International, Société

Khaleel al-Dakhi, chef d’un réseau de résistance sous l’Etat Islamique

Khaleel al-Dakhi est avocat de formation, originaire de Sinjar, au nord de l’Irak. En septembre dernier, l’homme abandonne le barreau afin de se consacrer à la mise en place d’un réseau de résistance clandestin. Le filon al-Dakhi aurait ainsi contribué à la libération de plus de 500 captifs de l’Etat Islamique en moins d’un an.

PHOTO1 (1)

L’été dernier, l’Etat Islamique lançait une offensive d’ampleur dans toute la région du Sinjar irakien, fief des Yézidis, une minorité religieuse, où l’organisation a procédé au massacre de centaines d’hommes, ainsi qu’à la mise en captivité de près de 3 000 femmes et enfants. Désespéré de la libération de ces femmes captives, Khaleel al-Dhaki rentre en contact avec les réfugiés yézidis et se retrouve au coeur de ce projet a priori difficile, sinon impossible. Jusqu’au jour où un groupe de jeunes filles parvient à échapper à ses ravisseurs.

Genèse d’une entreprise périlleuse

Le récit de ces jeunes filles permet à Khaleel de dresser la carte du territoire tenu dans la région par Daesh. Rapidemment, une première mission d’exaction est mise en place, permettant la libération de cinq autres femmes. Leurs informations précieuses, de même que celles rapportées par les centaines d’autres femmes libérées, contribuent au fil des mois à la création d’un réseau de résistance sans précédent, dont les contacts parviennent à s’immiscer au sein même de l’Etat Islamique.

Plus d’une centaine de résistants opèrent ainsi sur les territoires contrôlés par l’organisation terroriste, au risque de leur vie, mettant les captifs en contact avec Khaleel et planifiant leur exaction. Certains serviraient même d’espions à l’avocat depuis les rangs mêmes de Daesh. L’action de ces « justes » d’un autre temps aurait ainsi permis l’évasion de 530 femmes depuis l’an dernier. Mais pas uniquement. En libérant ces victimes innocentes, le réseau al-Dhaki apporte aussi le témoignage inédit des conditions d’emprisonnement des femmes yézidies sous le régime de l’Etat Islamique.
« Nous sommes régulièrement en contact avec elles »,  confie Khaleel aux caméras de PBS. « Lorsqu’elles me racontent leur histoire, j’ai parfois du mal à le croire… et à me retenir de pleurer. De ce que je sais, la majorité d’entre elles sont violées. »

PHOTO2 (1)

Khaleel al-Dakhi

Les femmes yézidies sous l’EI réduites à l’esclavage

Les témoignages des femmes libérées se recoupent ainsi dans le récit collectif d’un vaste esclavage sexuel. « Violences physiques, viols collectifs et mariages forcés » sont le lot quotidien de ces prisonnières, selon les récits confiés à l’avocat. « Certaines voient leurs enfants en bas âge retiré de leur garde et vendus au marché, tandis que miliciens de l’EI s’échangent les femmes en cadeaux ». Les femmes qui s’opposent à ces méthodes sont systématiquement emprisonnées ou exposées au soleil brûlant des heures durant en guise de torture, quand elles ne sont pas simplement exécutées.

L’esclavage sexuel, seule raison de la captivité des Yézidis, n’épargne pas les enfants. L’Etat Islamique reconnaissant l’âge légal du mariage dès 9 ans, de nombreux enfants sont exposés à des sévices sexuels dont les séquelles nécessitent des soins gynécologiques intenses. C’est pourquoi Khaleel organise un suivi médical et psychologique adapté à chacune des victimes dont son réseau permet la libération.

PHOTO3

Jeunes filles de la communauté des Yézidis

L’histoire de cet avocat atypique et de son réseau sera diffusée sous forme de documentaire ce soir sur les chaînes PBS et Channel4, au Royaume-Uni. Intitulé « Escaping ISIS » (S’enfuir de l’EI), ce programme a déjà beaucoup fait parler de lui. Le réalisateur, Edward Watts, parle de ce projet comme l’un des plus horrifiques qui lui aient été donné de réaliser : trois hommes affiliés au réseau auraient trouvé la mort lors de sa réalisation. Un reportage attendu par la presse anglaise, à l’heure où plus d’un quart des volontaires européens combattant pour Daesh sont des britanniques.

 

1 Comment

  1. goldy-40

    Encore bravo !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *