Economie, Politique

La France, seigneur de guerre

rafale-avion-combat-france-dassault-armee-air-inde-exportSelon le général de Gaulle, « l’épée est l’axe du monde et la grandeur ne se divise pas ». Une maxime qui inspire apparemment toujours la politique française, surtout en ces temps politiquement et économiquement tourmentés.

L’armement, un marché pas comme les autres 

Malgré un contexte économique mondial difficile, la vente d’armes ne connaît pas la crise. En effet, les exportations et les importations de matériel militaire restent en progression constante ; le marché pourrait d’ailleurs atteindre les 100 milliards de dollars d’ici 2018. Ceci est notamment dû à l’augmentation des budgets de défense des pays émergents, en particulier en Asie. De la même manière, l’émergence de ces pays tend à accroître la compétition internationale sur le marché de l’armement et à remettre en cause la domination de l’Europe et des États-Unis dans ce domaine. Même si les pays asiatiques demeurent les premiers importateurs d’armes de la planète, ceux-ci sont en passe de devenir des concurrents sérieux sur le secteur de l’export, notamment du fait des transferts de technologie qui ont accompagné les achats de matériel militaire en provenance des pays occidentaux. C’est par exemple le cas de la Chine et de la Corée du Sud qui ont vu s’envoler leurs exportations d’armes ces dernières années.

L’armement est un secteur économique très particulier. Il est à la foi fortement rémunérateur pour les entreprises et les États qui y officient mais aussi extrêmement encadré sur le plan du droit international. Néanmoins, malgré les dispositifs de contrôle, il n’est pas rare que les acteurs de ce marché agissent de manière plus ou moins frauduleuse pour remporter certains contrats, en particulier dans les pays en voie de développement. C’est dans ce genre de cas de figure que l’on a pu voir révélées des affaires de corruption, de commissions et de rétro-commissions en faveur d’officiels du pays acheteur ou exportateur.

Une passion françaisefrance_mistral

Sur le secteur de l’armement, la France fait partie des leaders. Elle connaît d’ailleurs une actualité chargée dans ce domaine. L’affaire du Mistral est l’une des plus notables : il s’agit de navires de guerre dernier cri commandés par la Russie en 2010 que la France a refusé de livrer du fait de l’ingérence russe en Ukraine. Mais il faut aussi et surtout rappeler la récente vente à l’Égypte de 24 avions de combat Rafale, d’une frégate et de missiles pour un montant total de 5,2 milliards d’euros. Considéré comme le fleuron de l’aéronautique française, le Rafale n’avait jusque-là jamais convaincu les acheteurs, en grande partie du fait de son coût important. Outre le caractère stratégique de cette vente dans la lutte globale contre le terrorisme, celle-ci apparaît comme providentielle, ou tout du moins opportune, car elle permet à la France de réaliser en partie l’équilibre dans sa loi de programmation militaire 2014-2019. En effet, de par sa nature, cette loi programme la production des industriels de l’armement et contraint la France à acheter l’excédent invendu. S’agissant du Rafale, l’objectif est déjà atteint, car sur une production prévue de 60 appareils entre 2014 et 2019, la France projette d’en acheter 26, dépassant ainsi ses besoins réels. Toutefois, cette politique est nécessaire pour la France, qui cherche à entretenir sa filière de l’armement qui, de manière directe ou indirecte, fait vivre un nombre important de Français, tout en restant compétitive et influente sur un secteur clé d’un point de vue stratégique.

Politique payante car, depuis 2012, les ventes d’armes françaises vers l’étranger sont en augmentation constante. En effet, les exportations d’armes françaises ont connu une augmentation de 42% en 2013 et d’environ 20% en 2014. Ainsi 2014 pourrait être une année record. L’année dernière, la France a notamment vendu des sous-marins à la Malaisie et au Brésil, et des satellites espions aux Émirats arabes unis. Ce succès des armes françaises s’explique en partie par la démonstration récente de leur efficacité dans des théâtres d’opérations extérieures telles que la Libye, la Mali, la Centrafrique, ou encore dans le cadre la lutte contre l’État islamique.

Déjà au 5 e rang mondial des vendeurs d’armes en 2012, la France pointe désormais à la 3e place derrière les États-Unis et la Russie, ce qui fait d’elle un des plus influents seigneurs de guerre.

Thomas Nicod

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