Politique

La percée du Front national en France : le reflet du succès de l’extrême droite en Europe ?

 

Les 6 et 13 décembre, les Français étaient attendus aux urnes pour élire les conseillers régionaux et territoriaux. Les résultats du premier tour ont vu l’extrême droite effectuer une percée significative sur l’ensemble du territoire en arrivant en tête dans 6 départements. Le scrutin, vécu comme un véritable « choc », a éveillé chez les Français un élan de citoyenneté, rappelant l’importance du devoir d’aller voter. L’appel aux urnes pour contrer le Front national (FN) a finalement payé : à l’issu du second tour, l’extrême droit n’obtient aucune région en France.

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Les évènements tragiques qui ont touché le pays il y a trois semaines semblent avoir joué en faveur du parti d’extrême droite de Marine Le Pen. Cette dernière, qui n’a cessé d’entretenir la peur et la suspicion des Français au travers de discours non fédérateurs, est arrivée en tête du premier tour des élections régionales.

Héritier des idées nationalistes de la fin du XIXème siècle, le FN est parvenu à se faire accepter comme « parti démocratique » dans le paysage politique français. Pourtant, si la forme du parti a changé, le fond, lui, reste le même. Les idées du FN s’inscrivent dans la continuité de l’Action française comme l’explique Laurent Joly, historien et auteur de Naissance de l’Action française : « L’Action française a été le laboratoire de l’extrême droite catho-nationaliste qui existe aujourd’hui et telle que l’incarne Marion Maréchal-Le Pen au sein du FN. Plus largement, Maurice Barrès et Charles Maurras, les deux pères intellectuels de l’Action française, ont théorisé un «nationalisme ethnique», selon le mot de l’époque, qui a inspiré toute la mouvance d’extrême droite jusqu’à nos jours et légitimé, dans l’opinion conservatrice, les théories xénophobes et antisémites, ainsi rendues acceptables par la prose raffinée et le prestige littéraire des intéressés ».

Il parait évident que le contexte actuel – les attentats, l’état d’urgence, les séries de perquisitions, etc. – ont pesé sur le scrutin. Mais la percée du FN semble être le résultat d’un processus politique enclenché par Marine Le Pen depuis son arrivée à la présidence du parti. En effet, Jean-Marie Le Pen, ancien président du parti qu’il a cofondé en 1972, affichait une politique raciste et antisémite décomplexée. Le FN, aujourd’hui aux mains de sa fille, a procédé à une politique de « dédiabolisation », rendant le parti moins violent, moins raciste qu’il ne l’était avant. Mais si l’image a changé, il est évident que les idées restent les mêmes. Ainsi, Marine Le Pen a vu juste en écartant son père du parti au mois d’août dernier : l’électorat de droite qui n’assumait pas son vote FN est désormais délivré du spectre de Jean Marie Le Pen. Voter à l’extrême droite n’est plus un tabou.

Ce phénomène n’est pas une exception française. L’Europe semble progressivement se tourner vers les partis politiques d’extrême droite. Le contexte économique, social et politique européen actuel est propice à la montée des extrêmes. Les partis populistes, comme on les nomme, connaissent un regain de popularité. C’est le cas par exemple de l’Union Démocratique du Centre en Suisse, du Parti pour la Liberté aux Pays-Bas, ou du Parti du Progrès en Norvège. Il y a quelques semaines, The Economist titrait : « Playing with Fears » (Ils jouent avec nos peurs). La Une était accompagnée d’une caricature mettant en scène Donald Trump, Marine Le Pen, et Viktor Orban, le chef d’Etat Hongrois. Le journal explique : « Les populistes ont un nouveau grief […] Pendant des années, des deux côtés de l’Atlantique, ils se sont nourris de la croyance qu’une élite égoïste ne pouvait pas – ou ne voulait pas – régler les problèmes des gens ordinaires. Maintenant, ils surfent sur la peur que les gouvernements ne puissent pas – ou ne veuillent pas – protéger leurs citoyens. »

La crise économique qui frappe l’Europe et le monde entier depuis 2008 a provoqué des comportements protectionnistes de la part des Etats, se traduisant notamment par la fermeture des frontières. Au sein même des pays, on constate un phénomène de repli identitaire. Les individus se renferment de plus en plus sur leur village, leur communauté, leur propre famille. La collectivité est mise de côté.

Les attentats, qui ont entrainé la suspicion et la peur de l’autre, conjugués à la crise migratoire en provenance du Moyen-Orient, entretiennent un climat de xénophobie, soutenu par ces partis d’extrême droite.

Face à la montée des extrêmes, une grande partie de la société civile est indignée. En France, lors du premier tour des élections régionales, les résultats du FN ont provoqué un élan de citoyenneté : l’appel aux urnes pour contrer le FN au second tour a été lancé par un grand nombre de Français. Le réveil des consciences a payé, le FN de Marine Le Pen n’obtient finalement aucune région. La tentative de dédiabolisation et de démocratisation du FN semble avoir échoué ; pour une très large partie des Français, le FN n’est pas un parti comme les autres.

Kheira Djouhri

3 Comments

  1. Julie

    Les français ont effectivement confirmé avec ces régionales que le FN n’était pas un parti comme les autres: Ses résultats ne semblent pas corrélés avec l’abstention bien que celle ci puissent contextuellement le favoriser. Mais ce qui est clair est que, lorsque les français se détournent des partits habituels, ils préfèrent l’abstention au vote FN (cf. les statistiques sur les derniers scrutins vs l’abstention)

  2. magores

    Il est aberrant de continuer à traiter le FN comme un parti d’extrême droite. L’extrême droite représente et a représenté en France entre 3 et 5% des voix. Le FN est actuellement le 1er parti de France, il est temps dans les critiques de prendre en compte ce nouveau état de fait. Ne pas le faire a pour conséquence de décrédibiliser toute critique.

    • Julie

      L’extrême droite représente 14 à 15% des français, dont 12% environ pour le FN

      Ca fait un tout petit peu plus que 5% non?
      A savoir si le FN est d’extrême droite? Marine Le Pen avait menacé de procès il y a 2 ans quiconque qualifierait le FN de formation d’extrême droite! Bien sur, ce n’était là que menace et intimidation, elle perdrait tout procès intenté en ce sens!!! Mais menaces et intimidations, en voilà une autre signature de l’extrême droite!!!!

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