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Istanbul : l’effondrement de la livre turque face au dollar plombe le méga-chantier du troisième pont

Les trois compagnies sous-traitantes chargées de la route, du tunnel et des travaux d’excavation du troisième pont sur le Bosphore ont demandé un délai supplémentaire après s’être déclarées en faillite. L’instabilité du cours du dollar et la hausse des coûts seraient responsables.

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Trois sous-traitants chargés de la construction du pont sur le Bosphore ont saisi la justice pour repousser les délais de construction et se sauver de la banqueroute. ESA İnşaat, Saryapı İnşaat et İSDEM Yapı, chargés de chantiers-clés du troisième pont tels que le tunnel ou le segment autoroutier faisant la jonction, ont expliqué être dans l’incapacité de régler leurs dettes.

L’explication est semble-t-il monétaire : la chute sans précédent de la livre turque face au dollar a considérablement augmenté les coûts de production et, avec eux, les dettes en devise étrangères de nombreuses entreprises.

Cette déconfiture intervient comme un sursis inespéré voire « providentiel » pour les nombreux opposants à ce projet, à commencer par les écologistes, qui y voient une immense menace pour les forêts au nord, poumons verts de la mégapole tentaculaire.

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Istanbul et le chantier du troisième pont à l’extrême-nord.

La vaste communauté alévie ensuite, scandalisée par le nom officiellement donné au pont en devenir : Yavuz Selim. Un hommage au sultan Selim 1er du XVIe siècle, connu pour avoir fait massacrer une grande partie d’entre eux en raison de leur « hérésie » et de leur proximité avec la Perse safavide voisine avec qui l’Empire ottoman était alors en guerre.

D’un coût total estimé à près de 4,5 milliards de livres turques, ce troisième pont est l’un des méga-projets chers (et le mot s’impose) au cœur de l’actuel président à l’instar du nouveau tunnel sous le Bosphore, du canal parallèle, du troisième aéroport, ou encore de la mosquée géante sur les hauteurs d’Üsküdar.

Au malheur des uns comme aux réjouissances des autres, la conjoncture et la faiblesse de la livre turque ont condamné ces projets à des retards, suspensions voire annulations pures et simples. Fin avril déjà, l’appel d’offre pour la construction des routes d’accès au pont avait été repoussé à l’après-législatives.

Alexandre De Grauwe-Joignon

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