Chroniques

La Turquie, le 31e État membre de l’UE ?

La République de Croatie est devenue le 28ème État membre de l’Union européenne  début juillet 2013. L’ex-République yougoslave avait entamé les négociations pour l’adhésion à l’UE dès 2005, en même temps que la Turquie.

L’aventure européenne de la Croatie avait commencé grâce au gouvernement modéré de Ivica Racan, qui avait déposé la candidature de son pays en 2003. Un peu plus de vingt ans après son indépendance (25 juin 1991), la Croatie fait désormais partie intégrante de l’UE. Après la Slovénie, elle est le deuxième pays issu du démembrement de la République Socialiste Fédérative de Yougoslavie à rejoindre l’entité européenne.

Les relations entre la Croatie et l’Europe ont pourtant été plutôt problématiques au début. La présidence de M. Franjo Tudjman, bien qu’elle ait permis d’établir l’unité du pays et de consolider son indépendance, a toutefois été jugée par certains dirigeants européens comme étant trop nationaliste et incompatible avec les normes européennes. Grâce à des politiciens plus modérés et sans doute plus efficaces, la Croatie a su par la suite surmonter ces difficultés.

Le peuple croate, ou du moins une partie de celui-ci, reste toutefois sceptique concernant l’adhésion à l’UE. Il émet des doutes quant à la possibilité de surmonter, par le biais de l’Union, les difficultés économiques auxquelles le pays fait face. Le fait de n’avoir reçu que 3.5 milliards d’euros après l’adhésion et la situation financière dramatique dont l’Union elle-même n’arrive pas à sortir depuis des années renforce cette thèse.

Il faudrait ajouter que le PIB par habitant de la Croatie ne représente seulement que 61% de la moyenne européenne et que le pays est confronté à un chômage dépassant les 20% de la population. Sans mentionner que les exportations croates à destination de ses voisins comme la Serbie, la République de Macédoine ou encore le Monténégro et le Kosovo se verront diminuées à cause des nouvelles régulations tarifaires européennes.

Néanmoins, il faut saluer la persévérance de la Croatie qui a fait des efforts considérables pour renforcer ses institutions, mettre en œuvre des réformes électorales et constitutionnelles, et tenter de régler à l’amiable ses problèmes frontaliers avec la Slovénie ainsi que d’améliorer le statut de ses minorités. La Croatie a durement travaillé sur ces plans-là mais qu’en est-il en de l’Union européenne ?

A commencer par le tout-puissant président de la Commission européenne José Manuel Barroso, les instances européennes ont facilité et soutenu la candidature croate. Il en avait été de même avec la Bulgarie et la Roumanie, pourtant loin des idéaux européens, avec leurs politiques et leurs systèmes socioculturels très spécifiques et des situations économiques assez précaires.

On se demande donc en Turquie jusqu’à quand les réticences européennes, face à la candidature turque, se poursuivront et si la sincérité de l’Europe est au-dessus de tout soupçon quant à l’adhésion de celle-ci. La Turquie espère depuis longtemps rejoindre l’UE et elle acceptera peut-être d’en être le 31e État membre, après la Serbie et l’Islande. Mais elle ne prendra plus en considération les options qui consistent à la faire attendre sur le banc de touche encore longtemps ou bien à lui proposer des alternatives comme le «partenariat privilégié» : la Turquie a annoncé qu’au-delà de 2023, elle ne maintiendrait pas sa candidature.

Eren Paykal

 

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