Chroniques, Le choix de la rédaction

La Neige ensanglantée

L’hiver fut rude cette année sur ces terres-là. La neige était comme une couverture assombrissante et une ombre obscure s’était comme abattue sur toute la contrée. Il faisait froid. Les cœurs aussi étaient disait-on glacés.

Mais n’y avait-il pas encore de l’espoir ? Par exemple comme celui de cette jeune fille en fleurs qui allait à l’université pour étudier la psychologie. Ou bien l’espoir de ce jeune homme puer aeternus qui prenait tant de plaisir à jouer avec des boules de neige qu’il en avait les yeux brillants de bonheur et de joie. Ou encore, l’espoir d’un procureur de la République, sérieux dans sa tâche, intègre, et dont l’amitié était précieuse. Eux avaient l’espoir pour un meilleur futur, pour un monde plus égalitaire, pour un monde plus ordinaire même, où tout le monde poursuivrait son train-train quotidien avec leurs bonheurs et leurs peines, leurs espérances et leurs déceptions, leurs désirs et leurs défaites de tous les jours. Ils espéraient mener une vie ordinaire, ils espéraient tous simplement vivre…

Mais il y avait aussi des monstres. Qui étaient venus de nulle part. Ou bien étaient-ils déjà parmi nous ?

Ces monstres avaient attaqué cette jeune fille en fleurs en voulant la salir, la tuant par la suite d’une manière atroce digne des lâches. Mais ils avaient surtout tué l’espoir. L’espoir d’une jeune fille en fleurs pour un monde meilleur. Ils avaient aussi tué la jeunesse.

Un autre de ces monstres avait attaqué l’innocence, celle d’un homme heureux qui ne faisait que jouer avec des boules de neige et ses amis. La neige en fait, était symbole de pureté et de blancheur pour le commun des hommes. Mais ce monstre travesti en humain avait aussi tué la pureté et le bonheur. Quelles furent les dernières paroles de cet éternel enfant aux yeux si brillants de bonheur et de joie ? : « Pourvu que ce soit un rêve, je ne veux pas mourir. » Hélas ce n’était pas un rêve et les monstres existaient bel et bien. L’éternel enfant aux yeux si brillants était mort, comme un chevalier d’une époque aujourd’hui révolue, poignardé en protégeant son amie du danger.

La haine ? C’était vraiment la haine ? Quoi que ce soit c’était dévastateur. Ce climat tendu prévalait partout. L’inimité. Le mécontentement. Toujours la même chose. Partout, chez tout le monde, le même sentiment. Dans les trains, les bus, les magasins, chez les employés. La haine, la rancœur. De nos jours les gens sont sans pitié. Ce désir de nuir.*

Le printemps reviendra-t-il sur ces terres ? L’espoir fera-t-il son apparition dans les cœurs, la pureté règnera-t-elle à nouveau ? L’innocence, l’intégrité, l’ordinaire surmonteront-ils la monstruosité, l’anormal, le mal, l’ignorance et la cruauté ? La neige redeviendra-t-elle amie et blanche ? Les yeux brilleront-ils encore de joie et de bonheur ?

Eren Paykal

*Agatha Christie

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