International, Politique

La réponse française au terrorisme est-elle adaptée?

À la suite de l’attentat qui a frappé Nice lors de la fête nationale, le Président français a annoncé la prolongation de l’état d’urgence de trois mois alors qu’il avait peu avant annoncé sa suspension pour le 26 juillet. Mais cette mesure ainsi que l’opération Sentinelle, censée contrecarrer le terrorisme, s’avèrent en vérité inefficaces. 

23431220581_13c0ab04ff_b

Alors que Nice sortait d’une nuit de cauchemar durant laquelle 84 personnes ont été les victimes innocentes d’un attentat revendiqué par Daech, le Président français, François Hollande, annonçait que l’état d’urgence allait être prolongé pour trois mois supplémentaires alors que celui-ci devait prendre fin le 26 juillet.

Une réponse loin d’être originale 

Dans l’obligation de réagir au troisième attentat d’envergure qui a frappé la France en un an et demi et devant rassurer la population, François Hollande a annoncé à la télévision : « J’ai décidé que l’état d’urgence, qui devait prendre fin le 26 juillet, sera prolongé de trois mois […] Un projet de loi sera soumis au Parlement d’ici la semaine prochaine ».

L’état d’urgence était décrété depuis les attentats du 13 novembre et avait été déjà prolongé trois fois, en novembre, février et mai.

Lire aussi : http://aujourdhuilaturquie.com/fr/prolongation-de-trois-mois-de-letat-durgence/

Le chef de l’État a aussi assuré que 10 000 hommes seront encore mobilisés pour l’opération sentinelle alors que le nombre de personnes devait retomber à son niveau initial, soit : 7 000 hommes.

François Hollande a fait appel aux citoyens réservistes et a donc annoncé une mobilisation immédiate de la réserve opérationnelle de la gendarmerie nationale, ce qui représente un afflux de 20 000 forces de sécurité en plus.

Mais cette tragédie va influencer aussi les orientations en matière de politique étrangère de la France. Le chef de l’État français a d’ailleurs assuré que la France allait « renforcer » son action au sein de la coalition qui agit en Irak et en Syrie. Depuis l’Élysée, François Hollande a stipulé : « Rien ne nous fera céder dans notre volonté de lutter contre le terrorisme et nous allons encore renforcer nos actions en Syrie comme en Irak. Nous continuerons à frapper ceux qui justement nous attaquent sur notre propre sol, dans leurs repaires. Je l’ai annoncé hier matin »

Une stratégie inefficace

À peine annoncées, ces décisions essuyaient de nombreuses critiques, de la gauche comme de la droite, mais aussi des militants des droits de l’Homme et des libertés fondamentales ainsi que des spécialistes du contre-terrorisme.

L’état d’urgence était déjà en vigueur, et même à son maximum, quand l’attentat de Nice s’est produit, ce qui nourrit les critiques quant à son efficacité et avec raison semble-t-il.

De nombreuses personnalités de la droite, mais aussi de la gauche réprouvent la décision du gouvernement français. C’est le cas notamment de David Cormand, patron d’Europe Écologie des Verts, qui a annoncé qu’il ne voterait pas la semaine prochaine pour la prolongation de la mesure : « Hélas, on constate que l’état d’urgence ne permet pas d’empêcher le drame qu’on a vécu hier ». Quant à Georges Fenech, député Les Républicains et président de la commission d’enquête sur les moyens de l’État face au terrorisme, celui-ci souligne : « ces deux mesures constituent un signe d’impuissance et d’aveuglement. On a un exécutif qui s’arc-boute sur des certitudes qui n’en sont pas, qui ne veut pas regarder une autre réalité en face » ; un avis partagé par l’Assemblée nationale et sa commission de contrôle de l’application de l’état d’urgence.

Aurélie Campana, professeure titulaire de science politique et de la Chaire de recherche du Canada sur les conflits et le terrorisme à l’Université Laval (Canada), expliquait sur Radio Canada que l’état d’urgence ne peut tout simplement pas prévenir les attentats : « Honnêtement, est-ce que ça fonctionne? Non. Après tout, on n’a pas pu empêcher un attentat d’envergure ».

Cette dernière relativise tout de même son utilité. Il s’avère que cette mesure a permis de surveiller des individus qui auraient pu commettre des attentats ou inspirer d’autres à passer à l’acte. En effet, selon les chiffres du ministère de l’Intérieur, entre novembre 2015 et avril 2016, c’est tout de même 3 500 perquisitions qui ont été menées et 400 personnes interpellées à la suite de ces dernières.

En revanche, cela ne suffit pas. Beaucoup de personnes ont été ciblées de façon inadéquate et « il y a toujours un individu qui va échapper aux autorités » selon Madame Campana. Par ailleurs, le président de la commission des lois, Dominique Raimbourg, son vice-président, Jean-Frédéric Poisson, mais aussi le rapporteur de la commission Fenech, Sébastien Pietrasanta, ont souligné l’inefficacité grandissante de l’état d’urgence. Sébastien Pietrasanta a d’ailleurs stipulé : « S’il a eu un effet dans un premier temps, celui-ci s’est rapidement amenuisé ».

