Politique

La Cour suprême lance une enquête contre le HDP pour terrorisme

Le parti pro-kurde et ses représentants sont aujourd’hui ciblés dans une enquête pour terrorisme. Le HDP est en effet accusé d’avoir violé les articles 68 et 69 de la Constitution interdisant la « promotion d’acte criminel ».

hdp

Si la croisade lancée par le Gouvernement contre le terrorisme ciblait véritablement « tous les terrorismes », la motivation profonde de ces opérations d’envergure reste soumise à caution. Si selon le premier ministre Davutoğlu, le nombre d’interpellations survenues depuis vendredi dernier avoisine à présent le chiffre de mille personnes, rien ne permet de différencier la part d’individus affiliés au groupe Etat Islamique de celle des individus affiliés au PKK. Dans certains milieux kurdes, les militants n’hésitaient pas à qualifier de rafles ces d’arrestations. Une dénomination que l’on retrouvait dans certains médias étrangers. Une telle interprétation des événements restait toutefois à considérer avec précaution, rien ne permettant de confirmer les doutes entretenus par une partie de l’opposition.

Le HDP, nouvelle cible de la croisade anti-terroriste du gouvernement ?

Pour une partie de l’extrême-gauche en effet, une partie de l’opération d’envergure lancée par le gouvernement envers le PKK serait en réalité dirigée contre les milieux politiques kurdes dans leur ensemble. À la lumière de l’enquête annoncée contre le HDP, parti démocratique et quatrième force politique au Parlement, il est désormais permis de considérer sérieusement la question.

Si l’on savait déjà que, pour le président Erdoğan, le combat contre le terrorisme confondait le PKK avec le groupe Etat Islamique, il apparaît que la notion de terrorisme s’étend désormais à l’ensemble de la communauté kurde organisée quotidiennement. Non content d’avoir instauré un climat de terreur qui saurait lui être défavorable dans l’hypothèse de prochaines élections anticipées, l’Etat turc incarné par l’AKP serait prêt à juger ce parti d’opposition complice de terrorisme afin de l’interdire. Pour gagner au jeu de l’oie, rien n’est jamais mieux que d’enlever les pions de ses adversaires du plateau et de les jeter aux toilettes, avant de faire cavalier seul jusqu’à l’arrivée de la course. Une pratique originale, mais efficace.

L’enquête de la Cour suprême devra déterminer si les articles 68 et 69 de la Constitution ont été violés par le HDP par la « promotion d’un crime ». Parmi les éléments à charge, une déclaration délivrée par Figen Yüksekdağ, la co-présidente du HDP : « Nous soutenons le PYD [parti kurde syrien], le YPG et le YPJ [milices kurdes syriennes]. »

Une autre déclaration, émise cette fois par l’autre co-président du parti, Selahattin Demirta, est également retenue contre le parti dans le cadre de cette enquête : « Il est nécessaire que notre peuple, nos institutions politiques, notre société civile, nos municipalités, nos syndicats et tous nos établissements publics assurent leur propre sécurité. »

Quelques jours plus tôt, le co-président du HDP avait été parmi les premiers à dénoncer une « machination politique » sous-jacente au vaste de coup de filet policier de ce week-end. Le voici à présent lui-même suspecté de terrorisme, et ce de la bouche même du président Erdoğan selon lequel le HDP aurait des liens avec des « groupes terroristes ». Demirtaş a aujourd’hui eu l’occasion de s’exprimer au Parlement afin de démentir les accusations dont lui et son parti sont à présent l’objet : « Nous n’avons commis aucun crime impardonnable. Notre seul crime a été de remporter 13 % des votes. »

La formation pro-kurde avait en effet dépassé de 3% les intentions de votes qui lui étaient données, remportant 13% des voix, lui permettant de devenir le premier parti de ce genre à faire son entrée au Parlement. Son score, de même que celui des autres partis d’opposition, CHP et MHP, avait permis d’infliger un vote de sanction à l’AKP, qui avait perdu sa majorité absolue pour la première fois en 13 ans au sortir du scrutin de juin dernier.

En soumettant le HDP à une enquête qui pourrait déboucher par la suite sur une interdiction pure et simple du parti, le gouvernement finit ainsi de parfaire le contexte de terreur dans lequel les militants pro-kurdes sont plongés depuis l’attentat de Suruç. Vagues d’arrestations, dispersions violentes des foules et interventions de l’armée jusque dans le cœur même d’Istanbul, dans le quartier de Gazi ; l’opposition kurde n’est pas au bout de ses problèmes. Selon l’issue de l’enquête qui cible à présent le HDP, l’interdiction potentielle de ce parti démocratique achèverait de signer la présidence d’Erdoğan de la marque de l’abus et de la dérive autoritaire.

 

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