Découverte, Tourisme

ايران / IRAN

Si Téhéran a tout d’une ville moderne, Ispahan, dont la silhouette se dresse au milieu du désert tel un mirage, garde par son architecture le souvenir de sa grandeur passée.

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Perché sur le toit de Téhéran

Une fois à l’aéroport international Khomeyni, on découvre de multiples façons de suivre une des premières règles du pays, à savoir le port du voile obligatoire. La plupart des femmes le portent non pas serré sur le front mais simplement déposé sur la tête, laissant quelques mèches apparaître, librement.
Face à une capitale tentaculaire avec ses 13 millions d’habitants (recensement 2006), se dresse non pas l’immensité marine mais la majesté des monts Alborz. Les Téhéranais aiment défier leurs flancs, pour une promenade en amoureux traversant de petits villages qui n’ont rien du confort de la ville (voir photo), ou pour une partie de football nocturne sur le « toit de Téhéran ». Face à ces montagnes, la Tour Milad, symbole de modernité érigée en 2007, qui avec 435 mètres de hauteur se place aujourd’hui en septième position mondiale de par sa taille, ne se dresse que modestement.

Sâlâm !

Le persan est une langue qui chante, et dont l’écriture rappelle les inscriptions de l’époque ottomane en Turquie. Mais l’Iran est un grand pays, aux multiples cultures. On estime ainsi à 40% la part de la population ayant l’azéri pour langue maternelle. Par ailleurs, les Iraniens semblent apprécier la musique pop turque ainsi que ses séries télévisées, ce qui explique que certains d’entre eux puissent s’exprimer en turc. Le plus surprenant reste que, comme à l’intention d’éventuels touristes, de nombreuses informations sont disponibles en anglais, des panneaux indicateurs à la monnaie, ce qui peut étonner sait que les relations de l’Iran avec les Américains étaient jusqu’à présent réduites à néant.

D’une monarchie parlementaire à une République islamique… une révolution ?

C’est au tournant du XXe siècle que l’Empire perse, affichant quelques signes de fragilité, adopte une Constitution (1906) et convoque sa première Assemblée. Au terme d’une dizaine d’années troublées par des occupations russe et britannique, une Assemblée constituante proclame en 1925 (soit quasi simultanément à la proclamation de la République d’Atatürk) la déchéance de la dynastie Ghâjâr, au pouvoir depuis 1779, ouvrant l’ère Pahlavi, avec le règne de Rezâ Shâh. Téhéran ne compte alors que 500 000 habitants.
D’ambitieuses réformes sont entreprises, comme la création de la Banque nationale, ou encore l’adoption d’un code civil, remettant en cause le système judiciaire iranien et ainsi la position des cléricaux. En 1934, Rezâ Shâh effectue un voyage en Turquie, au retour duquel sont adoptées plusieurs lois sur le vêtement, comme le chapeau pour les hommes, ce qui déclenche de violentes réactions de la part des instances religieuses. Deux ans plus tard le port du voile par les femmes est strictement interdit en Iran.

Par ailleurs, la souveraineté du pays reste fragile. Plusieurs accords concernant les ressources pétrolières sont passés avec les Britanniques, toujours à l’avantage de ces derniers. En 1941 le pays est envahi au nord par les Soviétiques, au sud par les troupes anglaises. Rezâ Shah abdique en faveur de son fils, Mohammad-Rezâ Shâh, qui régnera jusqu’à la chute du régime en 1979.

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Blanc, rouge, vert…

Au début des années 1960 un nouveau vent souffle sur le pays. Le gouvernement s’engage dans un vaste projet de réformes, appelée « révolution blanche », comprenant des mesures phares telles que le droit de vote des femmes, et le retrait de la référence explicite au Coran dans le code électoral. Le climat entre pouvoir politique et clergé se tend, au point de se terminer dans le sang (émeutes du 5 juin 1963).
Les années 1970 ne seront pas plus pacifiques, bien au contraire. Le durcissement du régime se traduit par une sévère répression de divers groupes politiques, l’usage de la torture, et l’instauration d’un parti unique (Rastâkhiz, « renouveau »). En 1978 ont lieu de nombreuses manifestations en soutien à Khomeyni, chef religieux en exil à Paris. Grève générale, démission de Premier ministre, affrontements avec l’armée… le 16 janvier 1979 le chah et sa famille quittent l’Iran pour la Jordanie puis l’Egypte. L’heure de Khomeyni, reconnu comme Guide de la révolution, est venue. Le 11 février (22 bahman) sonne la victoire de la révolution islamique, approuvée par référendum quelques mois plus tard. A savoir que le chiisme a le statut de religion officielle depuis le XVIe siècle.
La décennie suivante sera elle aussi faite de sang et de larmes : en 1980 l’Irak attaque le pays. La guerre durera huit ans. En 1989 s’éteint l’imam Khomeyni, auquel succède l’hojjar oleslâm Ali Khâmena’i.

