Politique

La nouvelle stratégie macroniste

Nommé Premier ministre le 3 juillet, Jean Castex a présenté aujourd’hui, le 6 juillet, la composition de son nouveau gouvernement. Énarque, haut fonctionnaire et élu local de droite, sa nomination illustre le « nouveau chemin » d’Emmanuel Macron ainsi que la volonté du locataire de l’Élysée de tourner une page pour en ouvrir une autre afin de se préparer pour les élections présidentielles de 2022. 

Après un week-end de spéculations, le nouveau gouvernement est composé de 15 ministres et de 13 ministres délégués. L’ancienne équipe d’Edouard Philippe était constituée de 16 ministres, de trois ministres délégués et de 17 secrétaires d’État. 

Parmi les nouvelles nominations, Barbara Pompili, ancienne adhérente du parti écologiste, est nommée ministre de la Transition écologique et solidaire, succédant ainsi à Elisabeth Borne. Le célèbre avocat Éric Dupond-Moretti a été nommé Garde des Sceaux, tandis que Gérald Darmanin remplace Christophe Castaner en tant que ministre de l’Intérieur. Longtemps proche du Parti socialiste, Elisabeth Borne est nommée ministre du Travail de l’emploi et de l’insertion. 

Si la vraie surprise fut la nomination de M. Dupond-Moretti et celle de Gérald Darmanin, la composition du nouveau gouvernement marque peu de changements alors que celui-ci devait illustrer le « nouveau chemin nouveau » du président français.

La nomination d’un inconnu 

Chargé du déconfinement, Jean Castex a succédé à Edouard Philippe qui a remis la démission de son gouvernement au chef de l’État le 3 juillet. N’ayant jamais été parlementaire ou ministre, la nomination d’un haut fonctionnaire sans expérience politique sur le plan national illustre la conception « hyper-présidentialiste » d’Emmanuel Macron. 

Inconnu du grand public, la nomination du « Monsieur déconfinement » illustre la direction qui se dit « nouvelle » de la présidence d’Emmanuel Macron. À l’inverse de son prédécesseur, le nouveau chef du gouvernement, qui est issu du parti Les Républicains, n’a pas exprimé d’hostilité à adhérer au parti présidentiel (LRM), un signe de bonne volonté pour ceux qui souhaitent rassurer l’aile gauche de la majorité. 

Maire de Prades et proche de Xavier Bertrand et de Nicolas Sarkozy, sa nomination marque une rupture avec le gouvernement Philippe, qui a duré trois ans. La popularité d’Edouard Philippe, qui a refusé de faire partie de LRM, n’a cessé de progresser depuis l’annonce du confinement en mars au point de dépasser de plus de dix points celle du président de la République. 

Le choix du nouveau locataire de Matignon, réalisé dans l’optique de la présidentielle de 2022, n’est pas sans risques. Ouvrant formellement le dernier chapitre de la présidence d’Emmanuel Macron, la nomination d’un ancien collaborateur de Nicolas Sarkozy constitue une victoire pour la droite du parti d’Emmanuel Macron. 

Selon les tweets du chef de l’État publiés durant le week-end, le nouveau gouvernement sera un « gouvernement de mission et de rassemblement. » 

Pourtant, en désignant Jean Castex, Emmanuel Macron confirme son désir d’avoir un simple « collaborateur » à Matignon. Assumant sa volonté de gouverner seul, le choix du Premier ministre marque une nouvelle phase dans l’hyper-présidence macroniste…

Peu de changements au gouvernement 

Accusé par la gauche de s’inscrire dans le tournant à droite d’Emmanuel Macron pour la fin de son quinquennat, le nouveau gouvernement est semblable à celui d’Édouard Philippe. Seules les entrées au gouvernement de Barbara Pompili, de Gérard Darmanin et d’Éric Dupond-Moretti furent l’objet de surprises. 

La formation du nouveau gouvernement intervient alors que le chef de l’État a annoncé sa volonté de mener à terme la réforme des retraites, interrompue au début de l’épidémie et faisant l’objet de fortes polémiques. Dans un entretien accordé à la presse régionale le 2 juillet, Emmanuel Macron a esquissé les grandes lignes du « nouveau chemin » que l’exécutif entend emprunter afin de relancer le pays avant la fin de son quinquennat.

La composition du nouveau gouvernement est donc une étape clé dans la tentative d’Emmanuel Macron de relancer l’économie et son quinquennat qui fut marqué notamment par les manifestations des gilets jaunes ainsi que par la grève contre la réforme des retraites qui a paralysé le pays cet hiver. 

La composition du nouveau gouvernement illustre les orientations politiques d’une rentrée qui sera marquée par l’incertitude économique. 

Le premier conseil des ministres du nouveau gouvernement aura lieu mardi à 15 h. 

Natasha Voase

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