International, Politique

La puissance diplomatique de la France est-elle encore d’actualité ?

Au début du millénaire, la France disposait d’une image positive dans le monde lui permettant d’avoir une puissance diplomatique considérable. À l’heure du bilan du quinquennat de François Hollande, cette influence semble remise en question. La puissance diplomatique de l’Hexagone aurait-elle disparu ? ho%cc%82tel_du_ministre_des_affaires_etrangeres_au_quai_dorsay_-_cour_interieureLes années où la France avait une image positive sur la scène internationale, et particulièrement dans le monde arabe et musulman pour s’être opposée au projet militariste américain en Irak tout en se faisant le promoteur des valeurs universelles, semble bien loin, tout comme la politique de grandeur et d’indépendance menée par De Gaulle à partir de 1958. Certes, on ne peut pas nier que l’image de Paris à l’échelle mondiale reste positive, mais le bilan du quinquennat de François Hollande en matière de politique étrangère est on ne peut plus mitigé. Comme Pascal Boniface, directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), l’expose, ceci s’explique par l’évolution de notre politique étrangère. Mais, celui-ci stipule que cela n’est pas attribuable qu’au gouvernement socialiste. L’image de la France, et son corolaire en matière d’influence diplomatique ont pâli depuis que Jacques Chirac, dès 2005, a commencé à s’aligner avec Washington. La situation s’est davantage dégradée, particulièrement dans les pays musulmans, quand Nicolas Sarkozy est arrivé au pouvoir. Aujourd’hui, alors que François Hollande incarnait pour beaucoup la fin de cette période, la tendance ne s’est pas renversée, échouant à mettre à profit la troisième place de la France en terme de représentation diplomatique à l’étranger.

Les échecs sont nombreux. À l’alignement quasi systématique avec les États-Unis, l’image d’un pays aux tendances islamophobes ne cesse de s’accroitre dans les pays à majorité musulmane. Comme le souligne Pascal Boniface : « nos débats de politique intérieure expliquent ce changement d’image […] et ce qui apparaît à l’extérieur de nos frontières est que la France a un problème avec ses musulmans  ». Ainsi, le prestige de la France des années 1990 et du début des années 2000 s’est grandement dégradé dans le monde musulman, engendrant des difficultés croissantes pour influencer cette région du monde, mais aussi dans d’autres pays occidentaux. Il suffit d’évoquer le débat sur le burkini et les réactions de la presse anglo-saxonne pour l’illustrer. Quant à notre politique au Moyen-Orient, et particulièrement sur le dossier syrien, les observateurs tels Pascal Boniface, Denis Bauchard, conseiller pour le Moyen-Orient à l’IFRI, ou encore Marc Semo, journaliste au Monde, s’entendent pour dire que c’est un échec. La crise syrienne confirme que s’en est fini de l’époque où Paris était un acteur influent dans cette région. Selon Denis Bauchard, la France y est réduite à un rôle d’observateur. En revanche, ces derniers ne manquent pas de souligner qu’il en est ainsi pour la plupart des acteurs occidentaux ; les acteurs locaux et régionaux, mais aussi Washington et Moscou menant la danse. En outre, Denis Bauchard souligne que la prudence de François Hollande sur le conflit israélo-palestinien ne joue pas en sa faveur. Aussi, certains n’hésitent pas à fustiger la politique militariste française en Afrique qui n’a pas permis de régler les problèmes au Mali et en Centrafrique, mais qui est surtout le reflet de la situation domestique en France où le pays, se sentant assiégé et menacé, se replie sur des solutions militaires. Si nos interventions s’accompagnent certes d’un volet diplomatique comme le rappelle, dans une entrevue sur RFI, M. Manuel Lafont Rapnouil, directeur de l’Institut français des relations internationales, elles se sont réalisées sans l’appui d’une coalition internationale ; ce qui démontre que la France a tout de même conservé une certaine capacité de projection globale. Mais, cette influence par la force ne pourrait-elle pas finalement s’avérer contre-productive et finalement nuire à l’image du pays ? Plus proche de nous, notre image en Europe est mise à rude épreuve tout comme la solidité du couple franco-allemand. Notre position d’attente et notre « non-gestion » de la crise ukrainienne, mais aussi notre décrochage économique par rapport à l’Allemagne nuisent à notre image et à notre crédibilité diplomatique au sein de l’Union européenne.

