Economie

La classe politique s’inquiète face au fléchissement économique

Alors que la situation ne semble pas s’améliorer avec le PKK, force est de constater que d’un point de vue économique, la semaine a également mal commencé pour la Turquie : lundi, la livre turque (TL) battait un nouveau record de faiblesse face au dollar et l’euro, tandis que la dette grandissante du pays inquiète.

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L’agence de notation Fitch a annoncé qu’elle se pencherait sur le cas turc vendredi.

Il est certain que la situation politique délicate du pays ne met pas les investisseurs en confiance. Après des années florissantes où la Turquie comptait parmi les places financières émergentes les plus attractives, l’économie turque a perdu de son éclat ces derniers temps. En cause principalement : les incertitudes en matière de politique avec les élections anticipées prévues au 1er novembre, et également en matière de sécurité avec le conflit qui oppose l’Etat turc au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) depuis juillet.

L’instabilité politique joue des tours aux pays émergents

Lundi, la livre turque tombait donc à 3,0689 dollars pour 1 TL (Turkish Lira). Une réaction au climat politique tendu dans lequel le pays est engagé dans cette période d’attente du deuxième scrutin décisif pour l’avenir du pays, qui aura lieu le 1er novembre. La continuité politique est en effet bien incertaine, et les décisions d’ordre économique tout autant.

Les investisseurs surveillent de près à la fois la Turquie et l’Afrique du Sud après que Standard & Poor’s a annoncé lundi l’abaissement de la note du Brésil de BBB à BBB- . L’agence de notation dit percevoir des signaux négatifs de la part du gouvernement brésilien concernant le maintien du budget et la crédibilité des politiques économiques. L’instabilité de la Turquie est elle aussi tout naturellement dans le viseur des agences telles que Fitch, qui de son côté a déclaré qu’elle se pencherait sur le cas turc vendredi.

Selon des données de la Banque centrale dévoilées lundi, le volume de la dette de long terme acquise de l’étranger par le secteur privé turc a connu une augmentation de 10,4 milliards de dollars en juillet par rapport à la fin 2014, atteignant désormais 178,2 milliards. De plus, un total de 82,3 milliards de dollar, soit 46,2% de la dette de long terme, appartiendrait à des institutions non-financières.

Une croissance des demandes de crédit dangereuse

Tout comme les prêts de l’étranger, les demandes de crédit internes alourdissent le fardeau des banques turques. La Banque des règlements internationaux (BRI) citait lundi la Turquie, avec la Chine et le Brésil, parmi les marchés émergeants menacés de crise bancaire en raison d’une augmentation trop rapide du crédit. «  Les ménages et les entreprises au Brésil, en Chine et en Turquie ont dépensé bien plus pour le service de leur dette que par le passé… Des indicateurs précoces de tension au niveau des banques ont montré des risques grandissants venant d’une forte hausse du crédit », dit le communiqué de la banque.

Ces mauvaises nouvelles pour la Turquie arrivent en même temps que deux autres annonces programmées par le gouvernement, non moins décevantes : celle des chiffres du chômage mardi – qui a donc augmenté de 9,6% pour la période mai à juillet – et celle des nouveaux taux d’intérêts par le Banque centrale vendredi.

La faute aux élections ?

Il semblerait que ce soit notamment l’inertie de cette même Banque centrale, peu encline à prendre quelque décision que ce soit avant la tenue des élections, qui pénalise la livre turque.

La Turquie n’atteindra donc probablement pas son objectif de 4% de croissance pour l’année 2015, malgré une croissance surprenante de 3,8% au deuxième trimestre, a annoncé le ministre de l’Economie Nihat Zeybekci la semaine dernière.

Jonathan Friedman, spécialiste de la gestion des risques chez Stroz Friedberg, a conclu la situation pour l’agence Reuters : « Le souci est que l’instabilité politique va durer au moins six mois, ce qui signifie la perte de deux trimestres de croissance. Il est très difficile d’orienter les investisseurs vers la Turquie en ce moment. […] Il y a des chances que le mal soit déjà fait. Il n’est pas facile de se remettre d’une période où les signaux lancés aux investisseurs sont instables. »

Noémie Allart

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