International, Politique

La chute de Morsi

Le Caire, mercredi 3 juillet, 16h30, l’ultimatum imposé par l’armée égyptienne au président Morsi expire. Il avait 48h pour « satisfaire les revendications du peuple », mais il a persévéré refusant toutes négociations. Son peuple aussi. Soutenu par l’armée menée par le général Abdel Fattah Al-Sissi, il a montré qu’il ne souhaitait plus de l’homme de la Confrérie des Frères Musulmans comme Président. Tahrir est bondée. Au cœur de la révolution égyptienne de 2011, la place reste un symbole de protestation. Le mouvement « Tamarrud », lancé le 30 juin, date d’anniversaire de l’arrivée au pouvoir de Morsi, a mobilisé entre 14 et 17 millions de personnes à travers le pays pour demander la démission du président Morsi. Il a abouti dans la soirée.

Les militaires ont investi les rues du Caire dans l’après-midi, armés de matériel anti-émeute et déployant blindés et barbelés, notamment à proximité de l’université du Caire où s’étaient réunis les pro-Morsi et autour du quartier général de la garde républicaine qui abritait le président. La proposition, vers 17h, de Mohammed Morsi de constituer un gouvernement national a été sans incidence sur les manifestants, toujours plus nombreux dans les rues du Caire.

Peu avant 18h, le ministère des Affaires étrangères publie un communiqué qui évoque un « coup d’Etat militaire » et omet les millions de personnes mobilisées appelant au départ du président aux côtés de l’armée. Une interdiction de quitter le territoire égyptien est émise à l’encontre de Mohammed Morsi et certains leaders des Frères Musulmans. Enfin, vers 21h, le général Fattah Al-Sissi fait une allocution. La Constitution est suspendue, Morsi remplacé par le président de la Haute Cour constitutionnelle, Adly Mansour. La joie éclate dans la foule. Feux d’artifices et concerts de klaxons viennent accompagner les festivités.

Morsi, retenu par l’armée, aurait dû écouter le conseil de Moubarak : accepter de laisser le pouvoir. Pendant qu’Adly Mansour, président par intérim, prête serment, lui est retenu par l’armée et plus de 300 mandats d’arrêts ont été lancés contre des membres de la Confrérie des Frères Musulmans (selon le quotidien Al Ahram).

De son côté, Abdel Fattah Al-Sissi, chef d’état-major, a promis que l’armée « resterait éloignée de la politique ». Un gouvernement de technocrates devrait être mis en place afin de répondre aux revendications du peuple. Des élections présidentielles doivent être prochainement organisées, mais l’incertitude règne. L’armée égyptienne s’est sinistrement illustrée lorsqu’elle était au pouvoir après la révolution de 2011 et il n’est pas à exclure qu’elle puisse récidiver. On ignore également tout des forces politiques qui composeront le gouvernement d’intérim ainsi que des chefs d’inculpations au nom desquels Mohammed Morsi est retenu. Certains Frères Musulmans sont également recherchés. La réaction de ces derniers à cette destitution est aussi à craindre. La situation reste chaotique et il reste à espérer que M. Fattah Al-Sissi et M. Mansour sauront s’entendre pour permettre une rapide transition démocratique.

Marie Piessat

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *