Art, Culture

La caricature durant la Première Guerre mondiale

Centenaire de la Première Guerre mondiale oblige, la Fondation pour la promotion de la Culture (Kültür Bilincini Geliştirme Vakfı) avait organisé le mois dernier une conférence au lycée Notre Dame de Sion. Son thème était la caricature satirique en Europe et dans l’Empire Ottomane durant la Première Guerre mondiale, l’objectif étant ne pas oublier ce terrible conflit.

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Une conférence très intéressante puisqu’elle réunissait des historiens spécialistes de la Grande Guerre et des caricaturistes. Ils ont commenté les dessins et caricatures réalisés durant cette période. Nous avons ainsi eu la chance d’écouter l’historien spécialiste de la caricature Turgut Çeviker, l’historien de l’institut des sciences politiques de l’Université de Galatasaray Ahmet Kuyaş, et le caricaturiste İzel Carte de guerreRozental.  Prenant la parole en premier, Turgut Çeviker a souligné l’importance de faire remonter l’étude de la caricature turque à l’époque des Tanzimat (l’ère de réformes dans l’Empire Ottoman) soit entre 1839 et 1876. Il n’y avait sous le règne d’Abdülhamid II aucune revue de la sorte. En prenant en compte la censure du sultan, cette absence de caricature devient parfaitement compréhensible. « En 1867, on observe la première caricature, publiée par le Journal d’İstanbul. Grâce à ce journal, la société turque a pu poser les yeux sur certaines bandes dessinées. », nous a expliqué l’orateur, ajoutant que cette forme d’humour a disparu de l’Empire en 1876 avec la nouvelle Constitution. Néanmoins, après cette période (sous l’ère du Meşrutiyet) on a fait de la caricature au sens moderne comme au sens traditionnel. Étant donné que les caricaturistes turcs ne pouvaient pas dessiner de portraits, ils avaient recours aux techniques de gravure. Le premier d’entre eux était Üstad Cem, un diplomate de carrière. Çeviker nous a parlé de certaines revues phares de la caricature turque telles que Kalem, Eşek, Davul et Dalkavuk. Leur importance était réelle puisqu’elles étaient les seules à critiquer le Sultan. Cependant, le seul magazine d’humour restant durant la Première Guerre mondiale était Karagöz, qui dessinait la situation du pays pendant la guerre et essayait de montrer quelques solutions. La publication levait d’ailleurs des fonds pour envoyer des chaussettes en laine pour les soldats.

En bon caricaturiste, İzel Rozental a illustré son Carte animaux 2discours en revenant sur certaines métaphores employées pendant la guerre par les caricaturistes turcs et étrangers. « On peut observer que tous les caricaturistes du monde ont beaucoup dessiné la Turquie en raison de son rôle dans la guerre », a-t-il précisé avant de reprendre certaines images célèbres telles que « le docteur qui tente de guérir la carte du monde », « Enver Pacha », « le tiraillement entre opposants et partisans de la guerre », « les ciseaux » (qui symbolisent le châtrage) », et « la Turquie comme dinde ». Certains événements historiques produisent un effet sur le monde des caricatures à l’image de la capitulation ottomane, de la victoire de Çanakkale ou encore de la rareté du papier en 1914.

De son côté, l’historien Doç. Dr. Ahmet Kuyaş a informé l’audience sur le contexte politique de la guerre. En se référant aux anecdotes historiques et aux caricatures réalisées par l’opposition de l’époque, il a fait un discours très intéressant sur la situation politique compliquée d’alors, surtout sur la période du Comité Union et Progrès (le parti réformiste des jeunes turcs au pouvoir pendant la guerre) souvent décrite comme la pire. Un constat qu’Ahmet Kuyaş a objecté en se basant sur deux historiettes concernant le parti. Il n’y avait selon lui pas tant de contrastes que ça car, quand par exemple les membres du parti discutaient du droit des femmes d’entrer au parc Gülhane, il existait certes une grande disparité d’opinion mais, à la fin de la discussion, aucun des membres n’avait pour autant quitté le parti. Même chose après les vives discussions portant sur l’utilisation de l’alphabet latin. L’historien a de plus rectifié que, contrairement aux idées reçues, l’Allemagne n’avait jamais été le premier choix de la Turquie comme allié. Quand l’heure s’est faite aux questions, la plus captivante d’entre elle portait sur l’utilisation du nom « Turquie » par les pays étrangers à la place de la dénomination « Empire Ottoman ». M. Kuyaş a expliqué qu’auparavant, l’Occident utilisait le mot « turc » pour désigner tout « musulman qui est de l’Empire Ottoman ». Les intervenants ont également partagé l’idée que la caricature satirique se nourrissait de la guerre. Si vous désirez en savoir plus sur la caricature durant la Première Guerre Mondiale, nous vous conseillons le livre Karikatürkiye écrit par Turgut Çeviker avec l’aide de Murat Belge et d’Ahmet Kuyaş.

Sırma Parman

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