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La Gay Pride d’Istanbul sévèrement réprimée par la police

gay_prideLa police a employé la manière forte hier à Istanbul pour disperser la foule venue en nombre célébrer la Gay Pride 2015. Organisé dans le centre de la ville, le rassemblement pacifique a très vite dégénéré : les forces de l’ordre ont mis fin à la fête à coup de canons à eau et de gaz lacrymogènes. Une réaction surprenante étant donné le calme relatif dans lequel s’étaient déroulées les précédentes éditions.

On savait les autorités hostiles à la tenue d’une Gay Pride dans les rues stambouliotes. Mais comme dans la plupart des grandes métropoles mondiales, la Gay Pride est devenue un rassemblement incontournable d’Istanbul. Dans un pays où l’homophobie reste monnaie courante, le nombre inhabituel de policiers chargés d’encadrer l’évènement n’a pas étonné grand monde.

C’est même sous les meilleurs auspices que les festivités ont débuté : peu après midi, plusieurs milliers de personnes ont afflué aux alentours de l’avenue piétonne d’Istiklal pour témoigner leur soutien aux droits des minorités sexuelles.

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Puis, alors que la fête battait son plein, des invectives ont progressivement émané de la foule pour dénoncer « le fascisme » du président, et les discriminations quotidiennes visant les homosexuels. Il n’en fallait pas plus pour mettre le feu aux poudres : la police a reçu l’ordre de disperser les manifestants manu militari.

Avant même le début de l’assaut, les forces de l’ordre avaient eu pour consigne de barrer l’accès à la place Taksim, théâtre du mouvement Gezi en mai 2013, et centre névralgique de la contestation politique. Depuis, le pouvoir a interdit tout rassemblement sur cette grande place du centre d’Istanbul.

Six blessés et des journalistes molestésgay_pride_5

La Gay Pride n’a pas été réprimée seulement par la police. Des civils également ont entrepris de nuire à la marche pacifique qui s’est tenue hier. Plusieurs journalistes ont été ainsi agressés par des activistes opposés au défilé, tandis que les policiers restaient impassibles.

Dès les premiers heurts, des participants et des militants LGBT ont diffusé images et vidéos sur les réseaux sociaux pour dénoncer ces exactions policières. Les réactions ne se sont pas fait attendre. « Aucune quantité d’eau ne peut effacer les valeurs universelles d’égalité, de fierté, de diversité et d’espoir incarné par le drapeau arc-en-ciel », a réagi la célèbre romancière Elif Şafak.

L’évènement ravive en effet de nombreux stigmates. La répression du mouvement de Gezi, initié il y a maintenant deux ans place Taksim, avait déjà suscité de vives critiques à travers le monde. Et c’est avec la même indignation que les opposants au pouvoir autoritaire du président ont dénoncé le recours à la force de dimanche dernier.

« Attaquer des gens qui défilent pour soutenir l’amour n’a pas de place dans la démocratie. C’est tout simplement une honte », a déploré le comédien Erdem Yener sur Twitter. Bilan : Six blessés au total à déplorer côté manifestants. Cinq dans un premier temps en fin d’après midi, lors du premier assaut de la police, puis un blessé supplémentaire vers 22h aux abords de Tophane.

Le ramadan invoqué pour expliquer la réaction de la police

Pour justifier le traitement réservé aux participants de la Gay Pride, les autorités ont prétexté le respect du mois très pieux du ramadan qui coïncidait cette année avec la période pendant laquelle est organisée, traditionnellement, cette « marche des fiertés » (Gay Pride).

«gay_pride_99 Le gouverneur d’Istanbul a interdit la manifestation au prétexte qu’elle intervient pendant le ramadan »a déclaré dans un communiqué l’association LGBT. Une excuse cependant peu audible : depuis 2003, année de la première parade, les incidents n’ont été qu’occasionnels, mais l’ampleur inédite du rassemblement a eu sans doute raison de la tolérance des forces de police.

Rassemblant quelques dizaines de personnes il y a dix ans à peine, la Gay Pride a su s’imposer comme un rendez-vous incontournable au fil des années. L’édition 2015 du rassemblement a même compté jusqu’à 50 000 participants.

La réaction disproportionnée des autorités turque semble donc à la hauteur de l’engouement sans précédent qui a porté la Gay Pride. Devant la violente répression policière, le député du Parti républicain du peuple (CHP) Mahmut Tanal, a même entrepris de barrer la route à la brigade anti-émeute en escaladant le pare-choc d’un véhicule de police muni d’un canon à eau.

Matéo Garcia

Photos : Matéo Garcia & Florie Cotenceau

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