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Iran : le père fondateur de la République islamique est mort

Portrait. Mort d’une crise cardiaque à l’âge de 82 ans, le controversé “parrain” Hachemi Rafsandjani est mort le 8 janvier 2017. Quel héritage laisse-t-il à l’Iran ? Portrait d’un personnage atypique.

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Akbar Hachemi Rafsandjani en 2016

Rafsandjani est une figure controversée. Partisan de l’Ayatollah Khomenei, il deviendra en 1989 le président de la République islamique d’Iran. Réformateur, centriste et modéré, Rafsandjani est l’une des personnalités iraniennes les plus contestées depuis la révolution islamique en 1979.

Des débuts prometteurs

Né en 1934 dans une famille d’agriculteurs, Rafsandjani suit un enseignement religieux avec l’Ayatollah Khomenei. Peu intéressé par le Coran, il devient ce que ses partisans qualifient “d’agitateur politique”. Il sera arrêté à plusieurs reprises, mais restera toujours un proche de l’Ayatollah. Parallèlement, il fait des affaires dans le commerce des pistaches et gagne plusieurs millions de dollars grâce à ses activités immobilières. Sa fortune est estimée à plusieurs milliards de dollars.

Un support controverse de la révolution islamique

C’est en 1979, avec la chute du Shah, que commence sa longue carrière politique. Il sera candidat à la présidence du Parlement en se positionnant en défenseur des petits commerçants. C’est le début d’une longue carrière politique. Rafsandjani a occupé la plupart des plus hautes fonctions du pays, dont celle de président de 1989 à 1997.

Apprécié par une bonne partie de la population iranienne, il est conscient des difficultés économiques de son pays et des futurs enjeux nationaux. Il déclarera en juin 2009 “Si nous ignorons les voix de notre jeunesse et ne changeons pas, ils nous feront ce qu’ils ont fait au Shah”. Il propose une alternative au conservatisme islamique de son successeur en 2005, l’ultra-conservateur Mahmoud Ahmadinejad.

Actif et prompt aux négociations avec l’Occident, il représentera sur la scène internationale les intérêts iraniens tout en développant de nouvelles relations – économiques et politiques – avec d’autres puissances. Régionalement, il sera l’un des principaux protagonistes du cessez-le-feu signé en 1988, mettant fin à la guerre entre son pays et l’Irak.

Centriste réformateur pour certains, disciple de l’Ayatollah Khomeiny pour d’autres, le décès de Rafsandjani a ému l’Iran et plusieurs centaines de milliers de citoyens lui ont rendu hommage en défilant dans les rues des principales villes du pays. 

Un héritage mitigé

Plusieurs s’accordent à dire que l’ancien président laisse derrière lui un bilan en demi-teinte. Il est notamment accusé de s’être enrichi illégalement pendant ses différents mandats, profitant des investissements étrangers. Sur le plan politique, il faisait preuve d’une certaine intolérance envers la dissidence politique. Ainsi, plusieurs opposants politiques ont fait des séjours en prison. Néanmoins, ce réformateur a permis une libéralisation des mœurs en Iran et un rapprochement avec les puissances occidentales.

Cependant, son décès ne préconise rien de bon pour les réformateurs et les modérés iraniens. Ces derniers perdent un soutien de taille. Le réformateur M. Rohani, candidat à sa réélection aux élections présidentielles de mai prochain, est ôté d’un appui important.

Paul CHARLES

 

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