Art, Cinéma, International

Jeanne Moreau, une icône du cinéma français disparaît

Jeanne Moreau, actrice, réalisatrice et chanteuse française, s’est éteinte à Paris le 31 juillet. Retour sur les moments marquants de sa carrière et le vide qu’elle laisse derrière elle. Âgée de 89 ans, la comédienne Jeanne Moreau a été retrouvée morte à son domicile parisien le 31 juillet. Une grande perte pour le monde du cinéma, mais aussi pour tous ceux qui ont fréquenté cette artiste unique à la voix grave et à la beauté sensuelle.

Une artiste aux multiples talents

Née à Paris en 1928, elle entrera au Conservatoire en 1947, mais aussi à la Comédie française à l’âge de 19 ans et apparaitra pour la première fois sur grand écran avec un petit rôle dans « Le Lever de soleil ». Mais c’est finalement dans « Les Caves du Vatican », d’André Gide, qu’elle se fera remarquer – notamment par Paul Léautaud, un écrivain et critique dramatique français – en 1950 alors qu’elle interprète une petite prostituée. Dès lors, elle fait la couverture de Paris Match, un magazine qui ne la quittera plus. Et pour cause!

Sa carrière sur les rails, elle jouera dans plus de 130 films parmi lesquels on compte bien entendu « Ascenseur pour l’échafaud » – qui propulsera sa carrière – et « Les Amants » de Louis Malle (1958), mais aussi « Moderato cantabile » de Peter Brook (1960), « Jules et Jim » de François Truffaut (1961), « Éva » de Joseph Losev (1962), ou encore « Le journal d’une femme de chambre » de Luis Bunuel (1961), « La Mariée était en noir » de François Truffaut (1968), « La Vieille qui marchait dans la mer », de Laurent Heynemann (1991), et plus récemment « Une Estonienne à Paris », Ilmar Raag, 2012.

C’est donc aux côtés des plus grands cinéastes européens et américains – fascinés par son talent – qu’elle marquera le monde du cinéma durant 65 ans en tant qu’actrice, mais aussi en tant que réalisatrice. En effet, elle réalisera notamment un film sur l’amitié féminine, « Lumière », où elle jouera au côté de Lucia Bosé, sa partenaire dans Nathalie Granger.

Une carrière exceptionnelle qui lui vaudra de nombreuses récompenses. Après avoir reçu le César de la meilleure actrice pour « La Vieille qui marchait dans la mer » (1992), elle a reçu deux Césars d’honneur (1995, 2008) ainsi qu’un Oscar d’honneur pour l’ensemble de sa carrière (1998). Enfin, elle a été la première femme élue à l’Académie des beaux-arts de l’Institut de France (2000).

Comme le soulignait Gilles Jacob, le président d’honneur du Festival de Cannes : « Aucune actrice ne peut égaler la profondeur de jeu de Jeanne Moreau et l’étendue de son art ». Il faut dire que si même les plus jeunes connaissent cette icône du fait de sa carrière au cinéma, Jeanne Moreau était une artiste complète puisqu’elle se produisait aussi sur les planches – elle jouera dans une soixantaine de pièces durant sa carrière – et était chanteuse. La comédienne a en effet enregistré six albums et « Le tourbillon », la chanson culte du film « Jules et Jim », qu’elle avait interprétée aux côtés de Vanessa Paradis à Cannes en 1995.

Le monde pleure la perte d’une icône

Dans un communiqué de presse, l’Élysée a tenu à souligner l’exceptionnel talent de Jeanne Moreau dans un message qui résume parfaitement ce qu’évoque l’artiste chez tout un chacun : « Il est des personnalités qui à elles seules semblent résumer leur art. Jeanne Moreau fut de celles-ci. Avec elle disparaît une artiste qui incarnait le cinéma dans sa complexité, sa mémoire, son exigence (…) Sa force fut de n’être jamais où on l’attendait, sachant s’échapper des catégories où trop vite on aurait voulu la ranger. Telle était sa liberté, constamment revendiquée, mise au service de causes auxquelles elle croyait, en femme de gauche ardente, toujours rebelle à l’ordre établi comme à la routine. »

Si la France est le premier pays à déplorer la disparition de cette figure de la Nouvelle Vague, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker a lui aussi rendu hommage à l’actrice : « Jeanne Moreau a marqué avec son talent la culture européenne et son art continuera à charmer et à enchanter tous les publics bien après sa disparition ».

Ceux qui ont eu le plaisir et l’honneur de travailler avec elle ont multiplié les hommages depuis lundi. Parmi eux, Melvil Poupaud ainsi que Brigitte Bardot qui a salué la « personnalité hors du commun » de l’actrice avant de déclarer : « J’ai beaucoup de chagrin. Jeanne était avant tout une femme belle, intelligente, séduisante, avec une voix et une personnalité hors du commun, qui ont fait d’elle une actrice aux multiples facettes ». Dans le HuffPost, le réalisateur Gilles Jacob se souvient aussi avec émotion de la brillante artiste « enthousiaste, intègre, indépendante, passionnée et brillante ». Quant au réalisateur et acteur Jean-Pierre Mocky, il a déclaré sur RTL : « Jeanne Moreau a eu une vie extraordinaire. Je crois que tout le monde  l’aimait. Je garde le souvenir  d’une femme libre, d’une femme très libre ».

Mais c’est certainement les Unes des tabloïdes du monde entier qui résument parfaitement ce que son décès représente comme perte pour le monde de la culture. De New York à Tokyo, de Beyrouth à Berlin, les journaux du monde entier ont rendu hommage à l’illustre actrice, saluant son talent et faisant les éloges de sa personnalité.

Des hommages mérités pour une femme dont la voix continuera à raisonner et dont le visage restera d’une façon ou d’une autre à l’écran et dans nos cœurs.

Camille Saulas

 

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *