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Istanbul : « Les rhinocéros de retour en ville » par Özge Günaydın

Considéré comme le trafic le plus rentable au monde, le « Rhino Dollar » est pourtant interdit depuis plus de 40 ans. À l’heure où la pandémie du coronavirus détourne le regard de tous les autres « grands problèmes » du monde, le rhinocéros court toujours pour échapper aux braconniers alors que, sur le marché noir, ses cornes se revendent à prix d’or. Un fléau auquel s’attaque l’artiste turc Özge Günaydın.

« Les rhinocéros de retour en ville »

À Istanbul, l’artiste Özge Günaydın a décidé de mettre en place une exposition afin de sensibiliser la population à la protection de l’environnement et aux animaux menacés d’extinction, voire disparus.

Cette exposition intitulée « Les rhinocéros de retour en ville » présente des sculptures, des peintures, de l’art numérique, des vidéos, des installations, des spectacles et un film documentaire. Tout y est ! Cette exposition multidisciplinaire présente même un parfum spécialement créé pour l’occasion. « Lorsque vous entrez dans la zone dexposition, vous rencontrez une odeur de forêt qui vous frappe au visage », a déclaré l’artiste de 41 ans qui, avec la conservatrice de musée Denizhan Özer, a travaillé pendant deux ans pour que le spectacle devienne réalité.

« Sensibilité et sensibilisation »

Özge Günaydın décrit son exposition comme une « représentation holistique » de tout ce qu’elle essaie d’exprimer dans ses écrits et son travail depuis de longues années, mais perçoit également son travail comme un précurseur de la crise de la Covid-19 que le monde tente de combattre.

« Le point de départ de l’exposition est tous les événements environnementaux et naturels qui sont ignorés, qui n’ont pas été vus ou qui ont été oubliés par la population mondiale », explique l’artiste.

Selon Özge Günaydın, la plupart des gens estiment qu’un feu de forêt à l’autre bout du monde ne les concerne pas et ne les affectera pas. Pourtant, elle souligne que la pandémie de la Covid-19 démontre le contraire, qu’elle nous pousse à reconnaitre que le monde est petit et que tout est lié. L’effet papillon n’est pas loin.

À la fin de l’exposition, les visiteurs se retrouvent devant un grand mur où est inscrit : « Qui êtes-vous ? ». La raison derrière cette question, a expliqué l’artiste, est que celle-ci désire que les visiteurs ressortent transformés de cette exposition. À travers cet événement artistique, Özge Günaydın souhaite mêler la sensibilité et la sensibilisation pour éveiller en nous une prise de conscience : « Évidemment, nous disons à l’humanité de se ressaisir ».

Sa corne à tout prix !

Présentée au Maslak Masterpiece Hall d’Istanbul, l’exposition propose de nombreuses représentations de rhinocéros — à travers lesquelles Özge Günaydın souhaite transmettre son message, dont une statue géante au centre de l’exposition.

« Notre objectif est dattirer lattention sur la sixième extinction de masse et de sensibiliser aux événements environnementaux à travers des animaux disparus », a-t-elle déclaré à l’Agence Anadolu.

Selon le Fonds mondial pour la nature (WWF), les rhinocéros étaient autrefois très présents dans les savanes d’Afrique et dans les forêts tropicales d’Asie. Aujourd’hui, quatre des cinq espèces de rhinocéros sont menacées d’extinction.

Leur célèbre corne, bien qu’elles leur permettent de se protéger, représente presque une malédiction, car son commerce les conduit peu à peu à leur disparition. Entière ou réduite en poudre, la corne de rhinocéros se revendrait sur les marchés à plusieurs dizaines de milliers d’euros le kilo. Même si son commerce est interdit par la CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction) depuis 1977, la demande reste très forte et se justifie par les croyances en des vertus thérapeutiques de ces cornes. Après des décennies de braconnage et de massacre, seule une petite poignée de rhinocéros survit en dehors des parcs nationaux, selon la WWF.

Les rhinocéros « sont herbivores et leurs déjections sont très précieuses pour le cycle environnemental. Ils prennent soin de leurs petits jusqu’à l’âge de quatre ans et ne font de mal à aucune autre créature. Peut-être me rappellent-ils toutes les vertus que les êtres humains ont dû oublier », explique Özge Günaydın quand elle évoque la vedette de son exposition qui peut également être visionnée en ligne sur : studiomasterpiece.com.

Abou el amaim Nada

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