Economie, International, Politique, Société

La mondialisation en question

Entre la progression du protectionnisme économique un peu partout dans le monde et le président américain Donald Trump qui ne cesse de remettre en cause les accords commerciaux avec ses partenaires, une question se pose : la mondialisation est elle à un tournant ? Pour de nombreux observateurs, un retour en arrière reste impossible, mais le concept peut évoluer différemment notamment avec un meilleur encadrement de la circulation des capitaux et l’autorisation du protectionnisme. Par ailleurs, la mondialisation ne peut se limiter qu’à l’économie, car d’autres questions, tels le réchauffement climatique et l’immigration, nécessitent un travail en commun.L’universitaire turc Soli Özel expliquait dans une interview que le problème du Moyen-Orient dans le cadre de la mondialisation est que celle-ci s’est limitée à l’économie et qu’elle ne sert que l’intérêt d’une infime partie des citoyens. Selon lui, ceci explique les révoltes populaires de ces dernières années dans cette région. Mais la situation actuelle au Moyen-Orient s’explique aussi par les erreurs politiques américaines dans cette partie du monde. 17 ans de guerre en Afghanistan, 15 ans de guerre en Irak, aujourd’hui plus personne ne doute que la guerre en Irak, lancée en 2003, fut une décision catastrophique. Étrangement, tout le monde pense que les Américains sont au Moyen-Orient pour le pétrole alors qu’ils sont le plus grand producteur mondial d’or noir. Rappelons aussi que les échanges commerciaux entre les États-Unis et l’ensemble du monde musulman s’élèvent à 278 milliards de dollars, contre 580 milliards de dollars avec la Chine et 1,1 trillion de dollars avec l’Union européenne (UE).

Soli Özer estime que, si le capitalisme est globalement en crise, le problème est qu’on ne sait pas quel est le système qui sera en mesure de le remplacer. Et c’est bien cette incertitude qui pourrait entraîner une guerre mondiale qui permettrait alors de tout reconstruire. En outre, les inégalités seront un facteur essentiel afin de déterminer la politique future, car, de nos jours, cette situation est similaire à celle des années 1930.

Par ailleurs, la dérive en matière d’inégalités est un problème engendré par cette même mondialisation. Pour l’économiste français Thomas Piketty, l’arrêt de ce phénomène est l’un des nombreux défis que doit relever l’UE si elle veut que survienne un sursaut de l’organisation régionale dans les années à venir. « L’arrivée au pouvoir de Donald Trump en 2017 montre une nouvelle faille du modèle américain. Cela relance la demande de l’Europe, d’autant plus que l’évolution des modèles alternatifs (Chine, Russie) n’est guère rassurante », souligne l’économiste. Néanmoins, il reste à l’UE de surmonter d’autres défis notamment le clivage nord-sud, mais aussi est-ouest en son sein.

Je ne peux finir mon article sans évoquer la colère du peuple autochtone de Laponie face aux industriels qui s’approprient leurs terres. À partir du XVIIe siècle, la Suède a colonisé la Laponie, qui n’est autre que le réservoir à minerais de l’Europe. Aujourd’hui, l’exploitation des ressources de cette région bat son plein. Victoria Tauli-Corpuz, la rapporteuse spéciale des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, critiquait en septembre 2017 la Suède, la Norvège et la Finlande pour le manque de consultations des populations locales quant aux projets miniers.

Comme l’explique l’éditeur Sami Magne Ove Varsi, « les pays nordiques ont mené la politique colonialiste la plus efficace au monde. Ils ont fait tout ce qui était en leur pouvoir pour éliminer la langue et la culture sámi sans avoir recours à la force armée, ce qui leur aurait attiré la réprobation de l’étranger. »

Les 100 000 Sámi restent impuissants face aux lobbies forestiers et miniers.

Dr. Mireille Sadège, rédactrice en chef

 

 

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