International, Politique

Justin Trudeau, nouvel espoir du monde libre ?

Justin Trudeau, le Premier ministre du Canada, mais surtout l’idole des médias à travers le monde, « est-il le meilleur espoir du monde libre » ? C’est la question posée par le magazine Rolling Stone en couverture de son numéro du 10 août. Orné d’une photo du Premier ministre – manches de chemise relevées et appuyé sur une table « à la cool » -, l’article du journaliste américain Stephen Rodrick décrit dans des termes on ne peut plus élogieux celui qu’il aimerait voir à la tête des États-Unis plutôt qu’à Ottawa. Mais, celui qui fascine tant les médias de par le monde est-il vraiment à la hauteur de sa popularité qui ne cesse de grandir depuis deux ans ?Rejoignant Barack Obama ou encore Bill Clinton sur la couverture du bimensuel spécialisé dans la culture populaire, Justin Trudeau est présenté comme un « féministe » convaincu, mais aussi comme un homme pro-choix et un modèle de tolérance – plus de la moitié des membres de son cabinet ministériel étant composé de femmes ou de personnes issues de minorités visibles. Qui plus est, le magazine prestigieux ne manque pas de souligner les efforts du Canada dans le cadre de la crise des réfugiés – depuis l’arrivée en fonction du Parti libéral, le pays a accueilli 40 000 Syriens dont certains ont même été reçus à la frontière par le Premier ministre lui-même – ainsi que les excuses personnelles de Justin Trudeau pour les injustices qu’ont subies les autochtones et le fait qu’il n’hésite pas à monter au créneau quand il est question de défendre le multiculturalisme. Un portrait qui contraste avec l’image du 45e président américain… Il est vrai que le Premier ministre canadien détonne dans un monde politique où le populisme et le protectionnisme grondent et que tout l’oppose à Donald Trump – malgré sa présence sur les réseaux sociaux dans un style plus « Obama » que Trump -, que ce soit en matière de santé, de légalisation de la marijuana, ou encore des questions de politiques environnementales. L’article – certes bien écrit – semble malheureusement empreint de peu d’objectivité. Dépitée par leur propre président, une partie de la presse américaine semble voir en « l’étoile du nord » un nouveau sauveur, un homme providentiel capable de panser tous les maux que traversent nos sociétés. À tel point que Stephen Rodrick se demande « pourquoi ne peut-il pas être notre président » (Why can’t he be our president) ?

 

 

Si Justin Trudeau est perçu par la presse américaine comme un homme charismatique, voire « magnétique », outre-Atlantique il en est de même. Depuis son arrivée au pouvoir, le Premier ministre aux airs de star hollywoodienne collectionne les pages de couverture des magazines à travers le monde. À titre d’exemple, nombre de quotidiens allemands lui ont donné le surnom d’ « anti-Trump », tandis que le quotidien conservateur Die Welt le décrit comme « le politicien le plus sexy du monde » avec « un sourire à la Clark Gable, les cheveux ébouriffés, un charme enfantin ». Il faut dire que le Premier ministre de 45 ans a tout pour lui. Beau, jeune, sportif, intelligent, sociable et père de famille exemplaire, mais aussi libéral, charismatique et empathique. En comparaison, Donald Trump fait pâle figure. Difficile dans ces conditions de ne pas résister à son charme.

Par ailleurs, la fascination pour le Premier ministre déteint aussi sur sa famille. Pour le magazine Rolling Stone, Sophie Grégoire, sa femme, est tout bonnement « splendide », tandis que ses enfants sont si « photogéniques »… Mais, derrière l’image, qu’en est-il de sa capacité à gouverner, de ses possibilités de devenir réellement un leader pour le monde libre ? Ne serait-ce pas plutôt l’image de son père, Pierre Elliott Trudeau – Premier ministre canadien entre 1980 et 1984 qui a insufflé un vent de Trudeaumania au Canada -, qui a propulsé le jeune premier à Ottawa et sur les Unes des plus grands journaux ? En partie. Il semble en effet que la popularité de celui qui cherchait sa voie avant de suivre les traces de son père soit davantage liée à son image qu’à son talent en tant que Premier ministre.

Mais, ne nous voilons pas la face : « l’herbe est toujours plus verte chez le voisin ». Certes, certains analystes politiques estiment aussi que Justin Trudeau a toutes les cartes en main pour devenir ce fameux leader du monde libre. C’est tout du moins ce que pense Debra Steger, professeure de droit à l’Université d’Ottawa : « Avec le départ de Barack Obama, le Canada vient d’hériter d’un énorme nouveau rôle dans la communauté mondiale comme terre d’accueil et d’ouverture. Autant Angela Merkel que M. Trudeau croient aussi dans le libre-échange, donc ils sont devenus par la force des choses les leaders du monde libre ». Si l’on ne peut pas enlever à Justin Trudeau sa capacité d’analyse, son sens politique, et son talent dans le domaine des relations publiques, force est de constater qu’il ne fait pas l’unanimité au Canada. C’est ce que souligne d’ailleurs le Washington Post qui n’hésite pas à rappeler que l’article du Rolling Stone explique davantage comment le jeune leader politique est devenu une icône « connectée » plutôt qu’un Premier ministre compétent. En outre, le quotidien ainsi que Today’s WorldView ne manquent pas de souligner que Justin Trudeau ne soulève pas les passions au Canada et essuie des critiques de la gauche comme de la droite. Ils rappellent notamment la polémique entourant l’indemnisation de plus de huit millions de dollars canadiens d’Omar Khadr – enfant-soldat et ex-détenu de Guantanamo accusé d’avoir tué un soldat américain en Afghanistan en 2002. Justin Trudeau semble aussi rapidement déstabilisé quand on le sort de sa zone de confort, notamment lorsqu’il est interrogé sur ses intentions quant à la Corée du Nord ou encore sur le dossier syrien et l’État islamique. De plus, alors que les dépenses publiques augmentent tout comme les déficits budgétaires, n’oublions pas que peu de nouvelles législations sont passées depuis son entrée en fonction tandis que certaines promesses électorales restent lettre morte – notamment quant à la réforme du système électoral et aux droits des Premières Nations – et qu’Ottawa joue un double jeu dangereux sur la question climatique.

Comme le souligne Jen Gerson, journaliste du Washington Post en Alberta : « Trudeau n’est pas le Jésus gauchiste aux yeux bleus, et l’affection mondiale à son égard – et pour la politique progressive que lui et ce pays semblent représenter – présente une vision puérile et déformée du Canada et de sa culture politique. Pire, la promotion non critique qui passe pour du journalisme politique rend seulement plus difficile de tenir l’homme en estime ». Force est de constater qu’il n’existe pas d’homme providentiel et que la Trudeaumania n’existe finalement qu’à l’étranger.

Camille Saulas

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