International, Politique

La fin de l’attractivité de l’Union européenne ?

L’Islande ne passera pas de la couronne à l’euro. C’est ce qu’a annoncé à la mi-mars le ministre islandais des Affaires étrangères. Un rebondissement qui intervient dans un contexte de crise pour l’Europe.

Une Islande qui se veut indépendante

Le 12 mars dernier, l’Islande a fait part de son souhait de retirer sa candidature à l’Union européenne (UE). Son ministre des Affaires étrangères Gunnar Bragi Sveinsson a fait parvenir sa décision à la Lettonie qui préside actuellement l’Union. Par ailleurs, ce retrait s’est effectué sans consultation populaire. « Le gouvernement n’a pas l’intention d’organiser un référendum », a souligné le ministère des Affaires étrangères.

Particulièrement meurtri par la crise de 2008, le pays du feu et de la glace a redressé la barre et jouit aujourd’hui d’une situation économique bien plus favorable : le PIB connaît notamment une croissance de 1.9%. Cette embellie économique serait suffisamment solide pour que Reykjavik se passe de Bruxelles, le gouvernement estimant que « les intérêts de l’Islande sont mieux servis en dehors de l’UE ». Cette décision intervient suite au conflit concernant les quotas de pêche. Ce grief contre l’Europe a contribué à l’élection des eurosceptiques, aux mêmes titres que les difficultés éprouvées par d’autres pays comme la Grèce qui envisage un possible abandon de l’euro, ou encore le référendum prévu en 2017 au Royaume-Uni concernant le maintien ou non du pays dans l’UE. L’Islande, que l’on croyait promise à devenir le 29ème membre de l’UE, entraîne avec son refus la remise en question de l’attractivité de l’Union européenne.

Simple coup d’arrêt ou mauvais présage ?

L’UE s’est considérablement élargie depuis sa création. L’héritière de la Communauté européenne du charbon et de l’acier a connu une véritable prolifération de pays en son sein avec pas moins de dix adhésions pour la seule année 2004. Ces dix dernières années le processus, commencé dans les années 90, s’est poursuivi par l’intégration de pays comme la Roumanie et la Bulgarie en janvier 2007. Surfant sur la même vague, le 1er juillet 2013, la Croatie était devenue le 28ème État membre de l’UE.

Cependant, le Parlement européen a rappelé qu’outre l’échec islandais, l’UE restait engagée dans des négociations multiples, notamment avec la Turquie et différents pays des Balkans tels que la Serbie, le Monténégro, la Macédoine et l’Albanie. La Bosnie-Herzégovine et le Kosovo n’ont quant à eux pas encore obtenu le statut de candidat. Encore faut-il se remémorer que Jean-Claude Juncker avait indiqué à ses débuts en tant que président de la Commission européenne qu’aucun nouveau pays ne rejoindrait l’UE durant les cinq années de son mandat.

Par ailleurs le traité de Lisbonne entré en vigueur le 1er décembre 2009, aboutissement d’un long parcours suite à l’échec du traité constitutionnel de 2005 abandonné après les « non » des référendums français et néerlandais, a vocation à régir ces élargissements successifs et renforcer les actions européennes. Ce traité demeure une base solide pour l’Europe.

Une crise identitaire européenne accélérée par la crise économique

Parallèlement à la crise économique, l’euroscepticisme progresse, les partis nationalistes en ayant bénéficié lors des dernières élections européennes de 2014.

La monnaie commune effraie désormais les membres de l’UE. Le 19 mars, la chancelière allemande s’était prononcée contre la sortie de la Grèce de la zone euro. « J’ai toujours dit, si l’euro échoue, l’Europe échoue », avait-elle déclaré devant le Bundestag. La zone euro et l’UE comme institutions de paix, de stabilité et de liberté, doivent être maintenues. Pour autant, Angela Merkel a parlé « d’un tour de force » auquel Athènes doit se confronter pour sortir de la crise.

Selon le baromètre européen de juin 2012, 44% des citoyens ne considèrent que leur identité nationale, 43% d’entre eux s’identifient d’abord nationalement avant de se considérer Européens, et seul 6% des personnes interrogées s’estiment être Européens avant d’être nationaux. Des chiffres qui expriment une réelle crise identitaire.

La politique de rigueur menée dans un contexte de crise économique a parfois engendré des incompréhensions politiques entre les pays membres, et plus particulièrement entre ceux du sud et ceux du nord, considérés comme plus vertueux.

Une recrudescence d’un sentiment nationaliste et anti-immigration a ainsi émergé dans certains pays entrainant un vote extrémiste et un rejet de l’Europe. La montée en puissance de ces partis extrémistes suscite des craintes au sein de l’Union. L’Europe a un véritable défi à relever pour éviter un démembrement de son espace.

Pauline Autin

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