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Istanbul : une manifestation de soutien aux victimes de Suruç réprimée par les autorités

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Une foule de plus d’un millier de personnes s’est réunie ce lundi vers 19h à Istanbul, non loin de la tristement célèbre Place Taksim, en soutien aux 31 victimes d’un attentat terroriste survenu le jour même à Suruç, dans le sud de la Turquie. La démonstration se déroule pacifiquement, jusqu’à ce que les forces anti-émeutes chargent soudainement les protestataires à l’aide de canons à eau et de gazs lacrymogènes. Des affrontements s’en sont suivi jusque tard dans la nuit.

À l’appel de différents groupes de gauche pro-kurdes, tous s’étaient réunis rue Istiklal ce lundi 20 juillet afin de manifester leur soutien aux victimes de l’attentat survenu la matinée même. Dans cette foule en deuil, on pouvait reconnaître le drapeau de la Fédération des jeunes socialistes, dont les membres avaient été pris pour cible à Suruç, causant 31 morts. Ces jeunes étudiants étaient venus des quatre coins de la Turquie afin de discuter des préparatifs d’un voyage humanitaire de quatre jours dans la ville kurde de Kobané, en Syrie.

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Si pour le gouvernement cet attentat porte la signature de Daech, une grande partie des sympathisants kurdes considèrent au contraire les autorités turques comme responsables sinon complices du drame.

Les Kurdes n’ont plus confiance

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Manifestants portant des drapeaux à l’effigie d’Abdullah Öcalan, fondateur du PKK.

Rien qu’au cours de la dernière campagne législatives, le parti pro-kurde HDP et ses membres avaient fait les frais de près de 70 agressions, jusqu’à un double-attentat à la bombe lors d’un meeting du parti à Diyarbakır, faisant 4 morts et 300 blessés. Les réactions avaient été sans équivoques : à la piste terroriste, les sympathisants du HDP favorisaient la thèse du complot, scandant « L’AKP paiera ! » lors de mouvements de soutien similaire à celui de ce lundi. Ces allégations portées contre le gouvernement permettent de fair état de l’abîme grandissant qui sépare les Kurdes de leur président.

Un abîme creusé par quatre années de guerre en Syrie, durant lesquelles la Turquie n’a fait que s’enfermer chaque jour un peu plus dans un comportement ambivalent, aussi soupçonneux aux yeux de la communauté internationale que de la société civile turque elle-même. Le très populaire hashtag #TerroristTurkey résume assez bien ce sentiment ; on le trouve lié sur les réseaux sociaux à de nombreux groupes pro-kurdes dénonçant l’inaction de l’armée turque à Kobané, ou encore l’affaire des livraisons d’armes de la Turquie à des djihadistes de l’Etat Islamique. Ce dernier sujet, révélé par le quotidien Cumhuriyet à travers la publication d’une série de documents vidéos, était soumis à une véritable chape de plomb dans les médias nationaux, adeptes de l’auto-censure.

Une partie de l’opposition montante s’est malgré tout cristallisée autour la question kurde avec pour conséquence, le 7 juin dernier, l’entrée historique du HDP au Parlement. Cet événement marquait l’émergence d’une nouvelle forme de contestation que la manifestation d’hier soir venait à nouveau confirmer.

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Une répression musclée

Lorsque les forces de police chargent la foule aux alentours de 21h dans la soirée de lundi, elle n’ont pas affaire à quelques militants d’extrême-gauche mais bien à une population diverse composée de femmes et d’enfants -turcs comme kurdes-, d’hommes et de vieillards manifestant pacifiquement. Un TOMA (véhicule blindé d’intervention muni d’un canon à eau) disperse alors rapidement la foule tandis que les policiers procèdent à des interpellations musclées. Forts de l’expérience des protestations de Gezi en 2013, les plus jeunes des militants ne prennent pas le risque de s’interposer et préfèrent fuir à travers le quartier.

Néanmoins les plus radicaux décident d’assiéger quelques rue alentour. S’en suivent des affrontements épars dans les rues voisines, où les manifestants s’opposent à coups de projectiles aux fusils anti-émeutes. Des hélicoptères sont rapidement mobilisés pour quadriller le périmètre du quartier d’Istiklal ; vision surréaliste, une demie-heure auparavant le quartier était encore peuplé de touristes.

Vers 23h, le calme revient finalement dans les rues et les commerces ouvrent à nouveau leur porte. C’est de l’autre côté du boulevard que de nouveaux affrontements éclatent, dans le quartier de Tarlabaşı, où vit entre autre une minorité kurde ghettoïsée depuis de nombreuses années. Ce ne sont alors plus des étudiants anarchistes vêtus de chemises blanches qui harcèlent les policiers, mais des adolescents de 13 à 17 ans. Ils n’hésitent pas à passer à tabac ceux qui leur apparaissent comme d’éventuels policiers en civil et se battront jusque tard dans la nuit, sous les regards blasés des anciens du quartier, pour qui la brutalité policière est monnaie courante.

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Nuit agitée dans le quartier kurde de Tarlabaşı, Istanbul.

Des échauffourées qui s’inscrivent en marge des négociations de coalition menées entre l’AKP et les partis d’opposition élus au Parlement le 7 juin dernier. Dépossédée de sa majorité absolue pour la première fois en treize ans, le Parti de la justice et du développement est parfois accusé de manipuler l’opinion et de gagner du temps, en vue de l’organisation d’élections anticipées. Il ne reste plus qu’une quinzaine de jours au gouvernement et à l’opposition pour trouver une sortie de crise via un gouvernement de coalition. Au-delà de ce terme, les citoyens turcs devront repasser aux urnes pour un nouveau scrutin législatif.

 

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