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La diplomatie humanitaire turque prend de l’ampleur

Ayant dépensé plus que 7,6 milliards de dollars en aide humanitaire l’année dernière, la Turquie est le plus grand contributeur à la cause humanitaire, selon un rapport sur l’aide humanitaire mondiale de l’organisation Initiative de Développement (ID). Représentant un peu moins de 26 % de l’aide humanitaire mondiale en 2019, la Turquie dépense plus en aide humanitaire que les pays européens ainsi que les États-Unis. 

Le soft power : pierre angulaire de la politique étrangère

Élément incontournable du « soft power » turc (un terme qui fut inventé par le Professeur Joseph Nye de l’université de Harvard en 1990), les dépenses en aide humanitaire ont grandement augmenté ces dernières années. Selon un rapport publié par le journal britannique, The Guardian, en 2009, l’augmentation des dépenses dans l’aide humanitaire illustre la modernisation du pays contributeur ainsi que sa capacité à mener une politique étrangère active. 

En 2019, la Turquie a ainsi dépensé 7,6 milliards de dollars pour des causes humanitaires, tandis que l’aide humanitaire mondiale a totalisé 29,6 milliards de dollars en 2019, une baisse notable par rapport à 2018 (31,2 milliards de dollars).

La Turquie est donc le premier contributeur à l’aide humanitaire selon ID, comme ce fut également le cas en 2013, 2014 et 2015. La Turquie était classée seconde en 2016.

Un positionnement qui n’est pas étranger à la situation internationale. Accueillant le plus grand nombre de réfugiés au monde – près de 4 millions, dont 3,6 millions de Syriens, selon les chiffres officiels -, l’aide humanitaire permet à la Turquie d’avoir un levier quant à la politique de ses voisins. L’année dernière, le nombre de déplacées dans le monde est passé à 79,5 millions de personnes, soit une augmentation de 8 % par rapport à l’année dernière, selon le rapport.

En 2019, les États-Unis ont dépensé en aide humanitaire 7 milliards de dollars, l’Allemagne 3,3 milliards de dollars, le Royaume-Uni 3,1 milliards de dollars et l’Arabie Saoudite 1,4 milliard de dollars. Les dépenses de la Turquie dans le secteur humanitaire représentent près de 0,84 % de son PIB, contre 0,03 % du PIB aux États-Unis, 0,08 % en Allemagne, 0,11 % au Royaume-Uni et 0,18 % en Arabie saoudite. 

Le rapport d’ID indique que la majeure partie de l’aide turque a été dirigée vers le Yémen (5 milliards de dollars), la Syrie (2,3 milliards de dollars), l’Irak (1,3 milliard de dollars), le Sud-Soudan et la Palestine (0,8 milliard de dollars chacun). Alors que l’aide humanitaire vers le Yémen a augmenté de 145 % par rapport à l’année précédente, elle a diminué dans les quatre autres pays.

L’aide humanitaire mise à l’épreuve par la crise sanitaire

Cependant, la crise sanitaire risque de changer la situation. Selon Mevlüt Yurtseven, le chef de l’Alliance des médecins internationaux (AID), la Turquie fournit une aide humanitaire qui surpasse ses capacités. Il note par ailleurs que, « après la période de pandémie, les gouvernements réduisent la part de l’aide dans leurs budgets et (que) les opérations de secours seront limitées ». En sera-t-il de même pour la Turquie ? 

La pandémie de la Covid-19 ayant mis à l’épreuve le système de santé de la plupart des pays du monde, certains des principaux pays contributeurs à l’aide humanitaire internationale sont devenus des bénéficiaires de celle-ci, comme l’Espagne et l’Italie. En avril, le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlüt Çavuşoğlu, a indiqué que la Turquie venait en aide à 44 pays en envoyant des fournitures médicales. Devenue l’une des pierres angulaires de la politique étrangère turque ces dernières années, l’augmentation de l’aide humanitaire de la Turquie durant cette crise sanitaire illustre son importance. 

Natasha Voase

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