Economie, International

Iran : un accord pour relancer la course au pétrole

En discussion depuis 2013, la levée des sanctions économiques imposées à l’Iran depuis 2006 n’a toujours pas trouvé d’accord à Vienne, siège des négociations entretenues depuis deux mois par les représentants iraniens et les pays du « P5+1 » (Etats-Unis, Chine, Russie, France, Royaume-Uni et Allemagne).  En dépit d’une issue imprévisible, Etats et compagnies pétrolières anticipent déjà en coulisses la réhabilitation de Téhéran et de ses énormes ressources en hydrocarbures dans le jeu mondial.

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Les tractations n’ont pas encore abouti que déjà les juteuses perspectives commerciales qui accompagneraient la normalisation des rapports diplomatiques entre l’Iran et la communauté internationale, s’insèrent à l’arrière-plan des négociations se tenant en ce moment à Vienne entre la délégation iranienne et les représentants des pays du « P5+1 ».

S’il est vrai que la réintégration de l’Iran, frappée depuis 2006 par plusieurs sanctions de l’ONU, offrirait des opportunités immenses dans l’exploitation de ses ressources énergétiques, il n’en reste pas moins que l’accord, qui devra être préalablement ratifié, n’est pour l’instant pas prêt de voir le jour.

En effet, repoussés au 10 juillet, alors que la date butoir intervenait initialement le 30 juin dernier, les pourparlers engagés en novembre 2013 à Genève ne devaient durer au départ qu’un an. C’était avant que de nombreux points de blocage ne ralentissent la procédure qui a finalement été repoussée au 10 juillet prochain.

Trois points de blocage

Malgré la fréquence des réunions qui ont eu pour objet ces derniers mois la question du nucléaire iranien, plusieurs points n’ont toujours pas trouvé de consensus entre les parties-prenantes actuellement réunies à Vienne. Le premier, peut-être le plus important, porte sur la restriction du programme nucléaire de Téhéran au domaine civil.

Plusieurs pays, à l’image d’Israël par iran_vienneexemple soutenu par les États-Unis, refusent en effet de voir l’Iran développer les recherches sur l’atome à des fins militaires. Un impératif qui répond directement au deuxième point débattu par l’Iran et les Etats du « P5+1 » : l’arrêt immédiat et sans conditions des recherches entreprises par Téhéran pour mettre au point des centrifugeuses capables d’enrichir suffisamment l’uranium pour fabriquer une bombe atomique.

Enfin, le dernier point litigieux concerne les sanctions qui pèsent sur la République islamique. Jusqu’à présent, l’Iran n’a pas modifié sa position, demandant, en cas d’accord, une levée totale des mesures restrictives qui affectent l’économie du pays depuis 2006. Une demande qui trouve en revanche de nombreux opposants chez ses interlocuteurs, à l’instar des États-Unis, qui se prononcent en majorité pour une levée partielle et progressive indexée sur les observations in situ de l’Agence internationale de l’énergie économique.

De nouvelles opportunités pour les investisseurs

iran_nucleaireEn suspens depuis plusieurs années, l’exploitation des ressources énergétiques iraniennes devraitconnaître une nouvelle dynamique si la communauté internationale régularise la situation du pays. Centre de toutes les convoitises, le marché des hydrocarbures offre des opportunités d’investissement importantes après plusieurs années difficiles pour l’économie.

Culminant en 2008 à 4,3 millions de barils par jour, la production s’est effondrée depuis cette date pour atteindre en 2014 le niveau historiquement bas de 2,8 millions de barils quotidiennement produit. Un rendement bien insuffisant quand on connaît le potentiel énorme des sols du géant perse. Au niveau mondial, la République islamique se classe au 4e rang des pays producteurs de pétrole, et au second pour ce qui est de l’exploitation du gaz naturel, juste derrière la Russie.

L’arrivée de nouveaux investisseurs pourrait donc rebooster ce secteur clé qui pèse potentiellement quelques 118 milliards de dollars. Et la manne financière draine de nombreuses entreprises qui, pour la plupart, avaient été contraintes de se retirer du pays suite à l’embargo voté par l’ONU. Mais, depuis le début des négociations à Vienne, de nombreuses compagnies pétrolières ont renoué des contacts avec les autorités iraniennes. Aux côtés des poids lourds comme l’anglo-néerlandais Royal Dutch Shell, le russe Gazprom ou encore le britannique BP, des émissaires du monde entier ont été mandatés afin de sonder les dignitaires iraniens en vue d’un prochain accord en Autriche.

Le géant français Total n’est pas non plus en reste. Le poids lourd du CAC 40, a secrètement entretenues des relations de proximité avec le gouvernement iranien en dépit des injonctions de l’ONU. En plus d’un bureau permanent situé à Téhéran, les PDG du groupe, avant la mort accidentelle de Christophe de Margerie en octobre 2014, avaient d’ailleurs pour coutume de célébrer chaque année les commémorations de la Révolution islamique de 1979 à l’ambassade d’Iran à Paris.

Reste pour l’instant un problème à éclaircir au cas où un accord prochain rentrerait en vigueur : celui de la distribution des ressources en hydrocarbures vers l’Occident. Possédant des infrastructures vieillissantes, l’Iran doit trouver un moyen d’acheminer le pétrole alors même que les différentes voies qui pourraient lui permettre d’y accéder sont momentanément impraticables. A l’ouest, par exemple, la mainmise du groupe Etat islamique sur de vaste parties de l’Irak et de la Syrie rend le transport à travers la région impossible.

Le voisin turc n’offre pas non plus de solution : les relations diplomatiques entre les deux pays rendent un accord pour le transit des ressources énergétiques peu probable. A l’inverse, un acheminement par le sud serait la situation la plus simple mais les coûts élevés du Canal de Suez et du Cap de Bonne-Espérance, rendent l’option peu attrayante. Ne reste plus que la région du Caucase du Sud, (Arménie, Géorgie, Azerbaïdjan), qui serait une place stratégique pour la distribution du pétrole en Europe de l’Ouest et du Nord. Cette option demeure à ce jour celle qui a la faveur des autorités iraniennes, même si les nombreux conflits dans la région ralentiront sans doute le projet.

Matéo Garcia

 

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