Chroniques

La Fédération contre-attaque… mais où ?

Par Eren Paykal.

Le monde a donné raison à la Turquie qui avait abattu un avion militaire russe en pleine violation de l’espace aérien turc. C’était une conséquence prévisible de l’ingérence ambiguë de la Fédération de Russie dans la guerre civile syrienne. D’autant plus que ce sont là des risques qu’il faudra envisager quand on se lance dans des opérations pour le moins controversées. Officiellement, la Fédération de Russie est en Syrie pour lutter contre l’organisation terroriste Daesh. Mais officieusement le concert des nations est tout à fait conscient que la présence russe n’a d’autre but que de défendre et consolider son fidèle allié de la région, Bachar-Al Assad, tout en essayant de maintenir et même d’accroitre les installations militaires russes en Syrie.

Il est vrai que le prestige russe a quelque peu été ébranlé par la chute de l’avion, mais il faut admettre que la Russie a exagéré concernant les représailles vis-à-vis de la Turquie, surtout dans les domaines économique et commercial.

Les mesures principales adoptées officiellement par l’État russe se concentrent en plusieurs volets, comme l’abolition des charters vers la Turquie, la suppression du régime de visas, l’interdiction de l’importation de certains produits turcs, un contrôle accru des véhicules agissant dans le secteur des transports et le renforcement de la sécurité dans les ports de la Mer noire et de la Mer d’Azov.

Néanmoins, l’économie russe est-elle assez solide et compétitive pour assumer une telle escalade avec la Turquie ?

Selon les données du Bureau Fédéral des Statistiques de Russie, l’économie russe a subi une récession de 2.2 % au premier trimestre de 2015, de 4.6 % au deuxième et de 4.1 % au troisième, par rapport à l’année précédente. Les experts russes affirment que la situation n’évoluera pas de manière positive en 2016. Par exemple le professeur Aleksandr Bulatov, de l’Université d’Etat de Moscou (rattaché au ministère des Affaires étrangères russe), a déclaré qu’au regard des prix du baril de pétrole en 2016 (dans les 50 dollars), la croissance du PNB russe serait aux alentours de 0.7 % ; et même en récession de 0.6 % selon les estimations du FMI. Il a ajouté que les pressions négatives sur l’économie provoqueraient une baisse drastique dans les dépenses sociales. M. Oleg Shibanov, de l’Université Nouvelle Économie, a quant à lui précisé que les investissements avaient baissé de 8 % dans la première moitié de 2015. Il a insisté sur le fait que les compagnies russes craignent d’investir du fait du manque de visibilité à long terme dans le pays.

En outre, le site d’actualité russe gazeta.ru a précisé que ces mesures économiques contre la Turquie nuiraient avant tout à la Russie elle-même, notant que la Turquie est le sixième partenaire commercial de la Russie et reçoit 5 % de ses exportations. Le site a ajouté que « la Turquie pourrait facilement trouver ailleurs du pétrole et du gaz naturel, mais la Russie éprouverait de grandes difficultés à remplacer le textile, l’électroménager et les souliers (turcs). »

Il faudrait quand même souligner que les mégaprojets entre les deux pays seront préservés.  Interrogé sur l’avenir  du  gazoduc TurkishStream et de la centrale nucléaire d’Akkuyu, le ministre de l’Économie et de Développement M. Aleksei Ulyukaev a répondu que ces projets ne pourraient être gelés selon les décisions gouvernementales. « Aucune mesure n’a été prise dans ce sens, ni dans le gel de son financement. Il est par conséquent attendu que ces projets continuent comme avant » a-t-il expliqué.

La tristesse de la Russie d’avoir perdu un de ses fils est largement compréhensible, mais sa réaction ne l’est pas. Il serait bon que la Russie se souvienne des jours où elle avait annexé la Crimée. Les embargos économiques de l’Occident qui en ont découlé n’étaient pas suivis avec un tel zèle par la Turquie…

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