International, Politique

La Turquie finance une mosquée géante en Roumanie : des voix s’élèvent

Un groupe de manifestants, composé en majorité d’intellectuels roumains et même de musulmans, s’est rassemblé à Bucarest lundi 20 juillet pour protester contre un accord conclu entre les gouvernements roumain et turc et prévoyant le financement par la Turquie d’une méga-mosquée dans la capitale roumaine. Ce n’est pas la première fois qu’Ankara se propose de financer des mosquées dans différents pays d’Europe. Un prosélytisme de moins en moins toléré.

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Le gouvernement roumain a mis à disposition un terrain de 11 000 m2, d’une valeur de 3,9 millions d’euros, pour la construction de cet immense édifice religieux, le plus grand jamais construit dans une capitale européenne selon les objectifs fixés. Ce dernier devrait s’élever, en 2018, aux côtés du centre culturel Romexpo.

« Un arrangement politique »

C’est pour protester contre « un arrangement politique », qui pour eux n’a que peu à voir avec la religion, qu’une centaine de militants roumains se sont rassemblés à Bucarest. Le groupe de manifestants, fort de 12 000 likes sur son groupe Facebook baptisé « Nous ne voulons pas d’une méga-mosquée à Bucarest », a brandi de nombreux drapeaux roumains.

Le groupe était composé en majorité d’intellectuels, des doctorants notamment, qui connaissent bien les questions liées à l’islam et dénoncent une volonté d’expansionnisme du gouvernement turc, qui utilise selon eux l’islam comme prétexte. Des musulmans se sont d’ailleurs mobilisés : « Cette décision ne vient en aucun cas de la communauté musulmane de Roumanie. Dans la communauté, beaucoup ont été surpris par cette décision. » L’ancien président roumain Traian Băsescu s’est également joint au groupe.

L’aboutissement de onze ans de négociations

Depuis l’arrivée au pouvoir de l’AKP en Turquie en 2002, de telles offres sont de plus en plus courantes. Avec une accélération ces dernières années. En 2013, le Premier ministre turc d’alors, Recep Tayyip Erdoğan, avait notamment proposé de construire une mosquée à Athènes, affirmant que la communauté musulmane grecque était en manque d’un lieu de culte, mais l’offre avait poliment été déclinée par le gouvernement grec. Par peur d’une radicalisation, l’Autriche a de son côté adopté en février dernier une loi interdisant tout financement étranger des mosquées et des imams sur son territoire.

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Victor Ponta, Premier ministre roumain.

L’accord pour la construction de la mosquée géante de Bucarest est l’aboutissement de onze ans de négociations entre les gouvernements roumain et turc. En contrepartie, la Roumanie a demandé la construction d’une nouvelle église orthodoxe à Istanbul. Cependant, ce dernier projet a été abandonné car « la législation turque ne l’autorise pas », comme l’a expliqué le Premier ministre roumain Victor Ponta le 15 juillet dernier. Il devrait être remplacé par la construction d’un hôtel pour les pèlerins chrétiens. En effet, la Turquie interdit la construction d’églises sur son territoire depuis 1923, date de la naissance de la République et de sa laïcisation. Un sécularisme désormais ambigu.

Malgré tout, une volonté d’ouverture

Et pourtant, une toute première exception a été faite en janvier dernier lorsqu’Ankara avait annoncé avoir donné son accord pour la construction d’une église syriaque, un mois à peine après la visite du pape François en Turquie et son appel à une meilleure protection des chrétiens d’Orient. Par cette concession, il semblerait que le gouvernement turc cherche à afficher une certaine ouverture et réaffirmer une proximité avec les valeurs de l’Europe, à la fois dans la cadre de sa candidature à l’Union européenne et plus généralement pour diffuser une image positive du pays.

Noémie Allart

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