Découverte, Tourisme

Une journée à Eyüp

IMG_5226Le quartier d’Eyüp est un lieu de pèlerinage important, vénéré par les Turcs et tout le monde islamique. La marque religieuse est toujours imprimée mais l’on sent une réelle ouverture et un respect mutuel sur les lieux sacrés tels que la mosquée et le tombeau d’Eyüp Sultan. Autour, les rues de l’ancien village, bien que rénovées, offrent encore cette atmosphère très vivante. Pour s’écarter un peu de la foule et se relaxer, le meilleur endroit est en haut de la butte qui surplombe la Corne d’or.

En descendant du vapur à l’embarcadère d’Eyüp, il n’y a qu’à suivre le flot de passagers pour se retrouver plongé au coeur du quartier. On est tout de suite dans l’ambiance de ces petites rues dallées très animées, avec ses petits commerces et ses maisons en bois rénovées. Vertes, jaunes, roses, ou celles en couleur bois originel. Puis c’est le bazar ouvert, au beau milieu des mosquées et cimetières. Traditionnellement, le quartier était connu pour ses jouets artisanaux, en bois, en papier ou en terracotta. Aujourd’hui il n’en reste quasiment plus. Des étals de bijoux, des vêtements, ainsi qu’une odeur de misir grillé nous mènent jusqu’à la grande place du complexe d’Eyüp Sultan, où l’atmosphère religieuse se ressent le plus.

Un climat religieux et familial

IMG_5255L’Empire ottoman s’est servi très tôt du quartier d’Eyüp comme une vitrine religieuse. Le premier complexe religieux y a été créé, juste après la conquête d’Istanbul en 1453, en l’honneur d’un compagnon du prophète Mahomet, Mihmandar-i Resulullah Halid Bin Ubu Eyup el-Ensar. Eyüp serait mort durant le siège des Arabes, en 669. Depuis, venir prier sur son turbe (tombeau) est devenu une tradition islamique de haute importance. Mehmet le Conquérant a donc fait construire une mosquée pour abriter ce tombeau. Aujourd’hui rénovée et de style baroque, elle est toujours très fréquentée. Dans la cour, de nombreux fidèles implorent le ciel autour du turbe. Des grands panneaux relatent l’histoire du compagnon de Mahomet. A l’intérieur de la mosquée, il y a une atmosphère paisible et aussi très chaleureuse car beaucoup de monde circule, des enfants jouent. A l’image du quartier dans son ensemble, le côté religieux est très prégnant mais l’animation ambiante le rend vivant. L’aspect sacré est aussi désormais commercialisé et attire les touristes, mais peu de touristes européens, si l’on compare avec le quartier de Sultanahmet. On se sent donc à la fois dans un lieu de vacances, un lieu de tourisme et un lieu où la vie normale, bien qu’animée, suit son cours. Le centre religieux est en effet imposant mais toutes les rues qui partent de la grande place avec la fontaine sont des allées commercantes aux pavés clairs. Dans certaines petites rues, les maisons traditionnelles en bois sont d’origine, prêtes à s’effondrer pour certaines. On se croirait dans un village du sud de la France, ou du sud de la Turquie. C’est le printemps, des familles et des groupes d’amis se promènent en dégustant des glaces. Certains s’engouffrent dans l’allée qui se trouve derrière le complexe et mène vers le cimetière et le café Pierre Loti.

Dominer la ville au café Pierre Loti

IMG_5261Il est temps de grimper les marches qui serpentent entre les tombes bordées de cyprès. Pour les musulmans, être enterré dans le cimetère d’Eyüp est toujours considéré comme un privilège et un honneur. Un chemin principal mène en haut de la butte, mais certaines personnes empruntent des petits sentiers fuyants pour se rendre sur les tombes. Leur couleur blanche et la profusion d’arbres et de fleurs donnent une atmosphère paisible. De plus, voir la ville qui s’éloigne au fur et à mesure que l’on monte offre un spectacle magique. Une fois en haut, un grand parc très soigné s’étend, avec hôtels chics et restaurants installés dans des maisons de bois retapées. Un peu plus bas, nous voici au fameux café Pierre Loti, qui rend hommage à l’écrivain français amoureux de la Corne d’Or. A l’intérieur, le style ottoman s’impose : cuisine en céramique, poêle ancien et tables en fer forgé. A l’extérieur, des tables en bois recouvertes de nappes rouges sont disposées entre les arbres. La vue sur la corne d’Or est imprenable : les eaux du Bosphore ondulent entre les deux rives et au loin, le pont de Galata clôture ce paysage idyllique. En évitant le chemin principal lors de la redescente, on tombe sur des maisons un peu délabrées, sur l’autre versant de la colline. On se croirait dans un village rural, ce qui tranche avec l’image polissée du complexe de restaurants et d’hôtels de l’autre côté. Eyüp est définitivement un quartier habité de contrastes, entre sacralité et agitation.

Clémence Lecornué

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