Après la guerre froide, l’ère glaciale ?

En 2002, la question de l’enrichissement de l’uranium dévoilée, l’Iran entre en négociations difficiles avec l’Occident. En 2005 est élu Mahmud Ahmadinejad, issu des Gardiens de la révolution, qui, outre quelques positions radicales qui contribuent à durcir les relations diplomatiques avec l’Europe et les Etats-Unis, s’attache à replacer la religion et le clergé au centre de l’échiquier politique. En 2009, sa réélection est contestée, suscitant d’une part des divisions dans les couloirs du pouvoir, et surtout d’immenses manifestations de protestation, violemment réprimées. En juin dernier a été élu dès le premier tour Hasan Rohani, appartenant à la branche plus modérée, dont certains Iraniens espèrent non plus une démarche de confrontation mais d’échange et de négociation. Les premiers échanges avec Barack Obama témoignent à tout le moins d’un changement de ton.

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Ispahan, vestige séfévide

Si Téhéran, théâtre des révolutions, a tout d’une ville moderne avec ses gratte-ciels et ses embouteillages, Ispahan, dont la silhouette se dresse au milieu du désert tel un mirage, garde par son architecture le souvenir de sa grandeur passée.
Capitale perse sous les Seldjoukides (XI-XIIe siècle), puis sous les Séfévides (XV-XVIe siècle), de ces époques d’apogée politique ont été conservés palais, jardins, ponts (deux gracieux édifices enjambant le Zayandèroud datant du XVIIe siècle), églises (quartier arménien de la Nouvelle-Djolfa) et surtout le Maydan-i Shah (la place du Roi), place monumentale (512 mètres x 119 mètres), dont l’élément principal, placé sur la face sud, n’est autre que la mosquée du Shah, édifiée par Shah Abbas le Grand entre 1611 et 1628, et achevée sous le règne de son successeur Shah Safi en 1638. Minarets de 46 mètres de haut, coupole aux sept couleurs décorée d’arabesques en carreaux de céramique, iwans (salles de prière dont un côté reste ouvert), cette superbe pièce d’architecture symbolise le pouvoir tant royal que spirituel. Sur la face sud-est de la place se dresse une autre coupole d’un grand raffinement, celle de la mosquée Cheykh-Lotfollah, habillée de céramiques turquoises (voir photo), qui lui valent son inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1979. Le grand porche sur la face nord n’est autre que l’entrée principale au bazar dont les échoppes habitent chacune des arcades des bâtiments entourant la place.

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Epicentre politique, Ispahan jouait également au XVIIe siècle le rôle de carrefour culturel et commercial, accueillant de nombreux voyageurs européens, introduits notamment par la communauté arménienne de Djolfa, ou par des ordres religieux catholiques. Attirés par les produits venus des Indes, quelques compagnies marchandes européennes s’installent sur place, retraçant la route de ces biens « exotiques », pour progressivement se les accaparer.
Sans savoir quelle influence ont pu avoir ces échanges commerciaux, à Ispahan on peut se régaler de viande à la cannelle (beryani), de soupe de lentilles et mille autres saveurs (ash), de pot-au-feu à l’aubergine (kashke bademjan), et en dessert goûter le fameux faloodeh … bref le palais est bien entendu aussi du voyage !
Bien sûr ces mets ne s’accompagnent ni de raki ni de vin, quoique ce dernier soit souvent présent dans les peintures murales des restaurants et autres palais vestiges d’une civilisation perse qui force l’admiration. Ainsi, une fois informés sur les procédures d’obtention du visa, sur les conventions vestimentaires, sur les restrictions en terme d’hébergement (contrat de mariage exigé pour une chambre mixte), sachez chers voyageurs que cette culture souvent méconnue de l’Occident n’attend qu’à être découverte et appréciée.

 

Solène Jimenez

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