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La conférence Genève III pour la Syrie suspendue

Après des premiers pas plus qu’hésitants, et alors que la première phase des négociations devaient durer deux semaines, la conférence de Genève pour la fin de la guerre civile syrienne a été suspendue jusqu’au 25 février.

Riad Hijab, le chef du HCN et ancien Premier Ministre syrien

Les débuts chaotiques de la conférence de Genève pour une solution politique en Syrie annonçaient un déroulement difficile : les réunions au Palais des Nations reflétaient la multitude d’intérêts divergents qui s’affrontent en Syrie. Alors que le Haut Conseil aux Négociations (HCN), la force d’opposition au régime d’Al-Assad, avait menacé de ne participer à la conférence qu’après la mise en place de mesures concrètes de protection des civils, les autres parties prenantes, notamment les puissances occidentales, avaient fait pression sur lui pour l’inciter à contenir ses exigences.

LES PARTIES SE RENVOIENT LA BALLE

« J’ai conclu franchement qu’après la première semaine de discussions préparatoires, davantage de travail devait être accompli, pas seulement de notre part mais aussi de la part des parties prenantes », a déclaré Staffan de Mistura, l’envoyé spécial de l’ONU pour la Syrie. Si le diplomate onusien ne blâme aucune partie en particulier, les représentants de l’opposition et du régime central de Damas s’accusent mutuellement.

Pour Bachar Jaafari, le représentant de Damas, il est clair que les monarchies du Golfe et la Turquie ont donné « instruction » au HCN de se retirer des négociations, et que c’est pour cette raison que de Mistura a suspendu la conférence dans un but de « couverture politique », sans dire « la vérité telle qu’elle était ». « C’est un échec pour tout le monde, à l’exception du gouvernement de la république arabe syrienne », a conclu Jaafari.

De l’autre côté, Riad Hijab, ancien Premier ministre de Bachar Al-Assad ayant fait défection en 2012 et coordinateur du HCN, a ouvertement accusé le régime de Damas d’avoir saboté les négociations, promettant qu’il recommencerait. Arès la suspension de la conférence, la délégation d’opposition à quitté Genève en annonçant qu’elle n’y reviendrait pas à moins « de voir quelque chose sur le terrain ». Depuis le début, le HCN exige la levée des sièges et l’acheminement d’aide humanitaire aux civils.

UNE OPPOSITION MALMENEE ?

Pour certains observateurs, la conférence Genève III s’appuyait depuis le début sur des fondations vacillantes : l’opposition, affaiblie par de sérieux revers militaires en raison des intenses bombardements russes en faveur du régime de Damas, n’était pas dans la meilleure posture pour négocier. Cette faiblesse avait ouvert la porte aux pressions internationales visant à faire plier le HCN, qui refusait d’abord de se présenter à Genève. Par crainte d’être tenu pour responsable de l’éventuel échec des discussions, le groupe de Riad Hijab était revenu sur ses exigences et s’était finalement présenté au Palais des Nations.

D’aucuns pointent la volonté de l’ONU et des Etats-Unis d’arriver à un accord à tout prix, peu importe qu’il soit juste et viable ou non. Le traitement réservé au HCN semble en être une preuve : en forçant l’opposition à abandonner ses exigences en matière d’aide humanitaire et de cessez-le-feu, l’ONU et la coalition internationale ont mis en péril sa légitimité auprès du peuple syrien. Alors qu’une issue politique n’est absolument pas certaine, ce n’est qu’en assurant la sécurité et l’interruption des combats que le HCN peut prouver au peuple syrien qu’il est capable de le représenter face à l’ONU. En le forçant à faire des concessions, les autres puissances ont non seulement défendu leurs intérêts – préserver le régime de Bachar Al-Assad pour les Russes, arriver à un accord à tout prix pour les USA – mais mettent aussi en péril la seule instance d’opposition légitime convoquée à Genève. La suspension de la conférence pourrait donc être un moyen pour le HCN d’obtenir une situation de paix et de sécurité prévue par la résolution adoptée par le Conseil de Sécurité des Nations Unies en amont des négociations, et de faire pression sur le régime de Damas et ses alliés. C’est en tout cas en ce sens que se sont prononcés plusieurs Ministres des Affaires étrangères occidentaux : après avoir condamné « l’offensive brutale menée par le régime syrien, avec le soutien de la Russie » sur Alep, Laurent Fabius a exprimé son soutien à Staffan de Mistura et à sa décision de suspendre la conférence. « Il est difficile à l’extrême de voir comment des frappes contre des cibles civiles contribuent d’une manière ou d’une autre au processus de paix aujourd’hui à l’étude », a quant à lui affirmé John Kirby, le porte-parole du gouvernement d’Etat américain. Ceci étant, il est à craindre que Moscou ne renonce pas à bombarder les rebelles et que la situation ne s’enlise, sans progrès concret.

Sofiane ZAIZOUNE.

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