Culture, Société

La Grande Synagogue d’Edirne a rouvert ses portes

Jeudi dernier a eu lieu l’inauguration de la synagogue ottomane d’Edirne, qui n’avait plus servi depuis plus de trente ans et dont la reconstruction avait commencé il y a cinq ans. Le vice-Premier ministre Bülent Arınç en a profité pour faire valoir la tolérance de la Turquie vis-à-vis des autres religions.

synagogue

« Il n’y a pas d’antisémitisme en Turquie »

Le jeudi 26 mars 2015, la Grande Synagogue d’Edirne a repris du service après cinq ans de travaux menés par la Direction Générale des Fondations. La cérémonie s’est tenue en présence de 500 juifs de Turquie, d’une centaine d’invités étrangers, et du vice-Premier ministre Bülent Arınç, qui n’a pas manqué de se féliciter de l’absence d’antisémitisme en Turquie. « Dieu merci », a-t-il dit, « il n’y a pas d’antisémitisme en Turquie en comparaison avec l’islamophobie dans l’Ouest. Il n’y a pas de racisme en Turquie ; il n’a jamais trouvé de base pour s’enraciner. Quand on regarde l’Europe et les autres pays, on voit combien ils sont loin derrière nous et nous en sommes vraiment désolés ».

Sans nier la recrudescence de l’islamophobie dans le monde occidental, ce constat semble malgré tout quelque peu euphémiste si l’on se fie à la position du gouvernement, qui reste issu d’un parti islamiste. On se souvient en effet des attentats ayant visé les synagogues Neve Shalom et Beth Israël ou des propos de Recep Tayyip Erdoğan et Melik Gökçek, qui ont respectivement dénoncé « le lobby du taux d’intérêt » et « le jeu du lobby juif ».

Une remise en service qui n’allait pas de soi

Étant donnés le contexte politique et le caractère relativement restreint de la communauté juive de Turquie, cette inauguration aurait pu ne pas avoir lieu ; l’an dernier, le gouverneur d’Edirne Dursun Şahin avait par ailleurs déclaré vouloir faire de la synagogue un musée, arguant : « pendant que ces bandits soufflent le vent de la guerre et massacrent des gens dans la mosquée Al-Aqsa, nous rénovons leurs synagogues ».

Le premier office religieux s’étant tenu dans la synagogue depuis de longues années s’est pourtant bien déroulé hier, conduit par le rabbin Ishak Ibrahimzadeh dans un lieu au passé chargé : l’édifice a été construit en 1907 sur une décision du sultan Abdülhamid II, qui voulait remplacer les treize synagogues distinctes ayant brûlé deux ans plus tôt. Elle a ouvert en 1909 pour accueillir 20 000 juifs. Après la création d’Israël, la communauté juive de Turquie autrefois très importante s’est beaucoup réduite, si bien que la synagogue, qui est la deuxième plus d’Europe, a fermé en 1983 et est par la suite tombée en ruine. Il est possible que l’histoire se répète, puisque dès le lendemain de l’inauguration il y a trois jours, le monument était vide.

Victoria Coste

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