Politique, Société

Istanbul : la LGBT menacée par des dérives autoritaires

Dimanche, plusieurs centaines de policiers anti-émeutes ont assiégé les abords de la place Taksim, pour empêcher un rassemblement LGBT. Les autorités en ont profité pour interdire également la Gay Pride qui devait avoir lieu le 26 juin dans la ville. Une première depuis 2003.

Gay pride à Istanbul, en 2013.

La gay-pride à Istanbul, en 2013.

Matraques et gaz contre drapeaux arc-en-ciel. Ce fût la réponse des policiers anti-émeutes d’Istanbul, qui n’ont pas hésité à faire usage de gaz lacrymogènes et de balles en caoutchouc pour disperser une cinquantaine de membres de la communauté LGBT réunis spontanément pour la « Trans Pride », en plein mois de Ramadan. Les militants avaient été rejoints par une centaine de sympathisants de la cause. Tous s’étaient réunis devant un de leurs locaux situés près de la place. Ils ont déployé un drapeau au couleurs du mouvement, puis l’un d’eux a voulu lire un communiqué aux journalistes regroupés sur les lieux, avant d’en être empêché par la Police. Au moins deux manifestants ont été interpellés selon l’AFP.

« Le mois de ramadan n’est qu’un prétexte. Si vous respectez le ramadan, respectez-nous aussi. Notre rassemblement sera pacifique », a déclaré Ebru Kiranci, porte-parole de l’Association de solidarité lesbienne, gay, bisexuelle, trans et intersexuelle (LGBTI) pour apaiser les tensions. Or, après des menaces proférées par un groupe ultranationaliste, qui a promis d’interdire aux « dégénérés » de défiler, les autorités ont prévenu la semaine dernière qu’elles interdiraient l’organisation de manifestation transgenres et homosexuelles, pour éviter tout débordement.

La Gay Pride interdite, une première depuis plus d’une décennie

Bien que cette trans-pride s’inscrive dans le cadre de la semaine LGBT en Turquie, les autorités d’Istanbul ont annoncé vendredi avoir interdit la Gay Pride qui devait avoir lieu dimanche prochain dans la ville, afin de préserver la sécurité et l’ordre public suscitant ainsi l’indignation de la société civile. Depuis plus d’une décennie, c’est la première fois que cette manifestation annuelle est interdite par le pouvoir.

Pour rappel, la « traditionnelle marche des fiertés d’Istanbul » a lieu depuis 2003 sans incident, sauf l’an passé. La marche était alors autorisée, mais les policiers avaient violemment dispersé le rassemblement, dès que les premiers slogans contre le président Recep Tayyip Erdogan avaient été lancés.

Cette année, c’est donc une première : le gouvernorat d’Istanbul a interdit la marche pour des raisons de sécurité et d’ordre public. On évoque notamment la menace terroriste qui pèse, mais pour les organisateurs, c’est un argument fallacieux. Les autorités veulent faire taire les mouvements LGBT, disent-ils. D’ailleurs, un collectif d’associations tente de renverser cette décision de la municipalité devant la justice, mais il a très peu de chances d’être entendu cette semaine sur cette affaire…

 Des menaces concrètes

Cette année, les organisateurs de la marche des fiertés d’Istanbul ont reçu des menaces très précises. Notamment celles d’un groupe qui a organisé une conférence de presse en début de semaine, et qui a menacé d’être présent physiquement près de la place Taksim, où devait avoir lieu la marche, pour empêcher le rassemblement, qu’il qualifie de réunion de « pervers dénudés qui boivent de l’alcool ». Ce groupe insistait sur le fait que le rassemblement avait lieu en plein mois de ramadan, et demandait donc aux autorités de réagir. Les menaces ont finalement été retirées lorsque le gouverneur d’Istanbul a annoncé que la marche ne serait pas autorisée.

Sans oublier, que tous les rassemblements sur la place Taksim sont systématiquement dispersés par la force, depuis une fronde anti-gouvernementale qui y est née en juin 2013 contre la dérive islamiste et autoritaire du président islamo-conservateur Recep Tayyip Erdogan.

G.A.A

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