Economie

La Turquie parfois plus chère que l’Europe ?

Selon la publication le 19 juin dernier des chiffres de l’Institut des statistiques turques (TÜIK), la Turquie serait, pour quelques uns de ses biens et services à la consommation, plus onéreuse que ses voisins européens.

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Alors que la Turquie est considérée comme un pays bien plus abordable que la plupart des pays de l’Union européenne, quelques-uns de ses produits se maintiennent néanmoins au-dessus de la moyenne européenne. Un phénomène calculé à partir de l’indicateur de la puissance d’achat des monnaies nationales en fonction du taux de conversion des devises. En ce basant sur ce calcul, le Turc paierait plus cher pour les boissons alcoolisées, le tabac et les produits électroniques.

Pour que la comparaison soit la plus équitable possible, de nombreux pays participent. On y retrouve les 28 membres actuels de l’Union européenne auxquels s’ajoutent la Suisse, l’Islande et la Norvège, toutes trois membres de l’Association économique de libre-échange (AELE), mais également, cinq pays candidats parmi lesquels la Macédoine, le Monténégro, la Serbie, l’Albanie, la Bosnie-Herzégovine et, bien sûr, la Turquie

Sur une base numérique de 100, tout indice de biens et de services à la consommation qui serait supérieur, représente le pays comme coûteux. En contrepartie, un indice inférieur à 100 qualifie le pays comme « relativement«  abordable financièrement. D’après ce calcul portant sur 37 pays, la Turquie possède un indice de 61, bien en dessous de celui de la Suisse (154, le record) mais au dessus de ceux de plusieurs pays européens dont la Macédoine (47, l’indice le plus faible).

Flambée des prix

Même si la Turquie a été relativement peu touchée par la crise de 2008, la croissance a néanmoins ralenti en 2013 en passant à 2,2% avant d’atteindre 3% en 2014. Mais, ce qui pénalise principalement la population turque n’en est pas moins le contexte économique mondial, les tensions politiques internes, le réajustement monétaire des Etats-Unis, sans oublier le conflit voisin en Irak et Syrie.

Tant à cause de la dépréciation de la livre turque vis-à-vis du dollar et de l’euro depuis les dernières élections législatives non favorables au président Recep Tayyip Erdoğan, que par la hausse des taux d’intérêts, l’envolée des prix liés aux boissons alcoolisées, au tabac, aux voitures et aux produits électroniques provient d’un phénomène qui ne cesse d’augmenter : l’inflation. Celle-ci s’explique du fait que le pouvoir d’achat des consommateurs ne permet plus d’acheter la même quantité de biens et de services pour une même quantité d’argent.

Le poids de l’État

Le prix très élevé des produits électroniques, des boissons alcoolisés et des voitures est principalement dû à des taxes exorbitantes liées à l’importation. Pour l’alcool, cela s’explique par l’intention politique de « maintenir une Turquie saine » selon les mots du président turc actuellement au pouvoir. Car, rappelons que même si 20% des Turcs boivent, il ne s’agit en moyenne que d’un litre et demi d’alcool par an, dix fois moins que les Français.

Du côté des cigarettes, autres grandes ennemies de l’actuel président, si les ventes ont baissé de 15,5% entre 2005 et 2011, les recettes publiques ont quand à elle augmenté de 125%. Ces résultats symbolisent avant tout la volonté de l’Etat de faire baisser la consommation de cigarettes d’au moins 25% pour l’année 2017.

Enfin l’automobile constitue le pilier de l’économie turque en tant que première activité exportatrice du pays. Puisque de grandes entreprises, comme Renault, Fiat, Ford ou encore Toyota viennent s’installer en Turquie, afin d’y exploiter les avantages liés à la délocalisation en termes de main d’œuvre qualifiée et bon marché. Il s’agit d’ailleurs du « marché le plus important au niveau international » selon Anne Renaud-Abboud, directrice commerciale Euromed-Afrique (Roumanie, Bulgarie, Turquie, Afrique) chez Renault. Seulement voilà, l’auto reste chère à l’importation pour les Turcs, qui souffrent déjà du prix plus du litre d’essence, l’un des plus chers au monde.

Par conséquent, selon les chiffres publiés par le TÜIK, l’indice mensuel des prix à la consommation a augmenté de 0,56% en mai par rapport au mois précédent. Ce qui entraîne par ailleurs une nouvelle augmentation de l’inflation turque du mois de mai 2015, l’établissant au niveau record de 8,09%.

Jessica Mauzole

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