Culture, Découverte

« J’essaie d’atteindre une sincérité de chaque instant » – Tristan Pfaff

À seulement 31ans, le pianiste français Tristan Pfaff gagne de plus en plus de notoriété dans le cœur du grand public. Bien connu de la scène de la musique classique, notamment grâce à sa virtuosité et l’obtention de nombreux prix comme le concours Long Thibaud ou encore de l’artiste génération SPEDIDAM, Tristan Pfaff se produit aujourd’hui dans les salles de spectacles du monde entier. Le samedi 12 novembre 2016, c’est sur la scène de l’école française de Notre-Dame de Sion, à Istanbul, que le pianiste a présenté un programme varié, comme il les aime. Il nous explique l’origine de sa passion et ses défis en tant que pianiste.img_1479Vous savez jouer de plusieurs instruments, comment le piano a-t-il pris le dessus dans votre vie ?

Nous avions un piano à la maison. Étant tout petit, j’ai eu la curiosité d’essayer et, plus j’y passais du temps, plus je me rendais compte que j’aimais cela. C’était une passion, une évidence qui s’est imposée depuis longtemps et qui a pris de plus en plus de place dans ma vie, jusqu’au jour où cela est devenu mon métier. Il y a des décisions à prendre tout au long de son parcours, mais un avenir en tant que musicien s’impose de lui-même.

J’ai effectivement fait d’autres choses en parallèle comme du violon, de l’orgue, des écritures théoriques, de l’harmonie, du contre poids et de la musique de chambre. Mais, j’ai toujours su que je voulais faire du piano, et c’est à l’âge de 15 ans, en arrivant au conservatoire de Paris, que je me suis concentré sur cet instrument. J’ai tout misé dessus et j’ai même arrêté l’école pour m’y consacrer.

Une fois que l’on a conscience de ses atouts, est-il naturel d’aller se confronter à des défis personnels comme celui d’interpréter les œuvres de virtuoses ? 

Avec le temps, notre ambition artistique n’est pas la même, elle évolue. En début de carrière, les défis sont de mener à bien sa scolarité au conservatoire avec le prix qu’il y a au bout, puis de commencer les concours. Il y a des concours internationaux que l’on nous présente plus ou moins comme un passage obligé. Plus ou moins, car cela reste un passage comme un autre pour décrocher ses premiers contrats. Mais ils permettent de mettre, à notre toute petite échelle du milieu de la musique classique, un petit coup de projecteur. Cela me paraît compréhensible à 15 ans, quand on rentre au conservatoire, de vouloir briller et impressionner en jouant de grandes pièces très brillantes de virtuoses, cela peut aider à se distinguer des autres au début. Ces concours servent à nous faire connaître du public et des programmateurs ce qui est très utile en début de carrière.

Aujourd’hui quels sont vos nouveaux défis ?

En évoluant, j’ai développé d’autres ambitions artistiques. On n’éprouve plus forcément le besoin de toujours jouer des œuvres très brillantes, avec des fins «  à bravo » pour le public. J’ai davantage le désir de me tourner vers des œuvres comme les dernières sonates de Beethoven, ou de Schubert, pour lesquelles l’enjeu n’est pas d’être démonstratif, mais de comprendre l’œuvre en profondeur. Il s’agit davantage de saisir la vision du compositeur selon la pièce. Cela dit, l’un n’empêche pas l’autre, et c’est ce que je m’efforce de prendre en compte lorsque je compose mes programmes.

En parlant de programmes, comment effectuez-vous le choix des œuvres qui seront jouées ?

Dans le programme que je joue à Notre-Dame de Sion, il y a des œuvres de Debussy, de Satie, des œuvres françaises avec tout ce que cela suppose de délicatesse, de légèreté et d’impressionnisme. À côté de cela, il y a une rapsodie hongroise très brillante, faite pour vraiment conclure en beauté et en feux d’artifice en fin de programme. Et, en même temps, il faut dire qu’on passe par une transcription de Schubert avant cela, c’est encore autre chose.

