Culture, Gastronomie

La gastronomie au menu du patrimoine culturel immatériel de l’humanité

LDSC_6025a gastronomie un patrimoine comme les autres ? C’est à cette question qu’a essayé de répondre le professeur à l’Université de Tours Marc de Ferrière le Vayer hier à l’occasion d’une conférence sur la place de l’alimentation dans le patrimoine immatériel de l’humanité. Pionnière en la matière, la France a eu pourtant bien du mal à susciter l’unanimité.

Devant une audience rassemblée au Palais de France d’Istanbul, le professeur Marc de Ferrière le Vayer, spécialiste de l’histoire de l’alimentation et grand acteur de la reconnaissance de l’importance culturelle de la gastronomie par l’UNESCO, a tenu à justifier le statut spécial de la France dans cette innovation.

Car, contrairement à certains pays qui ne se sont vu reconnaître que quelques pratiques culinaires à l’image du café turc ou du pain d’épices croate, la France a de son côté réussi à faire intégrer au patrimoine mondial l’ensemble de sa gastronomie ou plutôt de “son repas gastronomique”.

Le patrimoine culturel immatériel, une reconnaissance semée d’embuches

Si certains considèrent à juste titre que les castells, ces tours humaines traditionnelles d’Espagne, autant que la calligraphie chinoise font partie de notre héritage mondial, leur prise en compte n’a pas été pour autant une partie gagnée d’avance.

Il faut remonter au début des années 1990 pour trouver DSC_6020les premiers débats en faveur d’un statut spécifique pour le patrimoine culturel immatériel. À ce stade, l’UNESCO, dont la classification est reconnue et aussi recherchée par la plupart des pays, est alors pointée du doigt pour son manque de souplesse.

Car en effet, seuls les éléments matériels et identifiables de la culture possèdent jusqu’alors le précieux label. Les autres éléments qui échappent à cette définition n’obtiennent pas l’attention espérée quand bien même leur participation au rayonnement culturel des pays est importante.

Il faut attendre 2003 et l’adoption par l’UNESCO de la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel pour que le patrimoine immatériel fasse l’objet d’une reconnaissance.

Depuis, l’engouement ne faiblit pas : en 2013 on comptait 158 pays ayant sollicité l’UNESCO pour que certains éléments non-matériels de leur culture soient pris en considération.

L’épineux sujet de l’alimentation: un rôle moteur de la France

C’est avec l’entrée en vigueur de la convention en avril 2006 que les premières initiatives de la France pour faire reconnaître le prestige de sa gastronomie ont débutées.

Seulement, elles ont dû affronter les réticences formulées au plus haut sommet par le ministère de la Culture qui, d’après Marc de Ferrière le Vayer, limitait sa conception de cette dernière à «  la sculpture et à la peinture ».

Le projet nourrit aussi de fortes divisions chez les scientifiques et les politiciens chargés d’élaborer le dossier de candidature. Les critères de l’UNESCO rendent à vrai dire le travail difficile et les débats houleux.

Comment imposer en effet une définition de notre cuisine nationale alors que celle-ci se décline en une infinité de domaines ? Les avis finissent par converger pour mettre en avant une cuisine populaire qui inclue les recettes, les pratiques de table, la convivialité, le réseau de sociabilité lié aux arts culinaires ; bref, tout ce qui fait du repas un aspect fondamental du savoir-vivre à la française.

« Il s’agissait de décrire notre gastronomie non pas comme une cuisine élitiste restreinte aux restaurants étoilés, mais comme un fait social», fait remarquer le scientifique.

La France, dans ce contexte, pouvait devenir le chef de file des pays reconnus par l’UNESCO pour leur gastronomie. Au risque de passer pour quelque peu présomptueuse aux yeux des autres pays.

sarkozyLa ligne rouge est définitivement franchie en 2008 par Nicolas Sarkozy, alors président de la République, qui, en visite au salon de l’agriculture, seulement quelques minutes après son célèbre « Casse toi pauvre con ! » déclare à la tribune : « La gastronomie française est la meilleure du monde. C’est un élément essentiel de notre patrimoine. C’est pourquoi je souhaite que la France soit le premier pays à déposer, dès 2009, une candidature auprès de l’UNESCO pour permettre la reconnaissance de notre patrimoine gastronomique au patrimoine mondial. »

Cette déclaration attire les foudres de certains pays comme le Japon et l’Italie, dont les gouvernements apparaissent peu enclin à accepter une supposée supériorité de la France dans le domaine. La même ligne est suivie par l’UNESCO : l’institution fait brusquement marche arrière.

La France est contrainte d’étoffer son dossier. Finalement, quelques années plus tard, la gastronomie française rentre au patrimoine mondial de l’humanité. Mais les stigmates de la querelle sont perceptibles : moins que l’excellence de la cuisine française, c’est sa tradition culinaire qui est saluée.

Celle-ci intègre la liste de l’UNESCO le 16 avril 2010 sous le nom de « repas gastronomiques des français », rejoignant d’autres pratiques propres à l’hexagone à l’image du compagnonnage ou de « l’équitation de tradition française ».

Les critiques restent néanmoins d’actualité et cette classification ne fait pas encore l’unanimité. Mise à part la France, seule la cuisine mexicaine a pour l’instant réussi à trouver grâce aux yeux de l’institution.

Matéo Garcia

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