International, Société

Journée internationale des victimes de disparition forcée

À l’occasion de la Journée internationale des victimes de disparitions forcées qui a lieu tous les ans le 30 août, c’est le temps de faire un point sur ce phénomène qui se poursuit inlassablement dans les zones de conflit. Manifesto43

Message de soutien aux 43 étudiants mexicains disparus le 26 septembre 2014

Depuis 1983, grâce à la fédération latino-américaine des associations des familles des détenus disparus, le 30 août est dédié à tous ceux qui sont victimes de disparition forcée et à leurs proches qui subissent cette stratégie de la terreur. Mais il faudra attendre 2011 pour que le 30 août devienne une journée internationale.

C’est grâce à la Commission des droits de l’homme des Nations unies (ONU) qu’aujourd’hui la communauté internationale se mobilise pour lutter contre ce fléau longtemps resté dans l’ombre.

Ce n’est que le 20 décembre 2006 que l’Assemblée générale de l’ONU a adopté la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées qui  « est conçue comme un instrument contraignant de lutte contre les disparitions forcées », comme le souligne Human Rights Watch.

Si son article premier de cette convention dispose que « Nul ne sera soumis à une disparition forcée », il s’avère malheureusement que le droit international n’est pas suivi par tous.

C’est pourquoi, le 21 décembre 2010, l’Assemblée générale de l’ONU s’est saisie de cette question relevant de la multiplication dans diverses régions du monde des disparitions forcées ou involontaires et a proclamé le 30 août Journée internationale des victimes de disparition forcée dans sa résolution 65/209.

Qu’est-ce que la disparition forcée ?

Selon l’article 2 de la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées, ce phénomène regroupe : « l’arrestation, la détention, l’enlèvement ou toute autre forme de privation de liberté par des agents de l’État ou par des personnes ou des groupes de personnes qui agissent avec l’autorisation, l’appui ou l’acquiescement de l’État, suivi du déni de la reconnaissance de la privation de liberté ou de la dissimulation du sort réservé à la personne disparue ou du lieu où elle se trouve, la soustrayant à la protection de la loi ».

L’histoire regorge d’exemples de cette stratégie utilisée par les parties au conflit. Il suffit d’évoquer la Seconde Guerre mondiale et le funeste projet de l’Allemagne nazie, sans parler des disparitions à répétition qui sont venues synonymes des dictatures latino-américaines des années 70 et 80 où des individus disparaissent tout bonnement de la société, mais aussi de la vie de leurs proches. Les bourreaux nient ou refusent souvent de dire où ces personnes se trouvent tandis que les victimes ne sont presque jamais libérées, mais sont souvent torturées et parfois perdent la vie dans des circonstances floues.

La disparition forcée constitue donc un crime au regard du droit international et des droits de l’Homme contre lequel il est indispensable de lutter. Un combat qui se révèle difficile.

Un phénomène mondial

Depuis sa création, le Groupe de travail sur les disparitions forcées ou involontaires affirmait en 2015 avoir été saisi de plus de 54. 557 cas concernant 105 États et avoir « transmis quelque 50.000 cas de disparitions présumées à 70 gouvernements. Depuis le mois d’avril 2001, seuls 3. 500 de ces cas ont pu être tirés au clair. De l’aveu même du Comité, bien que chaque cas élucidé soit un succès en soi, il n’est guère encourageant de constater qu’il reste 46.000 cas en suspens. »

Aujourd’hui, ce phénomène, bien que difficile d’en connaître la réelle ampleur, est répandu dans le monde entier et particulièrement dans les zones de conflits.

Si ces disparitions forcées sont une pratique largement répandue, c’est, parce qu’elle constitue d’abord une stratégie efficace pour répandre la terreur et le sentiment d’insécurité dans la société. En détruisant les liens sociaux de base, les commanditaires de ces enlèvements sont davantage en mesure de mener à bien leurs projets et utilisent aussi cette stratégie de la terreur comme moyen de répression des opposants politiques.

De multiples bourreaux  

Si de nombreux régimes autoritaires se sont servis de cette pratique comme celui de Kim Jung-Un en Corée du Nord qui est responsable de plus de 200.000 disparitions, les groupes insurgés, les narcotrafiquants et autres criminels sont aussi responsables de tels actes.

C’est ainsi que nous avons assisté en septembre 2014 à la triste disparition entourée de mystère de 43 étudiants à Iguala, au Mexique, qui ont finalement été retrouvés dans des fosses. Dans ce pays, les narcotrafiquants et d’autres groupes criminels seraient responsables d’au moins 129 personnes que l’on a retrouvées dans près de 60 charniers.

Le sort dramatique des victimes

Les victimes de disparitions forcées ne réapparaissent souvent jamais. Lorsqu’elles sont retrouvées, c’est souvent sans vie. Lorsqu’elles ont pu échapper à la mort, ce sont des séquelles physiques et psychologiques, dues au processus de déshumanisation qu’ils ont subi ainsi que des actes de torture, avec lesquelles ils devront vivre le reste de leur vie.

Si les premières victimes sont les personnes ciblées par ces disparitions planifiées, il n’en reste pas moins qu’ils ne sont pas les seuls individus touchés. Il est indispensable de penser aux proches de la victime, sans nouvelle de ceux qu’ils chérissent, dans l’impossibilité de faire leur deuil. Les proches des victimes directes vivent dans la peur de voir des représailles s’abattre sur eux, de devenir eux aussi une cible, s’ils entament des démarches auprès des autorités pour savoir ce qu’il est advenu de leur enfant, de leur parent, de leurs amis.

En outre, ces enlèvements ne sont pas le fruit du hasard et frappent souvent la personne qui était le « gagne-pain » de la famille ou de la communauté, les plongeant dans une situation économique insupportable et les marginalisant de la société. Un résultat qui était bien entendu l’effet recherché par les commanditaires de l’enlèvement.

N’oublions donc pas les répercussions sur l’ensemble de la communauté et de la société où le sentiment d’insécurité se répand comme la peste.

Un silence auquel il faut mettre fin

On ne parle encore que trop peu de ce phénomène aux effets ravageurs.

Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) appelle d’ailleurs régulièrement les gouvernements et la société civile « à faire plus pour documenter le sort des personnes qui disparaissent dans les conflits ou dans d’autres circonstances, ainsi que pour apporter un soutien plus fort aux familles déchirées ».

Le parcours est jonché d’embuches pour ceux qui désirent obtenir des informations sur les personnes qui s’évanouissent de la circulation et pour les ONG qui luttent contre ce fléau.

Ceci s’explique par le fait que ces disparitions ont souvent lieu dans des zones de conflit, du mystère qui entoure ces enlèvements, ou encore de l’implication de personnes puissantes comme l’explique Marianne Pecassou, qui dirige l’équipe du CICR qui travaille sur les disparus, avant de conclure : « Pour certaines familles, il pourrait n’y avoir aucune réponse définitive ».

Aujourd’hui, ayons une pensée pour ces personnes, trop nombreuses, qui sont les victimes directes ou indirectes d’enlèvements forcés. Que chacun prenne conscience que nous avons tous notre rôle à jouer pour endiguer ce phénomène et faire taire la souffrance.

Camille Saulas. 

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