International, Politique

La Russie met sous scellés le bureau d’Amnesty International

Rude journée pour les employés d’Amnesty International à Moscou. Mercredi 2 novembre, ils ont eu la désagréable surprise de trouver la porte de leur bureau condamnée. Victime des autorités russes, le sort de l’ONG internationale qui s’emploie à défendre les droits de l’Homme est le reflet de la situation des droits de la personne dans le pays.2016-11-02-16-07-30-copie Alors qu’Amnesty International est installée dans le centre de la capitale russe depuis maintenant 20 ans, l’avenir de l’organisation qui milite pour que les droits de l’Homme soient respectés à travers le monde semble en danger dans ce pays où de nombreux observateurs internationaux dénoncent régulièrement des irrégularités dans les élections, un musellement de l’opposition et de la presse, mais aussi des restrictions importantes en terme de liberté d’expression et de réunions, des menaces et attaques à l’encontre des défenseurs des droits humains et de tout individu s’élevant contre le pouvoir en place. N’évoquons même pas les conditions de détention, la pratique de la torture ou encore les cas d’homicides illicites et les sanctions collectives qui se déroulent dans le Caucase. La liste serait trop longue…

Heureusement, des organisations continuent à militer pour mettre fin aux violations des droits humains. Mais, en Russie, le travail commence à se compliquer sérieusement.

Mercredi 2 novembre, les employés de l’ONG se sont rendus à leur bureau vers 10 heures du matin, mais n’ont jamais pu rentrer dans les locaux. Serrures arrachées, alarmes débranchées, voilà à quoi ont-ils eu le droit. Sur la porte, un scellé avec le cachet de la ville sur lequel il était inscrit : « interdiction de pénétrer dans les locaux sans un responsable de la ville de Moscou ».

Silence et arguments douteux des autorités

Toute la journée, les membres d’Amnesty ont tenté de joindre sans succès le numéro affiché sur le scellé. Ivan Kondratenko, un employé de l’organisation, a expliqué sur sa page Facebook la situation : « Durant les premières heures, nous avons essayé de comprendre ce qui s’est passé, nous avons téléphoné au numéro indiqué, mais à l’autre bout du fil, silence radio ».

Sergueï Nikitine, le directeur du bureau de l’ONG en Russie, a expliqué que personne ne répondait aux coups de téléphone, mais que surtout, personne ne les avait prévenus qu’ils allaient être ainsi mis à la porte : « Personne ne nous a prévenus de quoi que ce soit. Nous avons toujours payé le loyer régulièrement ».

Après le silence, la mairie a fini par publier un communiqué indiquant qu’Amnesty International n’avait pas réglé son loyer, et ce, malgré plusieurs relances. Une pure calomnie selon Ivan Kondratenko : « Mensonges. Nous n’avons jamais reçu aucune notification d’arriérés de paiement ».

Un avertissement ?

Dans un communiqué, John Dalhuisen, le directeur Europe d’Amnesty International, indique que : « étant donné le climat actuel de la société civile en Russie, il existe manifestement de nombreuses explications plausibles ». Si les responsables d’Amnesty International soulignent qu’il est encore trop tôt pour déterminer les réelles raisons derrière cette action des autorités, il n’en demeure pas moins que de sévères soupçons portent sur la volonté de Moscou de faire taire l’organisation.

Ne nous voilons pas la face. Le Kremlin a la main légère quand il est question de classer des associations et ONG internationales « agents de l’étranger » – dont l’objectif serait d’affaiblir le pays – dès lors qu’une once de critique envers le pouvoir émane de ces dernières et surtout quand elles dénoncent des violations des droits de l’Homme. Déjà en 2014, Crisis Group, une ONG connue et reconnue pour ses analyses des conflits, s’est vue refuser le renouvellement de leur enregistrement, l’obligeant à quitter la Russie.

En outre, la fermeture du bureau d’Amnesty s’est produite au lendemain de l’appel de l’organisation à enquêter sur les conditions de détention d’un militant de l’opposition, Ilya Dadine, condamné à deux ans et demi de prison pour enfreinte aux nouvelles règles de manifestation et envoyé en septembre dans un camp pénitentiaire du nord-ouest de la Russie où planent de forts soupçons de torture. Une situation que n’a pas manqué de dénoncer Sergueï Nikitine pas plus tard que mardi 1er novembre, appelant à la libération immédiate de Ilya Dadine.

Au vu de ces faits, les raisons officielles avancées par les autorités russes semblent on ne peut plus douteuses. Quoi qu’il en soit, une chose est sure, l’étau autour des ONG en Russie s’est resserré encore un peu plus mercredi 2 novembre. Amnesty International risque d’être la prochaine ONG internationale à être la victime de la loi promulguée en mai dernier qui permet de mettre fin aux activités d’associations sans décision de justice sous couvert de menace à la « sécurité nationale » ou aux « fondements constitutionnels » du pays.

Camille Saulas.

 

 

 

 

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