent a peut-être servi à financer sa campagne électorale !

Alain Juppé est né en 1945. Parmi les candidats de la primaire du parti gaulliste renommé – Les Républicains – pour l’élection présidentielle, il était le plus âgé et le plus expérimenté. Donné favori de la primaire, il a terminé second. Il a assumé des fonctions à tous les niveaux de l’État. Il a été Premier ministre de 1995 à 1997, lors des premières années qui ont suivi l’élection de Jacques Chirac à la Présidence de la République. Précédemment et consécutivement, il a été de nombreuses fois ministre. Depuis 1995 – excepté les deux années où il y avait restriction de ses droits d’éligibilité –, il a assumé les fonctions de maire de Bordeaux.

Après la découverte des faits de corruption de François Fillon et malgré les sollicitations, il n’a pas accepté de revenir et poser sa candidature.

Emmanuel Macron est né le 21 décembre 1977 à Amiens. L’on dit de lui qu’il est le plus dynamique des candidats, mais ça ne l’a pas empêché de recevoir un œuf en pleine tête ! Début mars, lors de sa visite au Salon de l’Agriculture, la personne qui lui a lancé ce projectile a crié «Vive la France, vive la République ! », tandis que ses gardes du corps se sont contentés d’observer.

Son histoire est assez intéressante, mais brève : d’abord présenté au Président de la République, il est nommé conseiller, puis ministre de l’Économie, et il est à présent le candidat le plus solide à la Présidence de la République… Une ascension aussi rapide en politique, c’est du jamais vu ! De 2008 à 2012, il a travaillé à tous les échelons de la banque Rothschild, l’une des plus grandes banques privées du monde.

Aujourd’hui, des procureurs investiguent sur une réunion qui s’est déroulée en janvier 2016 à Las Vegas, et recherchent où est passé le million d’euros de minoration de son patrimoine.

Benoît Hamon est né le 26 juin 1967 à Saint-Renan. De 1993 à 1995, il était président du Mouvement des Jeunes Socialistes. Il a remporté le deuxième tour des primaires organisées par le Parti socialiste face à l’ancien Premier ministre, Manuel Valls.

Hamon a occupé des fonctions de député au Parlement européen et à l’Assemblée nationale française. Il a été ministre à deux reprises – pour une courte durée – sous la présidence de François Hollande. B. Hamon, qui a promis de donner un salaire à tous, travailleurs et chômeurs, veut accorder le droit de vote aux étrangers pour les élections locales. Il désire réduire de 50 % la part d’énergie nucléaire dans la production d’électricité, et veut interdire l’utilisation du diesel pour les voitures.

À ce stade, il semble ne pas être soutenu par la majorité du Parti socialiste.

Jean-Luc Mélenchon, le candidat à l’Élysée du Front de Gauche soutenu par le Parti communiste français, est né en 1951 à Tanger, au Maroc. Doté d’une éloquence remarquable, il a des attitudes et des comportements qui rappellent les dirigeants de la Révolution française. Il est devenu membre du Parti socialiste en 1976. Il a soutenu François Mitterrand et était le leader de la branche gauche du parti. En 2008, lors du Congrès de Reims, il quitte le Parti socialiste pour fonder le Parti de Gauche. Le chef du mouvement La France insoumise est le candidat que soutiennent de nombreux étudiants… Il déclare qu’il va créer un nouveau monde fondé sur l’égalité.

Manuel Valls est né en 1962 à Barcelone. Il fut le Premier ministre de François Hollande du 31 mars 2014 au 6 décembre 2016, après avoir été ministre de l’Intérieur. On dit que François Hollande s’est opposé à ce qu’il soit candidat. Quand il a perdu les primaires organisées par le Parti socialiste face à Benoît Hamon, il a d’abord dit qu’il soutiendrait ce dernier. Cependant, il a déclaré le 15 mars qu’il retirait son soutien au gagnant de la primaire de gauche. La loyauté de la parole donnée en politique a une fois de plus été remise en cause !

François Bayrou, né en 1951 à Bordères, est le président du Mouvement Démocrate – en abrégé, MODEM. Député pendant 26 ans, il est actuellement maire de Pau. Il a présenté sa candidature à la Présidence de la République à trois reprises. Les voix obtenues par le passé (18,57 % en 2017) placent Bayrou dans une position clé en 2017. Lors des primaires coorganisées par les Républicains (LR) et le candidat du centre (le chrétien-démocrate Jean-Frédéric Poisson), il était au côté d’Alain Juppé ; lorsque A. Juppé a perdu la primaire, il a annoncé publiquement qu’il soutenait Emmanuel Macron.

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Le journal Le Monde et le grand capital international soutiennent ouvertement Emmanuel Macron. Voyons donc ce qui va se passer.

Qui fera trébucher qui…

Dr. Hüseyin Latif

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