International, Politique

La France viole la Convention internationale des droits de l’enfant

Commandité par les Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef), le rapport accusant l’État français de ne pas respecter les droits fondamentaux des mineurs vivant dans ce que l’on ose encore appeler des « camps » de réfugiés est tombé le 16 juin dernier. Ce dernier dénonce les conditions inacceptables et dangereuses dans lesquels vivent actuellement 500 enfants non-accompagnés, parfois âgés de moins de 12 ans, dans sept « jungles » du nord de la France.

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Dans les camps de réfugiés surpeuplés, il n’est pas rare de voir des enfants déambuler seuls au milieu des immondices qui jonchent le sol. Certains ont la chance de vivre dans des conteneurs « aménagés », tandis que d’autres survivent sous des tentes ou de simples bâches, quand celles-ci ne sont pas brulées. À ceci s’ajoutent des menaces bien plus dangereuses auxquels sont soumis ces mineurs coincés dans cet enfer depuis, en moyenne, cinq mois.

Dans ce contexte, l’Unicef a décidé de faire la lumière sur ce dossier déplorable. L’organisation internationale spécialisée dans la protection de l’enfance a fait appel aux services de trois sociologues pour effectuer une étude entre janvier et avril 2016 ; période durant laquelle ils ont mené des entretiens confidentiels avec 61 mineurs des camps de Calais, mais aussi de Grande-Syrthe et de cinq autres petits camps sur le littoral de la Manche.

Provenant en majorité d’Afghanistan, de Syrie, du Kurdistan, d’Égypte, et d’une dizaine d’autres États, ces enfants qui sont sans famille ont bien voulu se confier sur leurs histoires, leurs craintes, et ce qui leur reste d’espoir…

Une violence omniprésente et dévastatrice

Si le rapport de l’Unicef révèle avant tout les conditions de vie dangereuses des mineurs qui vivent dans les camps français, il est important de souligner que leur calvaire a commencé bien avant.

Fuyant la pauvreté et/ou les conflits, ces enfants ont souvent dû entreprendre une longue, dangereuse et traumatisante route dans l’espoir de découvrir au bout du chemin un monde meilleur…

Quelle déception quand, à leur arrivée aux camps, les enfants non-accompagnés ont découvert qu’ils devaient débourser entre 100 et 500 euros pour pouvoir ne serait-ce qu’entrer dans la jungle. Cela s’ajoute aux frais de 2 700 à 10 000 euros qu’ils ont dû verser aux passeurs pour se rendre en France et à ceux qu’ils devront de nouveau dépenser – en moyenne 630 euros – pour pourvoir passer en Grande-Bretagne.

Pire, ces enfants, souvent orphelins ou abandonnés sur la route vers l’Occident, se rendront vite compte qu’ils sont grandement menacés par ce qui s’apparentait à une véritable « traite humaine ».

Dans son rapport, l’Unicef déplore l’exploitation des mineurs, estimés à plus d’un millier par an en France, qui sont contraints d’effectuer de nombreuses corvées quotidiennes ou d’aider les passeurs dans leurs basses besognes dans des conditions de « quasi-esclavage » afin d’entrevoir la possibilité de traverser un jour la Manche.

Plus inquiétant encore pour ces enfants est le risque auquel ils s’exposent face au marché sexuel qui se développe dans les camps. En effet, les témoignages recueillis font état de services sexuels, pour 5 euros, en échange d’une promesse d’un éventuel passage en Grande-Bretagne. Parfois, cette prostitution enfantine est tout bonnement indispensable pour simplement s’assurer de dormir sous une tente. Yohanna, sous couvert de l’anonymat, a déclaré à un des sociologues : « On est trente sous les tentes. Quand on n’a plus d’argent, on s’arrange ».

Ceux qui refusent ce genre de pratiques doivent emprunter de grandes sommes d’argent à leurs proches restés au pays ou déjà en Grande-Bretagne. Si cela semble être une solution convenable, les chercheurs estiment que ce processus ouvre la porte à l’exploitation économique de ces enfants qui se doivent de rembourser par tous les moyens qu’ils ont à leur disposition.

Si les mineurs sont obligés de se prêter à de tels sévices pour survivre, ils sont aussi des victimes passives de la situation. Les enfants interviewés par l’Unicef craignent en effet de subir des abus d’ordres sexuels et des violences diverses, phénomènes quotidiens dans la vie de ces camps. Cette violence n’est pas à attribuer au seul fait des passeurs et des milices de civils, le rapport souligne en effet les exactions de la police.

La situation est telle que Sijad, 12 ans et originaire d’Afghanistan, dans un témoignage révoltant et émouvant, confie : « Ici je m’ennuie trop… Il vaut mieux mourir que de vivre comme ça dans la ‘jungle’ ».

La réponse inadaptée des services français et britanniques

L’Unicef dénonce la lenteur des processus administratifs pour le regroupement familial, la réponse insuffisante, léthargique et mal adaptée aux besoins des mineurs de la part des services de protection, ainsi que le manque criant de dispositifs d’informations permettant aux mineurs de connaître leurs droits.

Tant d’éléments qui laissent penser que, finalement, la France ne prend pas en compte l’intérêt supérieur des enfants qui risquent, du fait de ces « lacunes », de subir des violences diverses engendrant des dommages physiques et psychologiques irrémédiables. Dangers qui ne font qu’augmenter avec le temps qu’ils passent dans ces camps.

Sébastien Lyon, directeur de l’Unicef en France, a d’ailleurs appuyé sur la nécessité de « la création de lieux de protection spécifique pour mineurs, où ils seraient accueillis de manière inconditionnelle. Parce qu’il est grave que ces adolescents n’aient aucune idée de leurs droits en France ».

Le manque flagrant de protection, mais aussi d’assistance souligné par ce rapport sont autant de preuves indéniables que la France ne fait pas moins que de violer la Convention internationale des droits de l’enfant de 1989 à laquelle elle est partie.

Selon ce Traité international, la France se doit d’assurer que les principes fondamentaux de la Convention assurés aux enfants de moins de 18 ans soient respectés, soit : « le droit à la survie; le droit de se développer dans toute la mesure du possible; le droit d’être protégé contre les influences nocives, les mauvais traitements et l’exploitation; et de participer à part entière à la vie familiale, culturelle et sociale ».

Ainsi, le rapport met en avant des recommandations pour que la France protège davantage ces enfants qui sont en droit de connaître leurs droits, mais aussi à l’Angleterre qui devrait permettre le regroupement familial afin que les enfants ne tombent pas dans les mains des passeurs et subissent davantage de violences, ce à quoi elle continue à s’opposer en n’entreprenant aucune mesure pour répondre aux besoins de ces êtres particulièrement vulnérables.

Si les dirigeants de ces pays venaient visiter certains camps de réfugiés en Turquie, ils auraient matière à rougir…

Camille Saulas

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