J’ai vraiment l’envie de jouer beaucoup de choses et que ce soit très varié avec des œuvres courtes. Je considère qu’un programme qui serait très brillant et très démonstratif d’un bout à l’autre serait fatigant autant pour moi que pour le public. Tout comme un programme lent, introspectif, méditatif d’un bout à l’autre, peut-être très beau, mais un peu ennuyeux au bout d’un moment. L’idée c’est d’alterner et d’aller d’un style à l’autre tout au long de programme.img_1472Avez-vous un compositeur préféré ?

Non pas vraiment, je veux pouvoir garder l’horizon le plus vaste possible en permanence et ne surtout pas me limiter. J’ai fait un disque Liszt, un disque Schubert, et d’autres, mais ce qui m’intéresse c’est de pouvoir tout jouer.

Il y a des compositeurs que j’adore, mais qui n’ont rien écrit pour le piano par exemple, c’est le cas de Wagner, Stravinski ou Mahler malheureusement… tant pis !

On ne peut que constater votre notoriété montante au sein du grand public, est-ce un objectif pour vous de faire apprécier et découvrir le piano à des personnes qui n’ont pas facilement accès à cet art ?

Dans certains festivals, lors de certaines saisons et certains concerts, on sait que le public n’est pas extrêmement mélomane et habitué à écouter de la musique classique, mais cela n’empêche pas qu’il puisse y avoir une curiosité. C’est un peu l’inconnu pour nous, on ne sait pas si cela va marcher, si le public va aimer.

J’ai joué à Nigde, en Turquie, le 13 mai dernier, et le public a adoré. Et ce, même s’ils ne maîtrisaient pas forcément les codes des salles de concert auxquelles je suis habitué.

C’est pour cela que c’est très important de bien choisir son programme pour se donner toutes les chances que ça leur plaise. L’idée était de leur proposer un programme clair. Maintenant, nous savons que s’il y a une prochaine fois, on pourra proposer des œuvres peut-être plus exigeantes.

Vous avez récemment joué sur scène avec le violoncelliste Jonathan Grimbert-Barré lors du festival Carré d’As, aimeriez-vous vous produire davantage en musique de chambre ?

Je ne me prive jamais de jouer en musique de chambre, que ce soit avec le violon ou le violoncelle et même pour accompagner des artistes lyriques, à quatre mains ou avec de la flûte. Il y a un répertoire tellement beau que j’adore, c’est une expérience très sympa à vivre. C’est très important pour moi et très épanouissant.

Vous êtes présents sur les réseaux sociaux, est-ce important pour vous de pouvoir vous promouvoir par ce biais ?

Je ne sais trop me vendre. Je n’ai jamais démarché les organisateurs, mais j’aime bien partager les moments que je vis avec des photos ou des vidéos de temps en temps.

Je le fais, car je sais aussi que c’est un outil important pour ma génération. J’ai un site internet qui est mis à jour régulièrement, mais je sais que les gens n’ont pas forcément le réflexe d’aller voir régulièrement. Avec les réseaux sociaux, l’information arrive dans leur fil d’actualité.

Nous les musiciens, nous avons un attaché de presse, un label et nos réseaux sociaux à savoir Facebook et Instagram. C’est à la fois le minimum et le maximum.

Sauriez-vous décrire votre manière de jouer ?

C’est très difficile de me décrire, car je ne joue pas de la même manière selon les compositeurs. Il y a par contre une chose commune à toutes mes représentations, c’est que j’essaie d’atteindre une sincérité de chaque instant. Je sais que c’est un idéal tellement il y a de choses à penser lorsque l’on joue, mais je pense qu’on ne fait jamais fausse route quand on est sincère, cela fait la différence d’un musicien à un autre.

Propos recueillis par Pascale Mahé Keingna

2 Comments

  1. Nicole Genaux Burte

    Un véritable virtuose !
    Assisté à son récital à l’Institut d’Orléans, un programme très varié…Debussy Liszt
    Brahms Wagner et Trénet / Weisenberg ´ Un avril à Paris ´ Très éclectique !!

    • Nicole Genaux Burte

      Merveilleux pianiste. Beaucoup de rigueur pianistique !
      Programme très varié. Debussy Schubert Liszt Brahms Wagner…
      Quelle puissance !!

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