Tant de facteurs qui ont grandement nui à la puissance diplomatique de la France, l’obligeant à s’accrocher désespérément à son siège permanent au conseil de sécurité de l’ONU et à surjouer ce rôle ainsi qu’un attribut de taille : l’arme nucléaire, qui confère un statut conséquent sur la scène internationale. Or, Thomas Gomart, directeur de l’Institut français des relations internationales, explique sur RFI que plus la portée de la politique étrangère française diminue, plus elle a tendance à se cramponner à ces deux aspects.

Pourtant, il convient de relativiser ces déconvenances : la France continue à avoir un rôle significatif sur la scène internationale, et ce malgré que la Syrie représente « la limite de la volonté (française) » comme le stipule M. Rapnouil. Paris entretient aujourd’hui des liens importants avec l’Arabie Saoudite, mais aussi avec l’Iran. En effet, malgré la position très ferme de Laurent Fabius, ancien ministre des Affaires étrangères, lors des négociations de l’Accord sur le nucléaire, le Président iranien, Hassan Rohani, s’est rendu à Paris en janvier dernier. Une première depuis 17 ans qui a permis de signer de juteux contrats comme le souligne Christophe Ayad, responsable du service international du Monde. Notons aussi que l’arrivée de François Hollande à l’Élysée a permis de se rapprocher de certains pays : le Mexique, la Turquie, ou encore le Japon et l’Inde, avec qui, comme l’explique Pascal Boniface, Paris entretenait des relations compliquées sous Nicolas Sarkozy.

L’organisation de la COP21 à Paris fut un autre succès. Si les détracteurs avancent qu’il reste encore tout à faire et que cette conférence internationale n’a abouti à rien de réellement concret, force est de constater que la ratification par les deux plus gros pollueurs mondiaux – à savoir, la Chine et les États-Unis – de l’Accord de Paris au début du mois de septembre est une victoire significative.

La France possède de nombreux atouts et fait preuve d’un grand activisme en déclinant son approche diplomatique notamment grâce à ce qu’on appelle la diplomatie gastronomique, touristique ou encore scientifique. Tant d’initiatives soutenues par le Quai d’Orsay permettant d’accroitre notre visibilité, améliorer notre image et finalement s’assurer une influence « douce ». En outre, l’image de la France ne se résume pas à celle qu’elle laisse entrevoir depuis cet été, celle d’un pays refermé sur lui même et aux tendances islamophobes. Pour s’en convaincre, il suffit de voir l’émoi et le soutien international qu’a engendré la vague d’attentats qui ont frappé l’Hexagone depuis janvier 2015.

Le bilan est donc mitigé. La France est certes loin d’être une grande puissance, mais pourrait être aujourd’hui catégorisée comme étant une puissance moyenne ou, comme le maintient Laurent Fabius, une « puissance d’influence ». Bien que ce statut soit relatif, rien de plus normal au sein d’une scène internationale où les acteurs sont plus nombreux que jamais. Pourtant, cette situation pourrait permettre à un État tel que la France de mettre à contribution ses atouts pour maximiser sa capacité à agir de façon significative.

Camille Saulas.

À réécouter, le débat de M. Manuel Lafont Rapnouil et de M. Thomas Gomart : http://www.rfi.fr/emission/20160830-diplomatie-francaise-est-elle-encore-efficace-crises-geoplotiques

2 Comments

  1. Lucie

    Bonjour,
    Comment pouvons-nous rentrer en contact avec la journaliste, Camille Saulas ?
    Bien à vous.

    • Aujourd'hui la Turquie

      Bonjour, Je me suis permis de vous envoyer un email. Bien à vous,

      Camille Saulas.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *