Découverte

Kına Gecesi : une cérémonie d’adieu au célibat

En Turquie, il est très commun de croiser dans la rue de jeunes ou moins jeunes femmes les mains orangées, parfois même brunies, sans que cela ne surprenne personne. C’est qu’il est une tradition qui ne se perd pas dans la culture turque et qui est encore bien présente auprès des jeunes demoiselles : la soirée du henné. Au cours de cette soirée exclusivement féminine, les femmes s’appliquent sur les mains une pâte épaisse bien travaillée : le henné.

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Si nous devions faire une comparaison avec une tradition occidentale pour mieux comprendre ce qu’est la Kına Gecesi, nous parlerions du célèbre « enterrement de vie de jeune fille ». Mais la comparaison s’arrête simplement à la signification de cette soirée, puisqu’il s’agit bien dans les deux cas de dire au revoir, pour la jeune fille, à son célibat, et de réaliser sérieusement que bientôt elle sera une femme mariée. Mais à la différence de l’enterrement de vie de jeune fille, la Kına Gecesi est empreinte de tradition, que ce soit les danses qu’y s’y pratiquent, les tenues que l’on porte où les rites qu’on y applique.

De la danse, rien que de la danse

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La Kına Gecesi à laquelle nous avons assisté se passait dans une salle de spectacle de Beşiktaş, décorée pour l’occasion. Les tables avaient été dressées avec au centre quelques victuailles, de quoi faire tenir les danseuses jusqu’au bout de la nuit : börek, köfte, et autres amuses-bouches.
Lorsque la musique s’est fait entendre, la future mariée est arrivée dans une robe noire à traîne, tenue dans laquelle elle avait déjà fait belle impression en accueillant les invités. Se plaçant au centre de la salle sur la piste de danse, elle a commencé à mouvoir son corps, attirant ce faisant une, puis deux, puis une dizaine de femmes, toutes s’invitant dans un espace devenu véritable scène. A partir de ce moment, la musique enivrante a emporté les corps pour de longues heures de danse. La soirée a tout de même été ponctuée par deux moments bien particuliers.

La tradition à l’honneur

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Après ces premiers pas de danses, la future mariée a changé de tenue et nous est apparue dans un magnifique costume traditionnel. Elle nous a alors offert de superbes danses, tantôt sensuelles tantôt amusantes, et ce devant une assemblée admirative. Entre deux mouvements, un large et délicieux gâteau arriva. C’était l’instant pour les futurs mariés – oui, l’homme était présent, les soirées de henné modernes supportent quelques entorses et parfois cela dépend simplement de la région d’où sont originaires les mariés – de découper la première bouchée. Ils se sont alors échangés les fourchettes, ont bu une gorgée de vin à la santé des invités, puis ont tous deux repris le chemin de la piste.

La cérémonie du henné

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Enfin, le dernier et certainement le plus attendu moment de la soirée est arrivé : celui de la pose du henné. Le cérémonial autour de l’événement est impressionnant. La jeune fille avait revêtu son troisième costume, également traditionnel et porté par toute femme au moment de l’application du henné. Sa tête était couverte d’un tissu rouge, qui ne laissait qu’entrevoir son visage. A l’entrée de la pièce où elle se changeait, les filles de la soirée avaient organisé deux files pour l’accueillir en haie d’honneur. Chacune d’entre elles avait entre ses mains une bougie. Elles ont ensuite accompagné la demoiselle au centre de la pièce, où deux chaises, l’une pour le marié et l’autre pour la mariée, avait été disposées. Là, elles ont entamé une danse enchanteresse. Elles ont tourné autour des chaises, murmurant des chants rappelant le départ imminent du chaleureux foyer familial. Car le but est bien, à ce moment précis, de faire pleurer la mariée. Dès la première larme, la belle-mère a glissé discrètement un cadeau dans la main de la jeune fille, en le couvrant de pâte de henné. La main de la jeune femme s’est refermée, puis a été recouverte d’un morceau de tissu. On fit de même avec la deuxième main. Ensuite, ce fut aux convives d’aller, pour celles qui le souhaitaient, chercher un peu de henné pour se l’appliquer au creux de la main. Quand on sait que cela porte chance, on s’en badigeonne avec plaisir. Pour le faire tenir, on place autour de la main une sorte de bandeau, qui était ici décoré d’une jolie fleur rouge. Plus on garde ce bandeau, plus le henné imprègne notre peau et reste présent les jours suivant.

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Après cette pose de henné, la soirée fut alors officiellement terminée, mais cela n’a pas empêché les jeunes femmes de danser jusqu’au bout de la nuit et de profiter, pour la mariée, de ses derniers moments de célibat.

 

Amandine Canistro

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