International, Politique

La politique étrangère de Donald Trump ou l’art de l’imprévisibilité

À partir du 20 janvier 2016, la politique étrangère des États-Unis risque de changer du tout au tout. Mais, après le coup d’éclat qu’a constitué l’élection de Donald Trump, il est nécessaire de faire preuve de retenue et de prudence quand on spécule sur ce que sera la politique étrangère américaine à partir de l’année prochaine. Plus rien n’est sur et c’est cette imprévisibilité qui a entouré justement la campagne du magnat de l’immobilier qui risque de marquer aussi sa politique étrangère. 2016-11-09-22-30-24De nombreux observateurs internationaux et chefs d’États ont éprouvé une grande inquiétude quand l’homme aux multiples controverses et scandales a été désigné 45e Président des États-Unis. Une anxiété qui portait en partie sur ses propos concernant la politique étrangère américaine. Car celui qui va se retrouver aux commandes de la première puissance mondiale n’a finalement pas constitué un programme clair et cohérent en la matière, bien au contraire. Celui que tous les experts ont sous-estimé s’est contenté lors de la campagne de lancer des phrases grandiloquentes et percutantes sur ce dossier tout en s’abstenant de dessiner une orientation de la politique étrangère américaine qui pourrait être mise en place de façon réaliste. Une seule chose est certaine aujourd’hui, Donald Trump n’a aucune intention une fois à la maison blanche de s’aligner avec les orientations de son prédécesseur, Barack Obama, ce qui aura des répercussions sur le système international dans son intégralité. Mais, ne faisons pas les mêmes erreurs que dans le passé et ne nous lançons pas dans des prophéties qui pourraient bien se révéler on ne peut plus fausses, mais penchons-nous plutôt sur ce qu’il a avancé lors de son programme.

Climatosceptique au dernier degré – Donald Trump aura été jusqu’à dire que le réchauffement climatique était une invention de la Chine – et très lié à l’industrie du pétrole et du charbon, c’est d’abord sa volonté d’annuler les engagements pris par les États-Unis lors de la COP22 qui inquiètent alors que la protection de la planète n’a jamais été un enjeu aussi pressant. Mais, il reste l’espoir de voir d’importantes pressions internationales qui empêcheront le futur Président américain de se désengager si facilement des Accords de Paris.

Un homme plein de contradiction, voilà à quoi devront se frotter tous les États du monde. Et cette contradiction se reflète dans ses propos concernant le programme militaire américain. Alors que Donald Trump désire augmenter le budget militaire américain, il se veut en même temps moins interventionniste sur la scène internationale et souhaite diminuer la contribution des États-Unis à l’appareil de défense du Japon et de la Corée – qui se verront fragilisés quant au face à face avec une Corée du Nord agressive et sur les contentieux en matière d’espaces maritimes -, mais aussi à l’OTAN. Conjugué à ce qui constituera certainement la plus grande nouveauté dans la politique étrangère des États-Unis : le rapprochement avec Moscou, les conséquences seront importantes pour le Moyen-Orient tout comme pour l’Union européenne et l’Asie.

Il est vrai que Donald Trump semble moins interventionniste et ne compte pas dresser de nouveau les États-Unis comme le « gendarme du monde ». De plus, renouer le dialogue avec le Kremlin devenait une nécessité urgente en ce qui concerne le dossier syrien et pourrait avoir aussi des retombées positives sur la situation en Ukraine. Mais, hormis ces évolutions qui pourraient s’avérer positives, il n’en reste pas moins qu’encore une fois le futur Président américain ne cesse de se contredire et n’a que peu de solutions concrètes à proposer sur les dossiers « chauds », notamment au Moyen-Orient. À titre d’exemple, il a promis d’en finir avec Daech. Comment ? Cela reste encore un mystère. Aux vues de ses propos, il semble probable que Washington n’hésite pas à mettre un peu plus de côté les droits de l’Homme et le droit humanitaire pour opter pour des stratégies plus radicales et tout aussi inefficaces telles la torture. En outre, elle pourrait laisser finalement la Russie gérer davantage la situation en Syrie. Cette élection pourrait aussi déstabiliser davantage la région. Le magnat de l’immobilier remet en cause les alliances traditionnelles des États-Unis, notamment avec l’Arabie Saoudite, mais a aussi tenu des propos racistes – qui pourraient bien laisser des traces dans la région – et n’a pas hésité non plus à critiquer l’accord sur le nucléaire avec l’Iran qu’il a promis de renégocier.

