Cinéma

Je compte sur vous : Phisher price

Je compte sur vous
Du Dernier gang, de Ariel Zeitoun en passant par Comme les 5 doigts de la main d’Alexandre Arcady jusqu’à Je compte sur vous, Vincent Elbaz retrouve le costume du bandit, du faussaire, de celui que tout le monde recherche. Et pour cause, ce nouveau long métrage, réalisé par Pascal Elbé, met en scène un escroc qui par le biais de son téléphone arnaque et manipule ses victimes avec brio en se faisant passer pour leur président puis pour un agent de la DGSE. Il rêve d’offrir une vie de rêve à sa femme Barbara laquelle est jouée par Julie Gayet, mais poussé par l’adrénaline et le désir d’en avoir plus, il se mènera à sa propre perte.

Attrape-moi si tu peux !

Sous des allures de comédie dramatique, se cache un véritable thriller. En effet, si ce film se veut dynamique, il révèle tout de même un angle pathétique voire tragique. Inspiré de faits réels, et particulièrement de l’histoire de Gilbert Chikli, ce film dévoile une dimension tout à fait particulière. L’on suit alors les petites manigances du fameux escroc – dans le film Gilbert Pérez – accompagné de ses acolytes, entre autre, son frère, interprété par Ludovik, et d’un ami, sous le soleil de Tel Aviv, bien loin de la grisaille parisienne. Le contraste et le décalage qu’il existe entre ces deux villes, est alors bien révélateur, symbolisant alors le rêve d’un avenir meilleur, de l’utopie, s’opposant ainsi à la dur réalité et aux souffrances que subissent les victimes en France. S’il pense être intouchable et invisible de là où il est, il ne réalise pas l’impact de ses actes qui l’accusent aux yeux de la loi française d’être un dangereux faussaire.

Je compte sur vous

Les actions malhonnêtes entreprises par Gilbert sont alors présentées sous un autre angle, vu par l’envers du décor, presque côté coulisses, cela dédramatise ainsi le personnage et le rendant par la même occasion humain. Les enchaînements de ces scènes confèrent au film une dimension vivante où le protagoniste principal apparaît comme un anti robin des bois des temps modernes, une sorte de personnage idolâtré grâce à ces arnaques dont il ne se rend pas bien compte des répercussions et des véritables dégâts causés.
Petit à petit, ces petites escroqueries qui ne devaient être que furtives et futiles, se transforment en une véritable organisation digne des plus grands.

« La véritable arme c’est le cerveau »

je compte sur vousLe spectateur découvre alors et fait face à la folie quasi destructrice du personnage. La psychologie de ce dernier se révèle au grand jour et montre un homme rongé par l’ambition d’en faire plus, de gagner plus, de manipuler les plus faibles, pour ainsi se sentir plus vivant que jamais. La dimension perverse et dévastatrice de ce personnage est plus que réaliste et suggérée. Elle est carrément visible au grand jour, l’entraînant ainsi dans une spirale infernale, à savoir celle de l’égoïsme permanent et du mensonge. S’il ment à sa femme, en lui racontant qu’il travaille de façon honnête et également à son fils, en lui faisant croire que c’est un agent secret, il se ment en vérité à lui même, ne pouvant plus discerner le vrai du faux, ne pouvant plus discerner la véracité de ses propos, et surtout ne pouvant plus revenir à une réalité concrète et à une vie normale.

Sa frénésie se transforme alors en véritable démence puisqu’il va même s’associer avec des malfaiteurs, qui ne vont plus le lâcher avant de quand même continuer ses activités même si sa famille est en danger, même si il est seul, ou quand bien même il se retrouve à se rendre à la police tout en poursuivant sur le téléphone de la brigade de répression des fraudes, une autre escroquerie de plus grande envergure.

Vincent Elbaz Julie Gayet Je compte sur vousNous assistons donc à un terrible manège. Celui d’un escroc qui n’éprouve aucun remords, contre celui des victimes détruites par la honte et le désespoir. Si le personnage principal ne se considère pas comme un meurtrier, ni comme un voleur, il persiste également en affirmant que sa seule arme est un téléphone et celui qui décroche. Ce film pose alors la question de la morale, autrement dit, pouvons-nous briser et anéantir des vies sans armes ? A partir de quel moment sommes-nous considérés comme des criminels ? Peut-on être manipulateur sans complices ? Quelles sont les limites lorsqu’il s’agit d’abuser des gens, sans force physique, ni pressions apparentes mais seulement virtuellement ?

Je compte sur vous dévoile ainsi la chute, la décadence, voire la déchéance de ce personnage. Vincent Elbaz tient le film à lui tout seul, il parait plus convainquant que jamais. L’acteur s’efface ainsi au profit d’un personnage romancé, pour ainsi créer l’ambiguïté entre réalité et fiction. Par ailleurs, si la musique intrigante tient un rôle important, elle permet de renforcer le côté piquant et mordant du deuxième long métrage du cinéaste.
Ainsi, Isaac Sharry le producteur, révèle aux cotés de Pascal Elbé, un film rempli de suspens, de charisme aux tonalités émouvantes et attachantes voire dérangeantes. La trame est pourrait-on dire bien ficelée, retenant du début à la fin le spectateur en haleine.


Charlotte Lelouch

Sortie en salles le 30 décembre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *