Chroniques, Le choix de la rédaction

La crise de la Grèce en deux étapes (du moins pour le moment)

– 1ere étape : ce que j’avais écrit le 6 juillet 2015 : le « NON » grec aux créanciers

Le référendum organisé hier par le gouvernement grec à propos du plan des créanciers s’est conclu par une victoire écrasante du « NON » avec 61% des voix. La chancelière allemande Angela Merkel et le président de la République François Hollande auront, dans la journée de ce lundi 6 juillet, un entretien à l’Elysée pour évaluer les conséquences du référendum en Grèce.

Ce référendum marqué par une grande victoire du « Non » vient non seulement de renforcer la position d’Alexis Tsipras, qui est le Mohammad Mossadegh de notre temps, mais il servira aussi exemple pour d’autres États européens endettés tels que le Portugal, l’Espagne et l’Irlande. Rappelons que Mohammad Mossadegh, deux fois Premier ministre iranien entre 1951 et 1953, a dû négocier avec les Européens et les États-Unis l’indépendance économique de son pays pour améliorer le quotidien de ses concitoyens.

Le résultat de ce référendum va aussi renforcer la position du président français pendant ces négociations de la dette grecque, qui était plus réaliste que celle de son homologue allemande Angela Merkel.

Les politiques d’austérité imposant aux Grecs la baisse de leur salaire et surtout de leur retraite ne sont pas réalistes. Comment un retraité peut-il vivre avec 600 euros, que ce soit en Grèce ou ailleurs en Europe ? On devrait aussi pouvoir connaître les salaires des responsables politique et économique, notamment celui de la présidente du FMI.

L’Europe devrait revoir toutes les dettes de ses pays afin de relancer la croissance ; sinon elle menace le progrès global qui profite à l’heure actuelle à seulement quelques pays dans le monde dont les Etats-Unis.

Les Grecs, qui remercient les Français pour la solidarité qu’ils ont affiché à leur égard, ont beaucoup de chance avec leur Premier ministre Alexis Tsipras et leur ministre des Finances Yánis Varoufákis, qui ont su résister aux chantages d’Angela Merkel et de Christine Lagarde, ainsi que de Jean-Claude Junker et Martin Schulz.

Avec ce référendum, le gouvernement d’Aléxis Tsípras remporte une première victoire. Mais l’étape suivante sera plus difficile ; il devra soit être en mesure de prendre des décisions radicales comme celle d’imprimer à nouveau des billets nationaux, soit être capable de renégocier l’effacement d’une grande partie de la dette et de ses intérêts. Cette semaine sera très longue et difficile.

– 2e étape : ce que j’écris le 18 juillet 2015 : la crise économique et/ou la crise politique…

Les Européens se sont endormis et ré- veillés avec la crise pendant deux premières semaines du mois. Le ministre des Finances grec Yánis Varoufákis a démissionné le lendemain (6 juillet) du référendum. Ensuite, on a eu une grande surprise le lundi 13 juillet au matin, avec la signature d’un accord qui permettait une aide du Mécanisme européen de stabilité (MES) aux Grecs. Alexis Tsipras avait signé un accord (3e plan d’aide financier) auquel il ne croyait pas, mais surtout pour éviter le désastre au pays ! Très vite, nous avons entendu des commentaires du FMI disant que tant que la question de la restructuration massive de la dette grecque ne sera pas réglée, il n’y aura pas de sortie de crise. Ce que nous constatons aussi, c’est qu’on sortira pas facilement de cette crise si on n’analyse pas bien ses origines ; je me suis déjà interrogé le 1er juillet dans mon éditorial de juin :

Le monde dans lequel nous vivons

Crise, crise, crise… Quel est le montant total de la dette grecque ? Si quelqu’un le sait, j’aimerais qu’il le dise. (…) Qui a des dettes, à qui, et pour quelles raisons ? Je connais les paroles de la chanson de Timur Selçuk qui dit : « il y a la crise, il y a la crise ! »

* * * *

Mais il y a plus important, il faut tirer des leçons de l’Histoire notamment de ce qui est arrivé à l’Empire ottoman ; mais comment ? Je vous rappelle sans commentaires Le dernier sursaut (1878- 1908), un texte de François Georgeon dans l’Histoire de l’Empire ottoman.1

(…) De la longue crise aux multiples aspects, financier, politique, militaire, diplomatique, qui dure de 1875 à 1878, l’État ottoman sort affaibli et diminué. (…) L’arrivée au pouvoir d’Abdülhamid II correspond de fait aux débuts de la poussée généralisée de l’impérialisme qui va aboutir vers la fin du XIXe siècle au « partage du monde ». (…) Après le traité de Berlin, le gouvernement ottoman entra directement en contact avec les représentant des créanciers européens pour négocier les nouvelles conditions de la dette. Ces négociations aboutirent à la promulgation en novembre 1881 du « décret de Muharrem ». Le décret prévoyait (…) l’Administration de la Dette publique. La Dette publique était dirigée par un Conseil composé de sept membres représentant les porteurs de titres ottomans (un Anglais, un Français, un Italien, un Autrichien, un Allemand, un Ottoman, plus un représentant des banquiers de Galata) et présidé à tour de rôle par le délégué britannique et le délégué français. (…) La création de la Dette publique repré- sentait une grave perte de souveraineté pour l’État ottoman. D’autant qu’au fil des ans, elle tendit à se comporter de plus en plus comme un État dans l’État.

Que dire de plus ?

Hüseyin Latif, directeur de publication

1 François Georgeon, dans Histoire de l’Empire Ottoman, sous la direction de Robert Mantran, Fayard, Paris, 1989, ss. 537-538.

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