En ce qui concerne l’OTAN, Donald Trump a été clair : soit les États membres de l’UE mettent la main à la poche, soit les États-Unis pourraient bien sortir de l’organisation. Une éventualité peu probable, mais la diminution du financement américain l’est moins. Or, à ceci s’ajoute une autre difficulté pour l’OTAN, et particulièrement pour les pays de l’Est de l’Europe : le rapprochement annoncé avec la Russie de Vladimir Poutine. Les pays baltes ou encore la Pologne vont se sentir davantage « en danger » du fait de la diminution de la contribution financière américaine et ce potentiel nouvel air dans les relations russo-américaines où Moscou n’est plus l’ennemi, mais bien Pékin. En revanche, pour l’Union européenne, ce nouveau défi pourrait s’avérer bénéfique comme l’explique Pascale Boniface, directeur de l’IRIS : « les États de l’UE se disent ‘nous sommes mis au défi, à nous de nous organiser afin d’aller vers cette Europe puissance dont on parle depuis longtemps, mais sans jamais vouloir la faire dans la mesure où nous avons le confort de la protection américaine’ ».

Si l’Asie devra surement moins compter sur les États-Unis sur le plan militaire, c’est aussi sur le plan économique que le bât blesse. D’ailleurs, l’éventuelle politique économique de Donald Trump a de quoi susciter des angoisses, et pas seulement en Asie. Tout d’abord, en promettant une baisse radicale des impôts, ce sont les taux d’intérêt mondiaux qui vont exploser et vont particulièrement nuire aux pays européens qui se relèvent péniblement de la dernière crise. En outre, sa politique protectionniste, son opposition au libre échange et sa remise en cause des accords économiques avec l’Asie, le Mexique ou encore le Canada ont de quoi inquiéter les pays concernés qui dépendent économiquement des États-Unis. En revanche, en ce qui concerne la Chine, Donald Trump aura très rapidement du mal à tenir sa promesse de diminuer les importations provenant du 3e pays le plus vaste du monde dans la mesure où celui-ci détient une grande part des bons du trésor américain. Ainsi de nombreux spécialistes, tel Patrick Artus, directeur de la recherche de Naxatis, estiment que le programme économique de Donald Trump est tout bonnement irréaliste.

Quant à la politique migratoire qu’il compte mettre en place, celui-ci est déjà revenu sur une partie de ses promesses. Quoi en penser alors si ce n’est que Donald Trump ne pourra jamais faire payer au Mexique son fameux mur de 1.600 km séparant les États-Unis avec son voisin du sud, mais aussi que le sentiment anti-américain pourrait de nouveau émerger en Amérique Latine.

Malgré toutes ces promesses, n’oublions pas que, comme le rappelle Jonathan Paquin, professeur de sciences politiques à l’Université Laval (Canada) et spécialiste de la politique étrangère américaine, le sénat reste derrière, et si celui-ci est républicain « rien ne dit que les pouvoirs exécutif et législatif danseront le tango ensemble ». Quoi qu’il en soit, s’il tient ses promesses de campagne, Donald Trump risque de vite déchanter, tout comme son électorat, quand la réalité de la scène internationale les rattrapera. Ils constateront rapidement qu’un tel programme, additionné à l’imprévisibilité et à l’incohérence du 45e Président des États-Unis, fera tout sauf rendre sa grandeur d’antan aux États-Unis.

Camille Saulas

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