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La moitié des réfugiés dans le monde sont des enfants

Les dernières nouvelles de l’Unicef sont accablantes : près de 50 millions d’enfants à travers le monde sont des réfugiés. Un chiffre qui reflète notre immobilisme révoltant face à une crise sur laquelle on ferme encore les yeux.  2016-09-07-22-44-20-1Nous vivons la plus importante et la pire crise migratoire depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Un phénomène auquel les pays occidentaux ont bien du mal à s’adapter. Au lieu d’ouvrir leurs bras à des femmes, des hommes et des enfants qui pourraient nous aider à bâtir un avenir meilleur, nous leur tournons le dos et avons tendance à nous replier sur nous-mêmes, à nous rabattre sur des stéréotypes éhontés propices à la propagation de la haine.

Mais si au lieu de voir les personnes qui ont été obligées de quitter leurs foyers, leurs amis et parfois même leurs familles, et d’entreprendre une route dangereuse pour trouver un semblant de sécurité, on mettait des visages, des regards, des sourires et des parcours derrière ces ombres.

Si surtout nous faisions un peu preuve d’humanité et ouvrions nos cœurs. Car, comment rester insensible quand nous apprenons que, parmi les déracinés, parmi ceux qui sont contraints de tout quitter pour échapper à la guerre, à la violence, aux persécutions et à l’extrême pauvreté, on compte 48 millions d’enfants. C’est ce que nous révèle le dernier rapport de l’Unicef – le Fonds des Nations unies pour l’enfance.

Les chiffres avancés par l’agence de l’ONU, dans un document publié mercredi 7 septembre, intitulé « It’s about Child », sont vertigineux dans la mesure où, fin 2015, 31 millions d’enfants étaient des réfugiés et 17 millions étaient déplacés à l’intérieur de leurs propres pays.

Les moins de 18 ans représentent donc aujourd’hui « une part disproportionnée et croissante » des personnes qui ont tout perdu alors qu’ils constituent un tiers de la population mondiale.

Il est bien beau, et on ne peut plus naturel, d’être atterré, révolté et de montrer de la compassion devant les photos du petit corps sans vie, étendu sur la place, du petit Aylan Kurdi ou de l’image d’Omrane Daqneesh maculée de sang dans une ambulance. Il est vrai que ces clichés viennent nous chercher au plus profond de nous même comme l’a déclaré dans un communiqué, mercredi 7 septembre, le directeur général de l’Unicef, Anthony Lake : « Les images indélébiles d’enfants victimes, le petit corps d’Aylan Kurdi rejeté sur le rivage après sa noyade en mer ou le visage hébété et ensanglanté d’Omrane Daqneesh assis dans l’ambulance après la destruction de sa maison, ont choqué le monde entier ». Pourtant, nous n’avons pas le droit d’omettre qu’ils ne sont que deux victimes parmi tant d’autres, parmi tant d’enfants innocents dont la vie est un enfer au quotidien : « Chaque photo, chaque garçon ou chaque fille symbolise des millions d’enfants en danger et il faut que la compassion que nous ressentons pour les victimes que nous voyons se traduise par une action en faveur de tous les enfants ».

Ainsi, comme l’explique Ted Chaiban, le directeur des programmes de l’Unicef, « la situation est de plus en plus préoccupante. 31 millions d’enfants vivent en dehors de leur pays de naissance, dont 11 millions sont des réfugiés et demandeurs d’asile et 17 millions supplémentaires ont dû migrer à l’intérieur même de leur pays pour échapper aux violences et aux conflits ». Une situation déplorable et qui se dégrade d’année en année dans la mesure où de 2010 à 2015, le nombre d’enfants placés sous la protection du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés a augmenté de 77 %.

En cause, les conflits bien évidemment. Selon l’Unicef, 28 millions d’enfants ont fui les conflits et ont besoin d’assistance humanitaire de toute urgence. Durant la première moitié de l’année 2016, près de sept enfants sur dix ayant trouvé refuge en Union européenne ont fui les conflits qui ravagent la Syrie, l’Irak et l’Afghanistan.

Mais nous ne devons pas oublier d’autres facteurs tels les dérèglements climatiques qui obligent nombre de personnes provenant d’Asie à trouver refuge dans d’autres pays. L’extrême pauvreté et les violences de gangs – notamment en Afrique – sont elles aussi des facteurs engendrant des déplacements importants à l’intérieur comme à l’extérieur des frontières. Elles ont poussé 20 millions d’enfants à quitter leurs foyers. L’Afrique est donc un continent particulièrement touché puisqu’un migrant sur trois est enfant selon l’Unicef.

Le rapport de l’Unicef insiste particulièrement sur la vulnérabilité croissante de ces enfants et les dangers d’exploitation et d’abus divers de la part des trafiquants qu’ils encourent, particulièrement ceux qui ne sont pas accompagnés et qui étaient, en 2015, trois fois plus nombreux que l’année précédente. Aujourd’hui, les enfants non accompagnés demandeurs d’asile seraient, selon des estimations prudentes, près de 100 000.

Le rapport souligne que « beaucoup risquent particulièrement d’être maltraités ou détenus, étant donné qu’ils ne possèdent pas de papiers, ne disposent pas d’un statut juridique précis et ne font l’objet d’aucun suivi systématique de santé ». Ted Chaiban ajoute que « ces enfants déracinés, souvent seuls, restent des enfants, il faut les protéger ». Il interpelle la communauté internationale qui « ne les prend pas assez en compte dans les débats sur les migrationsIl faut qu’ils soient accompagnés pour éviter  les violences, les trafics, l’exploitation ; des itinéraires protégés doivent être mis en place. Dans les pays de destination, ils doivent être systématiquement assistés par des représentants légaux d’ONG ou de l’État afin de les aider à rejoindre d’éventuels membres de leur famille ».

Face à cette situation, l’Unicef compte profiter de l’assemblée générale des Nations Unies, à New York, qui se déroulera entre le 13 septembre puis le 20 et le 27 septembre, pour attirer l’attention des chefs d’État sur l’urgence de la situation.

Camille Saulas

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