Chroniques, Le choix de la rédaction

La Ve République est-elle en crise ?

Alors que la France se dirige vers la fin 2014, que le pays continue de s’enfoncer comme d’ailleurs beaucoup d’autres dans une crise économique et sociale qui n’en finit plus depuis 2008, nous avons pu noter qu’à cela s’ajoute depuis un an ou deux ce que l’on pourrait appeler une crise politique. En effet, depuis mai 2012 et une alternance politique à gauche après dix ans de pouvoir de la droite, nous pouvions penser qu’un rebond politique de la République pourrait être au rendez-vous.

Il n’en fut rien car le nouveau chef de l’État, François Hollande, depuis son élection en mai 2012, n’a pas réussi à convaincre l’opinion publique avec sa politique, ceci étant largement dû à l’aggravation de la crise économique dans les deux premières années de son mandat avec une envolée historique du chômage touchant plus de trois millions de personnes, accompagnée de faillites chaque jour plus importantes. Les choses se sont donc tellement dégradée en deux ans et demi de quinquennat que la situation, ajoutée à une présidence très affaiblie, impopulaire et enchaînant mauvais choix sur mauvais choix, peut en effet donner à penser que la Ve République, fondée par le Général de Gaulle en mai 1958 et qui se voulait justement être un régime solide et fort fait pour durer, pourrait bien arriver à sa fin. Sommes-nous devant un fait réel ou bien tout cela n’est-il autre qu’une illusion due à l’effondrement de l’image du pouvoir présidentiel sous François Hollande ?

Ce que nous pouvons dire en premier lieu, c’est que manifestement les institutions de la Ve République restent solides, notamment face à la situation de crise que traverse la France depuis bien avant cette alternance, soit depuis 2008 si on compte de manière récente, soit depuis le choc pétrolier de 1974 si on compte de manière large. En effet, toute une génération de français aujourd’hui quarantenaires n’a jamais entendu parler, toute son existence durant, d’autres choses que de crises et de chômage. Vu sous cet angle, les institutions semblent tenir, et ce, que l’on passe d’une hyper-présidence centralisée et à tendance autoritaire sous Nicolas Sarkozy, à la présidence « normale » de François Hollande dont nous avons vu les conséquences. Elles tiennent également malgré la contestation parlementaire récente des députés de gauche appelés les « frondeurs », qui, dans des institutions moins fortes que celles de la Ve République, aurait fait tomber n’importe quel gouvernement.

D’un autre point de vu, il y a bel et bien un souhait de refonte de nos institutions, celui-ci s’exprimant surtout à ce que l’on appelle la gauche de la gauche c’est-à-dire autour du Front de Gauche, de son leader Jean-Luc Mélenchon, et du secrétaire général du Parti Communiste Eric Laurent. De son côté, la droite gaulliste rassemblée autour de l’UMP dénonce le risque d’une fin de la Ve République. Logique étant donné l’historicité de sa fondation par l’homme du 18 juin. Toutefois, même si la crise en France est profonde, même si l’image de la République est ébranlée – de manière certaine, sinon l’extrême droite ne serait pas aussi forte – il n’en demeure pas moins que c’est l’image des hommes politiques et donc du personnel qui anime la République qui est surtout remise en cause, et non celle des institutions qui, en 56 ans d’existence, se sont montrées résistantes.

Le paroxysme de cette déchéance de l’image politique semble avoir été atteint dernièrement, notamment suite à la prestation télévisée jugée mauvaise du président de la République le six novembre dernier. De même, les échéances politiques internes sont de retour avec à gauche la perte, certes programmée, du Sénat à l’automne dernier et la défaite relative aux élections municipales de 2014, et à droite avec les enjeux de la conquête de la présidence de l’UMP, parti politique en crise dont le leader considéré comme naturel, Nicolas Sarkozy, a semble-t-il beaucoup de mal à gérer un retour en politique, miné qu’il est lui aussi par des affaires judiciaires en cours.

La situation reste donc très brouillée et brumeuse en cette fin d’automne 2014. Ce que l’on peut dire pour le moment, c’est qu’il est probable et surtout souhaitable que de cette situation confuse puisse émerger une véritable position républicaine alternative à l’échec de la gauche socialiste au pouvoir. C’est d’autant plus souhaitable que la gauche ne pourra rebondir qu’en cas de redémarrage économique, ce qu’aucun expert annonce pour les mois à venir. Selon nos analystes, la balle est donc pour le moment dans le camp de la droite. Sans doute que ce qui émergera de la bataille pour la prise de contrôle de l’UMP permettra tant d’y voir plus clair, que d’avoir un dialogue d’une opposition républicaine reconstituée face au pouvoir mais aussi, et c’est fondamental, face à la montée de l’extrême droite de Marine Le Pen, désormais la troisième force politique face à laquelle il va falloir se déterminer.

Dr. Olivier Buirette

 

 

 

 

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