International, Politique

La réalité dépasse dangereusement la fiction

Le Président de la République française François Hollande est au plus bas de sa cote de popularité. A l’heure où les médias focalisent sur les futures élections présidentielles qui se tiendront au printemps 2017, les dés du quinquennat semblent déjà être jetés. drapeaux-ps-2010La remobilisation par la rhétorique

L’heure est au bilan. La fameuse échéance arrive à grands pas. Les médias nous le rappellent bien, ils n’omettent pas, dès que l’occasion se présente, de nous faire part du compte à rebours de la fin du quinquennat qui semble être le seul élément contrôlable et prévisible de la vie politique française. Si l’actuel Président n’a pas manifesté officiellement sa candidature, cette éventualité suscite le débat. Le mouvement « Hé oh la gauche ! » initié par Stéphane Le Foll, porte-parole du gouvernement et « hollandais pur jus » selon Le Figaro, résonne comme une campagne de communication pour préparer la course électorale.

Certains journaux n’hésitent pas à employer le champ lexical du milieu hospitalier : le PS, en « état de mort clinique », organise ces événements qui prennent les contours de « thérapie de groupe ». Avec des meetings essaimant dans les grandes villes de France, le but de ces rassemblements est de remobiliser la gauche, dont la majeure partie des sympathisants s’avoue déçue et trahie, en présentant le quinquennat du Parti Socialiste sous ses plus beaux atours.

Le dernier en date n’avait pas vocation à être assimilé à la perspective d’une campagne électorale. Il s’agissait d’un meeting pour la loi El Khomri. Les enjeux sont différents, mais les techniques de communication employées sont les mêmes. Plus ou moins efficace, la méthode Coué tout d’abord. Elle a été largement utilisée, notamment par le Président lui-même quand il déclarait « Ça va mieux pour la France ». Formule maintes fois commentée tant elle contraste avec la situation sociale. Ensuite, des présentations orales dignes d’une jeune start-up qui tente de convaincre un financeur. Sauf qu’ici, ce sont des Manuel Valls, Myriam El Khomri et Jean-Christophe Cambadélis, – Secrétaire général du Parti Socialiste – qui passent les slides en prenant soin d’occulter les sujets qui fâchent.

Le déni pour préserver l’image

Le phénomène semble présent au sein même du gouvernement, ce n’est donc pas qu’un problème de communication politique. Marylise Lebranchu, ancienne ministre de la Décentralisation, témoigne : « Beaucoup, comme moi, ont pendant des mois poussé le président de la République à parler de l’Europe et du monde, afin d’expliquer nos choix, notamment en matière de politique économique, dans le contexte de la mondialisation. Il nous répondait : ‘ Ça n’intéresse personne’ ».

Ce n’est pas pour rien que beaucoup dénoncent « un manque d’esprit collectif au sein du gouvernement ». « Dès le début, ce qui m’a frappé, c’est l’absence de ciment politique dans l’équipe. Chacun y allait avec ses notes […] chacun était dans son couloir de nage […] On clôt le débat avant même qu’il n’ait lieu. C’est la tyrannie du PowerPoint qui tue l’action politique. […] L’histoire de ce quinquennat, au fond, est celle d’une impuissance volontaire» explique Benoît Hamon, ancien ministre de l’Éducation nationale.

« Il faut ajouter à cela la personnalité du président de la République, dont il est souvent difficile de savoir ce qu’il pense réellement, et qui sème le doute sur ses intentions, ce qui complique les choses », précise François Lamy, ancien ministre de la Ville.

Dans un article paru sur Mediapart, Chrisitan Salmon analyse « L’habileté présidentielle consiste à se servir des divergences, assurant chaque camp de sa sympathie, de son soutien, afin d’en réguler les flux, de se jouer de leurs forces et de leurs faiblesses. […] Ce n’est donc pas un manque d’autorité qu’il faut déplorer chez le président mais plutôt une forme d’énergétique perverse qui se joue des oppositions et des divergences. »

Pointé par l’ancienne ministre de la Famille Dominique Bertinotti, c’est le résultat d’une absence de réflexion idéologique qui est à mettre en cause : « On a mis le couvercle sur toutes les idées nouvelles, on est revenu à un discours très traditionnel et au fond très paresseux. On a pris, collectivement, des années de retard sur la société. » En somme, un bilan négatif qui peine à se masquer derrière ses contes de faits, tant la crise structurelle est spectaculaire.

Manon Guilbert

 

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