Economie, Politique

La Grèce n’échappera pas à l’austérité

Sans briller, les pays européens ont mis un terme lundi dernier à la menace de Grexit qui planait au-dessus de la zone euro depuis plusieurs mois. Acculée par ses créanciers, la Grèce a finalement accepté les mesures d’austérité demandées par Bruxelles, en échange d’un troisième plan d’aide en cinq ans, établi cette fois à 80 milliards de dollars.

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A la sortie du conseil de l’Eurogroupe lundi dernier, dirigeants et journalistes s’accordaient à reconnaître dans l’accord tout juste décidé une issue salvatrice pour l’avenir de la construction européenne. Enfin, le sort de la Grèce au sein de la zone euro était connu ! Le pays, en dépit d’une situation financière déplorable restera dans le giron européen. Plus de six mois d’âpres négociations auront été nécessaires. Entre-temps, les indénombrables sommets européens, les péripéties du couple franco-allemand, ou encore les « coups de gueule » de l’ancien ministre grec des Finances, Yanis Varoufakis, auront rythmé ce feuilleton aux multiples rebondissements.

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Sortie de l’Eurogroupe lundi 13 juillet, en présence du nouveau ministre des Finances grec, Euclid Tsakalotos (au centre).

 Un neuvième plan d’austérité depuis 2009

Quelle est la nature de l’accord négocié lundi à Bruxelles ? Sans grande surprise, Athènes et ses bailleurs de fond ont opté pour l’accord « réforme contre argent frais »,  dont le contenu ne varie en réalité que très peu de celui du premier compromis présenté par la délégation hellène il y a trois semaines, quelques jours seulement avant que Tsipras ne demande la tenue d’un référendum.

Malgré les efforts répétés du chef de Syrisa pour préserver le pays de nouvelles mesures d’austérité, ce sont pourtant d’énormes contreparties auxquelles a consenti le Premier ministre grec. Outre les réformes bien connues qu’Athènes devra entreprendre comme celles du système des retraites ou de la fiscalité, l’accord comprend également la privatisation du réseau de transport électrique ainsi qu’une vaste refonte du marché du travail.

Les Grecs, pourtant coutumiers des restrictions en tout genre, vont devoir faire face cette fois à un des plans d’austérité les plus sévères depuis 2009, année de l’accession au pouvoir du socialiste George Papandreou. Confronté à un déficit public abyssal une fois nommé au poste de Premier ministre, Papandreou avait engagé une série de mesures exceptionnelles : baisse des dépenses de l’Etat, réforme de la fonction publique, gel des salaires, réforme fiscale… Les moyens déployés avaient été conséquents pour ramener à la normale un déficit qui s’élevait à 12,7% du PIB.

Ces premiers efforts, même hésitants, avaient toutefois servi de garanties aux créanciers, qui en 2010 décidaient d’octroyer au pays 110 milliards d’euros pour faire face à la double menace du déficit public et de la crise de la dette souveraine. Ce premier plan d’aide fut par la suite complété en 2012 par un apport bien plus important de 237 milliards d’euros. Que faut-il retenir ? En comparaison de l’étendue considérable des deux précédents plans d’aide, le troisième, fraîchement décidé, apparaît modeste.

Pourtant, les efforts imposés en contrepartie n’ont jamais été aussi grands. Signe peut-être du désintéressement progressif des Européens vis-à-vis de la situation du pays, lequel ne doit en vérité son salut qu’à la peur d’une contagion généralisée.

Le Parlement contraint de plébisciter l’accord

C’est un vote plein de résignation qui eu lieu dans la nuit de mercredi à jeudi dans l’hémicycle parlementaire grec. Devant les députés, réunis en session plénière afin de voter pour ou contre la mise en œuvre de l’accord imposé par Bruxelles, Alexis Tsipras est apparu grave : « Il faut que tout le peuple grec partage ce fardeau même si l’accord passé à Bruxelles n’est pas parfait. Nous devons l’approuver. Je ne soutiendrai pas les gens qui veulent faire tomber le gouvernement et je serai le dernier debout », a t-il averti les parlementaires.

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Autant dire que le discours du Premier ministre a marqué les esprits. Ovationné, Alexis Tsipras a par la suite été très largement soutenu par les députés qui ont, aux deux tiers, validé le panel de réformes préalables au versement de l’aide financière (229 sur 299).

Mais l’approbation de l’accord « réforme contre argent frais » n’a pas fait que des émules au Parlement. 64 députés ont voté contre le projet et plus de la moitié d’entre eux appartenait au parti d’Alexis Tsipras, Syrisa. C’est donc avec une majorité parlementaire divisée que le Premier ministre devra composer. Tandis qu’un possible remaniement ministériel a été évoqué, certains annoncent même la démission du chef du gouvernement. A ce stade cependant, ce dernier a toujours refusé d’entrevoir une telle possibilité.

Matéo Garcia

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