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La Turquie n’enverra pas ses troupes en Syrie mais lance l’offensive contre le PKK en Irak

Après les frappes aériennes lancées ce vendredi 24 juillet contre les membres du groupe État Islamique en Syrie, la Turquie affirme ne pas vouloir envoyer de troupes terrestres et se concentrer uniquement sur ses offensives aériennes, avec l’appui des forces armées américaines. Les interventions continuent en Irak et en Syrie, visant à la fois le groupe Etat islamique (EI) et les partisans du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).

F16

Le Premier ministre Ahmet Davutoğlu a annoncé ce lundi à la presse que la Turquie ne souhaitait pas envoyer ses troupes terrestres en Syrie mais qu’elle préférait se concentrer sur ses attaques aériennes, notamment grâce au soutien des Etats-Unis, qui occupent déjà les bases d’Incirlik dans le sud du pays et de Diyarbakır, plus à l’est. « La Turquie n’a pas l’intention d’envoyer des troupes au sol en Syrie mais elle pense, comme les Etats-Unis, qu’il faut apporter un appui aérien aux rebelles syriens modérés », a-t-il affirmé dans un entretien accordé à plusieurs média turcs.

 davutoglu

Après avoir mené des frappes aériennes visant des positions du groupe État islamique en Syrie le 24 juillet, trois F-16 des forces aériennes turques avaient attaqué, quelques heures plus tard, des bases appartenant au PKK, situées en Irak. Depuis, un grand nombre de rafles ont eu lieu dans une vingtaine de provinces sur tout le pays, touchant au final autant de membres appartenant au groupe État islamique que de rebelles kurdes. Ces derniers ont d’ailleurs riposté avec plusieurs attaques, visant, pour la plupart, des policiers turcs dans tout l’Est du pays, aux alentours de la frontière. Plus de 600 personnes auraient été arrêtées au total, en l’espace de deux jours. De plus, la TIB (Direction générale des communications) avait bloqué l’accès à certains sites kurdes après la suspension de plusieurs réseaux sociaux par les autorités turques, quelques jours plus tôt, afin d’empêcher les utilisateurs de partager des informations sur les récents évènements ou d’organiser des manifestations, en invoquant le prétexte de la sécurité nationale.

Un nouveau raid aérien a eu lieu dans la nuit du dimanche 26 au lundi 27 juillet, visant, encore une fois, des positions appartenant au PKK. Dans le même temps, les forces turques attaquaient d’autres positions kurdes, cette fois situées en Syrie, dans le village de Zur Maghar appartenant à la province d’Alep, près de la frontière, faisant au moins quatre blessés. Cet événement fait suite à l’explosion d’une voiture piégée dans la province de Diyarbakır, considérée comme la capitale de la communauté kurde de Turquie. L’attentat ayant causé la mort de deux militaires turcs a été revendiqué par les forces kurdes du PKK.

Les positionnements alliés sur les offensives turques

Si les Etats-Unis affirment vouloir aider la Turquie à combattre le groupe Etat Islamique, Washington dénie toute implication dans l’offensive turque lancée contre le PKK, brisant ainsi le processus de paix établi avec la communauté kurde de Turquie, traditionnellement soutenue par les Etats-Unis. Brett McGurk, adjoint de l’émissaire spécial du président pour la coalition contre l’EI, a déclaré sur twitter qu’il n’y avait « aucun lien entre ces frappes aériennes contre le PKK et les accords récents pour intensifier la coopération américano-turque contre l’EI », mais a souligné « le droit de notre allié turc à l’autodéfense ». Ben Rhodes, vice-conseiller de la Maison-Blanche à la Sécurité nationale, a quant à lui rappelé que le PKK était considéré comme une « organisation terroriste » par les Etats-Unis et a affirmé que la Turquie avait « le droit de mener des actions contre des cibles terroristes ». Ankara a de plus donné l’autorisation aux forces américaines d’occuper quelques unes de ses bases aériennes dans son combat contre l’EI et a, en échange, obtenu la création d’une « zone tampon », longtemps réclamée par le président Recep Tayyip Erdoğan. En outre, les Etats-Unis ont apporté leur appui politique et leur soutien financier à la Turquie dans sa décision de renforcer sa frontière avec la Syrie. Lors de la conférence de presse organisée le 24 juillet, Ahmet Davutoğlu et son vice-Premier ministre, Bülent Arınç, n’ont cependant pas souhaité s’étendre sur leur accord avec les Etats-Unis pour de potentielles raisons de sécurité.

Le Premier ministre a aussi évoqué sa conversation téléphonique avec l’actuel président de la région autonome kurde d’Irak et leader du Parti démocratique du Kurdistan (PDK), Massoud Barzani. Ce dernier aurait apporté son soutien à la Turquie dans sa lutte contre le groupe Etat Islamique et le PKK, bien qu’il ait affirmé dans un communiqué « son mécontentement de voir s’accroître le niveau de dangerosité atteint par la situation ». Côté occidental, Davutoğlu s’est aussi entretenu ce dimanche par téléphone avec la chancelière allemande, Angela Merkel, qui, d’un avis plus modéré, lui aurait rappelé le « principe de proportionnalité ». La Turquie a aussi demandé l’organisation exceptionnelle d’une réunion du conseil de l’OTAN qui aura donc lieu demain.

Les prochaines élections en ligne de mire

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Selahattin Demirtaş, co-président du HDP.

L’AKP ayant perdu sa majorité absolue aux dernières élections législatives du 7 juin, le gouvernement en place en Turquie est par conséquent devenu un gouvernement intérimaire. Le Premier ministre Davutoğlu s’est vu attribuer la lourde tâche de devoir former une coalition, qui n’a pour l’instant pas pu aboutir. Si une coalition n’est toujours pas formée avant la fin du mois d’août, des élections anticipées devront être mises en place à l’automne prochain. L’AKP, qui détenait une majorité absolue depuis 2002, se voit maintenant forcé de former une coalition avec l’un des trois partis concurrents, à savoir le CHP (kémaliste), le MHP (nationaliste) et le HDP (pro-kurde). Si le CHP était en bonne voie pour former un gouvernement avec l’AKP « pour le salut du pays », le HDP accuse lui l’AKP de vouloir relancer l’offensive dans l’objectif de regagner des voix en vue des prochains scrutins. Selahattin Demirtaş, co-leader du HDP, a déclaré que le gouvernement était en train de mener la Turquie vers une « guerre civile ». Il condamne notamment la politique de l’AKP et accuse Recep Tayyip Erdoğan d’orchestrer ces interventions militaires pour s’imposer en tant que sauveur, et par conséquent, regagner des voix pour les prochaines élections afin de refaire de l’AKP l’unique parti au pouvoir. Un pari risqué, puisque le leader du CHP, Kemal Kılıçdaroğlu, a lui aussi invoqué cette raison comme principal obstacle à une éventuelle coalition.

Sophie de Tapia  

3 Comments

  1. Karim

    J’adore les turcs et la Turquie mais ce gouvernement qui se dit islamo modéré est une catastrophe pour le pays.
    Quand la religion se mêle de la politique et du quotidien des gens, c’est la dictature garantie et la manipulation des citoyens.
    On subit ca en Algérie depuis la Libération et c’est à cause de cela qu’on rêve tous de vivre en Europe ( hormis quelques fauteurs de troubles manipulés).

    • ayse

      un dicton dit : » les elephants font l’ amour, la pelouse meurt; les elephants font la guerre , la pelouse meurt! » et qd les elephants ne font rien bein ils mangent la pelouse.

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