Politique

La Turquie s’apprête finalement à tenir des élections législatives anticipées

Après l’échec des négociations sur la formation d’un gouvernement de coalition en Turquie, le président Recep Tayyip Erdoğan vient d’annoncer la tenue d’élections législatives anticipées qui devraient avoir lieu le 1er novembre.

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Lors d’une rencontre avec des élus locaux au sein du palais présidentiel, retransmise en direct à la télévision, le président Erdoğan a annoncé qu’il comptait sur la « volonté du peuple » pour sortir le pays de l’impasse. « Nous avançons rapidement vers des élections », a-t-il affirmé lors de cette entrevue.

Le Parti de la justice et du développement (AKP), dont la majorité absolue au pouvoir maintenue depuis 2002 avait été perdue lors des élections législatives du 7 juin, s’était vu contraint de former une coalition avec l’un des parti de l’opposition, à savoir le CHP (Parti républicain du peuple), le MHP (Parti d’action nationaliste) ou le HDP (Parti démocratique des peuples), afin de continuer à gouverner sous peine d’avoir recours à de nouvelles élections, anticipées cette fois-ci. Le 13 août dernier, le premier ministre Ahmet Davutoğlu avait annoncé l’échec des pourparlers en vu de la formation d’une nouvelle coalition avec le CHP. Une nouvelle tentative, avec le MHP cette fois, réclamant notamment la réouverture des affaires de corruption de décembre 2013 et l’abandon du palais présidentiel, a à nouveau échoué, les deux partis ne parvenant à aucune entente. L’organisation d’élections anticipées s’est donc imposée comme l’unique alternative plausible pour le pouvoir, qui compte bien regagner ainsi sa majorité absolue. Passée la date butoir du 23 août, le président Erdoğan devra dissoudre le Parlement et provoquer ainsi ces nouvelles élections qui auront lieu à l’automne prochain.

La Commission électorale vient quant à elle de proposer la date du 1er novembre, une date qui reste cependant à confirmer avec l’approbation des autres partis politiques. Comme le prévoit la Constitution, le président devrait maintenant déléguer la formation d’un nouveau gouvernement au chef du parti principal de l’opposition, c’est à dire au leader du CHP, Kemal Kılıçdaroğlu. Erdoğan a cependant laissé supposer mercredi que cette alternative n’aurait pas lieu et a affirmé préférer la composition d’un nouveau gouvernement intérimaire dans l’attente des prochaines élections. En théorie, le Parlement pourrait aussi voter afin d’autoriser le gouvernement actuel à continuer d’administrer jusqu’aux élections, bien que le parti nationaliste MHP ait déjà fait savoir qu’il s’opposerait fermement à une telle décision.

Erdoğan, Premier ministre de 2003 à 2014, puis premier président turc à être élu au suffrage universel direct l’an dernier, souhaite maintenant réformer la Constitution. « Il y a un président qui a de facto des pouvoirs dans ce pays, pas un président symbolique. Le président doit remplir ses devoirs directement envers la nation, mais avec son autorité propre. Que vous le vouliez ou non, le régime turc a changé… maintenant ce qu’il faut faire, c’est s’adapter à cette situation de fait et l’inscrire juridiquement dans le cadre de la Constitution », a-t-il affirmé lors de sa visite aux airs de campagne dans sa province natale de Rize, ce vendredi 14 août.

Des élections anticipées dans un contexte national tendu

La Turquie, et notamment le Sud-Est du pays, continue néanmoins d’être la cible de nouvelles attaques. Mercredi dernier, l’armée a annoncé la mort de huit soldats dans l’explosion d’une bombe après le passage de la patrouille dans la province de Siirt, près du district de Pervari dans le sud-est de l’Anatolie. L’attaque a été attribuée aux forces rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et représente à ce jour l’attaque la plus meurtrière subie par les forces armées turques.

Une nouvelle attaque a eu lieu à Istanbul un peu plus tôt dans la journée, sur la rive européenne du Bosphore, devant le palais ottoman de Dolmabahçe, l’un des sites touristiques les plus visités de Turquie et siège des locaux du Premier ministre. Des coups de feu et une explosion ont retenti mais aucun mort ni blessé n’est à déplorer. Les auteurs de l’attaque, membres de l’organisation extrémiste de gauche du Parti-Front révolutionnaire de libération du peuple (DHKP-C) ont cependant été interpellés par les forces de l’ordre.

Dans ce contexte de tension, la livre turque (TL) continue sa dégringolade. Selon les données fournies par l’agence Bloomberg, la livre a même franchi la barre des 3 dollars au matin du jeudi 20 août à 3h47 GMT, et s’est stabilisé à 2,97 dollars en fin de matinée, ce qui représente une baisse de 10,6% en un mois et de 27,8% sur une année. L’euro s’échangeait quant à lui à 3,32 TL, traduisant ainsi une baisse de 2,5% en une journée seulement.

Sophie de Tapia

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