L’opération Sentinelle s’avère elle aussi tout aussi inadaptée, n’ayant pas empêchée l’attentat du 14 juillet, ni même ceux du 13 novembre. Les rapports parlementaires sur cette opération ont d’ailleurs récemment pointé du doigt son inefficacité.

Pire, ces deux mesures nuisent de façon conséquente à la liberté civile selon la chercheuse française qui vit au Canada. La Ligue des Droits de l’Homme (LDH) dénonce quant à elle « une opération de communication […] Face à la violence et à la stratégie de la tension auxquelles nous sommes confrontés, la LDH appelle à résister à la tentation d’y répondre par une restriction de la vie démocratique et des libertés publique ».

Comprendre pourquoi la France est une cible privilégiée

Si toutes ces mesures sont si inefficaces, comment lutter contre le terrorisme ? Il semble d’abord déterminant de comprendre les raisons profondes qui poussent des extrémistes à s’en prendre à la France.

Commençons par le commencement, si le Premier ministre français, Manuel Valls, a déclaré après l’attentat de Nice : « Nous avons changé d’époque et la France va devoir vivre avec le terrorisme », il faut rappeler que la France a connu plusieurs vagues d’actes terroristes.

Depuis les années 1950, ce n’est pas moins d’une quarantaine d’attentats qui ont été organisés par toutes sortes de groupes (nationalistes, propalestiniens ou d’extrême gauche, puis par l’État islamique et Al-Qaïda) et qui ont engendré la mort de 350 personnes. Selon Aurélie Campana, la véritable différence actuellement c’est la forme, les techniques utilisées et l’ampleur que prennent ces attentats notamment sur le plan politique.

Selon cette chercheuse, une multitude de facteurs expliquent la nouvelle vague d’attentats sur le sol français. Évidemment, la participation active de la France à la coalition internationale en Irak et en Syrie est une de ces explications. Mais, elle explique aussi que des réseaux, démantelés entre 1990 et 2000, se sont tout bonnement réactivités depuis quelques années et que les réseaux de recrutements sont très efficaces et présents en France.

Enfin, elle souligne les nombreux échecs des services de renseignement quant à la surveillance des processus de radicalisation. À ce sujet, il est aussi possible d’émettre des doutes quant à la coordination et la communication entre les services français et les services de sécurité européens.

D’autres chercheurs tels Will McCants et Chris Meserole soulignent le fait que la culture politique en France ainsi que l’augmentation du chômage rendent compliquée la lutte contre le terrorisme et favorisent les processus de radicalisation et de recrutement.

Par ailleurs, ils soulignent que le sentiment d’humiliation, particulièrement renforcé par l’extrême droite française, engendre le sentiment d’être mis au banc de la société ce qui ne fait qu’envenimer la situation en favorisant l’exclusion et, par effet d’entrainement, la radicalisation.

Il est donc déterminant de prendre enfin conscience que la haine ne fait qu’engendrer la haine et mettre en place des solutions plus efficaces pour lutter, en amont, contre la radicalisation et le terrorisme.

La nécessité de réagir sans rentrer dans le cercle vicieux de la haine

Il faut l’admettre, les opérations de la coalition internationale en Irak en Syrie prendront du temps pour anéantir Daech, si elles y arrivent un jour… En réalité, mener une telle opération risque de s’avérer inutile, voire contreproductif. Les États-Unis ont mainte fois effectué cette erreur aux conséquences désastreuses, en premier lieu en Irak où l’intervention de 2003 n’a fait que contribuer à la multiplication des foyers terroristes tout en tuant des civils innocents, alimentant le cercle vicieux de la haine et les ressentiments envers l’Occident.

Malgré tout, il est indispensable d’agir par des mesures préventives.

Mediapart évoque, par exemple, que « le renseignement humain intérieur et extérieur doit être renforcé ». Mais, pour cela, il faut qu’il soit réorganisé afin d’assurer son efficacité, et ce, en étroite collaboration avec les services de sécurité européens.

En outre, comme l’explique Mediapart, c’est le système judiciaire du contre-terrorisme qui doit être revu afin : « d’instruire les enquêtes et poursuivre les terroristes tout en préservant l’État de droit ». Dans le même article, il est vivement conseillé de mettre fin à l’opération Sentinelle afin que les forces de sécurité retrouvent leurs rôles originels.

Il devient urgent qu’en matière de politique étrangère la France prenne ses responsabilités en arrêtant toute complaisance avec les États ayant des liens, quels qu’ils soient, avec les organisations terroristes et en exerçant une pression diplomatique sur ces pays. Au lieu de se battre contre la Russie sur divers fronts, il devient indispensable de renouer avec cet État et de collaborer avec ses services de renseignements.

Il serait peut-être temps que le gouvernement français et la classe politique dans son ensemble prennent en considération les avis des experts et arrêtent de mettre en place des mesures qui font finalement le bonheur des organisations terroristes. Mais, la première chose à faire est de rappeler, de marteler s’il le faut, que les premières victimes du terrorisme sont les pays et la communauté musulmane !

Camille Saulas. 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *