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Iran : l’élection présidentielle et ses multiples enjeux

Les Iraniens choisissent aujourd’hui qui sera leur prochain chef de l’État. Ce scrutin, dont le résultat reste encore certain, comporte plusieurs enjeux – notamment sur la scène régionale.

Un scrutin à l’issue incertaine

Téhéran, huit heures du matin. « Le destin du peuple est entre vos mains », déclarait ce matin l‘ayatollah Ali Khamenei lors de l’ouverture des bureaux de vote. C’est en effet aujourd’hui que 56,4 millions d’Iraniens sont appelés à choisir leur prochain président de la République. Six candidats étaient initialement prévus, mais quatre d’entre eux se sont désistés ou se sont maintenus pour la forme et ont appelés à voter pour les deux véritables candidats restants : le président Hassan Rohani, qui brigue un second mandat, et le clerc Ebrahim Raïssi.

Si Hassan Rohani avait été élu dès le premier tour en 2013, il n’est pas certain qu’il parvienne à se maintenir au pouvoir pour quatre années de plus. Il avait pu compter à l’époque sur la mobilisation relative des grandes villes du pays, des classes moyennes et, surtout, du soutien des minorités tant ethniques que religieuses (environ 15% de la population). Mais cet élan populaire n’est pas assuré. Il est cependant à noter que tous les présidents iraniens depuis 1981 ont effectué deux mandats. Malgré les critiques, il fait donc tout de même office de favori.

La candidature d’Ebrahim Raïssi dispose d’atouts et de chances pour remporter ce scrutin présidentiel. Il peut compter sur un électorat large et mobilisé allant des fonctionnaires aux forces armées et milices, en passant par les classes populaires et les conservateurs. Il promet aux religieux, davantage de religion ; et aux pauvres, davantage d’aides sociales. Cela dit la crise économique pourrait conduire les plus touchés à s’abstenir ce qui, en plus de réduire les chances du candidat conservateur, fragiliserait la légitimité populaire du régime.

Des enjeux nationaux et régionaux

Ce qui est certain, c’est l’importance de ce scrutin tant pour l’Iran, bien sûr, que pour la région et dans une moindre mesure les puissances internationales. Ce scrutin comporte trois enjeux majeurs. Sur le plan national et pour contrer les accusations de corruption dont il a fait l’objet, Hassan Rohani a évoqué le retour du « mouvement vert » durant sa campagne, des manifestations réprimées après la réélection contestée de Mahmoud Ahmadinejad en 2009. En cas de victoire, il a promis d’obtenir la libération de ces leaders auprès du guide suprême.

Tous les candidats se sont engagés à défendre l’accord international sur le nucléaire iranien (2015) et sur l’ouverture économique. Cela dit, Ebrahim Raïssi critique son bilan : grandes banques internationales absentes, investissement domestique toujours faible, chômage en hausse. Hassan Rohani souhaite négocier la levée des sanctions non nucléaires, et ne pas braquer les États-Unis. Son objectif : obtenir des investissements étrangers dans les infrastructures vieillissantes du pays. De ce scrutin dépend la poursuite de l’ouverture économique.

Si aucun acteur régional n’a souhaité se prononcer dessus, il est fort probable que Hassan Rohani soit la meilleure option pour la plupart. Par exemple, un pays comme la Turquie a intérêt à ce que l’ouverture iranienne sur l’Occident et la souplesse sur le dossier syrien (comparé à E. Raïssi) perdurent. Il en est de même pour l’Arabie saoudite qui, du fait de ses liens commerciaux et de sa minorité chiite, a intérêt à garder une situation tempérée. À l’inverse, pour Israël, une victoire de E. Raïssi serait l’occasion d’agiter le probable gouvernement ultraréactionnaire et mobiliser contre l’Iran.

Kiymet Altan

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